Gilad
Atzmon est écrivain et musicien. il a fait des études de
philosophie. Il est l'auteur de deux romans :
- A Guide to the Perplexed, traduction anglaise de Philip Simpson, éditions
Serpent's Tail, Londres, 2002 (www.serpentstail.com), traduction française
: Guide des Égarés, éditions Phébus, mars
2005, 192 p., 15 €;
- My one and only love, éditions SAQI, Londres, 2005 [www.saqibooks.com].
Clarinettiste et saxophoniste, il a été sacré meilleur
musicien de jazz britannique de 2003 par la BBC. Né en Palestine
en 1963, il a quitté Israël après ses 3 ans de service
militaire. Il est désormais citoyen britannique.
Avec son groupe The Orient House Ensemble, il vient de publier le CD "Musik,
re-arranging the 20th Century", ENJA Records 2004.
On peut trouver les textes originaux, en anglais, de ses articles publiés
ici en français, sur son site http://www.gilad.co.uk/
Leçon d'hébreu :
La paix, ce n'est pas « shalom » et « shalom »,
ce n'est pas Sharon par Gilad Atzmon, 23 novembre 2005.
Original : http://www.peacepalestine.blogspot.com/2005/11/gilad-atzmon-peace-is-no-shal
om-and.html.
Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier
Ces derniers jours, nous lisons des articles flagorneurs
consacrés aux dernières initiatives politiques prises par
la toute nouvelle métamorphose de Sharon en amoureux de la paix.
Voici que Sharon, ce criminel de guerre notoire, cet homme qui a réussi
à prouver à de multiples reprises qu'il est totalement dépourvu
de tout garde-fou moral et de toute considération éthique,
vient de réussir à convaincre les médias occidentaux
qu'il est la « voix responsable » en Israël. Ne vous
y trompez pas : Sharon et le peuple israélien sont, de fait, des
amoureux transis de la « paix ». Cependant, il est extrêmement
important de mentionner que la notion qu'on se fait, en Israël, de
la « paix » est extrêmement éloignée de
toute notion de paix familière au reste de l'humanité. Quand
nous pensons au mot hébreu rendant le sens du mot « paix
», nous faisons traditionnellement référence au mot
« shalom ». Mais, apparemment, « shalom » et paix
n'ont pas exactement le même sens. De fait, ces deux mots sont très
éloignés l'un de l'autre. Alors que 'shalom' réfère
au soulagement d'être libéré d'un conflit, et de jouir
d 'un sentiment général de sécurité, la paix
a une signification beaucoup plus large. La paix, c'est une résolution
sincère. La paix, c'est la recherche de l'harmonie entre les hommes.
La paix, c'est une notion qui a trait, dans une large mesure, à
la réconciliation.
Il est très triste de devoir avouer que la conscience
largement répandue de la notion de paix, en termes d'harmonie et
de réconciliation, est totalement absente de l'idiosyncrasie israélienne.
Pour les Israéliens, 'shalom' signifie la mise en ouvre d'une stratégie
qui soit à même de garantir au peu ple juif un refuge, tant
personnel que national. Pour les Israéliens, 'shalom' signifie
: « vivre en paix », rien de plus, ni rien de moins. Comment
ce 'shalom' est-il atteint, ou entretenu ; c'est là le cadet des
soucis, pour les Israéliens. Le fait que des millions de Palestiniens
soient soumis à un terrorisme d'Etat sous la forme des pires massacres
de guerre perpétrés par les forces israéliennes «
de défense » ne les préoccupe pas vraiment, non plus.
En bref : plutôt que l'harmonie et la réconciliation, 'shalom'
désigne l'ensemble des manouvres politiques et militaires prises
afin de réduire au silence l'ennemi du peuple juif du moment.
C'est précisément cette philosophie du
'shalom' qui représente le cour même de l'école sioniste
de gauche. C'est cette perception même qui a amené la gauche
sioniste à croire que « deux Etats, pour deux peuples »
serait une option viable. Clairement, la solution à deux Etat promet
le 'shalom' : elle tend toute entière à garantir au peuple
juif tant sa sécurité personnelle qu 'un abri. Il y a tout
juste un an, dans les jours précédant le retrait israélien
unilatéral de Gaza, Sharon déclarait : « Nous (autres,
les Israéliens), nous voulons le 'shalom', mais à condition
que ce soit nous qui en définissions les termes et les conditions.
»
L'idée de Sharon n'est pas si éloignée
que ça de la plate-forme programmatique de Shalom Akhchav [Shalom
Akhshav est le nom d'un mouvement de 'shalom' israélien de gauche,
que l'on traduit abusivement par « La Paix, maintenant ! »].
L'acception sharonienne du terme 'shalom' ne diffère pas tant que
ça de la philosophie d'un Shimon Peres, et en termes de catégories
sémantiques, elle n'est pas aussi éloignée que ça
de la perception qu'en a le Gush Shalom d'un Uri Avnery. Les aspirants
israéliens au 'shalom' veulent, toujours, (en) « définir
les termes et les conditions ». Il est vrai que les « termes
et conditions » d'Avnery, de Peres et de Sharon diffèrent
entre eux. Toutefois, ils croient, tous, à la ségrégation
entre les gens. Ils sont, tous, partisans de deux Etats pour les deux
peuples. A l 'extrême rigueur, ils peuvent se chamailler au sujet
des frontières entre ces deux Etats. Mais, tous, ils ambitionnent
de résoudre la question juive, tant en termes personnels qu'en
termes nationaux. Globalement, le mouvement de 'shalom' est tout entier
mobilisé par l'étude des diverses méthodes possibles
permettant d'opérer la séparation entre les juifs et les
goyim. C' est là, d'ailleurs, la vraie signification du 'shalom'
israélien. Malheureusement, tout comme l'exclusivisme est le but
fondamental du sionisme, cette bizarre vision autocentrée du monde
est au cour de la pensée de la gauche israélienne. C'est
la logique qui préside au rejet collectif de la cause palestinienne
par le mouvement israélien du 'shalom', c'est-à-dire, au
rejet du « droit au retour ». On est fondé à
se demander comment il est possible que la gauche israélienne ignore
la cause de ses ennemis, c' est-à-dire la cause des gens avec qui
elle est censée faire le 'shalom' ? !La réponse est toute
simple : la gauche israélienne n'est intéressée ni
par la réconciliation, ni par l'harmonie. Ce à quoi elle
s'intéresse, c'est au 'shalom'. Or, le 'shalom', ce n'est pas la
paix.
Voici environ six mois, Bush a qualifié Sharon
d' « homme de paix ». Apparemment, Bush ne faisait pas autant
erreur qu'on le pensa ; simplement, il faisait une erreur de traduction.
Sharon n'est pas un homme de paix, mais un homme de 'shalom'. Nuance !
En tant que militant juif nationaliste et que tacticien roué, Sharon
a réussi à comprendre le plus grand paradoxe inhérent
à la pensée politique sioniste. Au sein du discours sioniste,
c'est la gauche qui conduit à un Etat nationaliste pur jus, et
raciste pur sucre. Les faucons, d'autre part, poussent à l'inscription
dans les faits d'une réalité multinationale, au sein d'un
« unique Etat ». Aussi bizarre que cela puisse paraître
à d'aucuns, ce sont les colons juifs qui sont impliqués
dans la création de la réalité sociale indivisible
d'un unique Etat, comportant, toutefois, une vaste majorité de
Palestiniens. Ce sont les colons qui sont en train de fiche en l'air l'Etat
national juif. Sharon, lui-même mentor historique du mouvement colon,
a réussi à diagnostiquer cette faille intrinsèque
à la philosophie colonisatrice. Le vieil homme a désormais
compris que le maintien de l'Etat juif et son sauvetage d'une catastrophe
démographique annoncée dépendent entièrement
de son désengagement immédiat d 'avec la population palestinienne.
Sharon et le camp du 'shalom' veulent un Etat juif solide, à la
majorité juive manifeste. Cette prise de conscience a mûri
récemment, produisant un retrait de Gaza ; elle devrait, logiquement,
conduire à un retrait de la Cisjordanie, tout aussi bien, dans
un futur pas trop éloigné.
Sharon a, de fait, rejoint le mouvement israélien
du 'shalom'. Mais, bien entendu, ceci ne signifie en rien qu'il serait
devenu un amoureux de la paix. Apparemment, la véritable signification
du mot « paix » n'a pas de traduction possible en hébreu
moderne. Le sens de la paix ne peut saurait trouver de traduction dans
la réalité israélienne.
Pire encore : non seulement la paix ne se traduit pas
par 'shalom', mais l' aspiration sincère des Israéliens
au 'shalom' garantit rien moins que la perpétuation de la guerre.
Si le résultat du 'shalom' est bien la division de la terre entre
deux peuples, comment pourrait-il apporter l'harmonie et la réconciliation
à la région du Moyen-Orient ? Les raisons de cette impossibilité
sont évidentes. Le 'shalom' ne peut résoudre à la
fois les causes sioniste, d'une part et palestinienne, d'autre part :
il ne saurait apporter une solution au droit au retour des Palestiniens,
lequel droit est fondé moralement. Mais il est tout aussi incapable
de satisfaire à l' exigence nationaliste juive outrancière
d'installation dans la totalité du territoire du Grand Israël,
aux dépens des indigènes palestiniens. Le 'shalom', par
conséquent, n'est pas autre chose que la continuation de la guerre.
Sharon est, à n'en pas douter, un aspirant au 'shalom'. C'est probablement
la raison pour laquelle Blair et Bush sont tellement entichés du
personnage. Avec Sharon au pouvoir, et tout indique que Sharon va rester
aux manettes, le 'shalom' continuera à prévaloir. Un 'shalom'
unilatéral sera imposé aux Palestiniens. Un 'shalom' qui
ne manquera pas d'autoriser le bombardement impitoyable des Palestiniens
qui insisteraient à retourner chez eux. Ceux qui décident
de vivre en paix ne reculeront pas : ils procèderont à une
tuerie impitoyable, bien dans la ligne du 'shalom', en Terre sainte.
Plus exactement, dans ce qu'il en reste.
Le socialisme national, par opposition au capitalisme
global - Le cas d'Amir Peretz par Gilad Atzmon,
novembre 2005. Original : http://www.gilad.co.uk/html%20files/peretz.html.
Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier
La récente élection d'Amir Peretz à la tête
du parti travailliste israélien est plus significative que beaucoup
de commentateurs ne semblent vouloir l' admettre. Pour la première
fois, en effet, le parti travailliste israélien sera dirigé
par un ardent leader de la classe ouvrière. Peretz est un quelqu
'un de relativement jeune, qui a grandi dans un HLM de Sderot, un bidonville
du sud d'Israël construit tout expressément à l'intention
des juifs arabes dans les années 1950. A l'époque, l'élite
ashkénazie ne pouvait tolérer l' idée que des juifs
arabes vinssent envahir leurs métropoles européennes flambantes
neuves. L'immense majorité des juifs arabes demeurèrent
exclus du paysage démographique israélien, même bien
après la création de l'Etat juif. Ils ont été
amenés en Israël en masse, au moyen d'une opération
d'exode massif, bien souvent contraint. L'idée, derrière
cette opération, c'était qu 'il était nécessaire
de renforcer une majorité démographique juive en damant
le pion à la population palestinienne qui avait refusé de
fuir le pays, en 1948. Une fois en Israël, les juifs arabes furent
traités de manière exécrable. Les nouveaux immigrants
furent en majorité déversés dans des HLM, dans le
désert du Néguev et dans d'autres régions rebutantes.
Ils étaient là pour servir la cause sioniste, en tant que
main-d'oeuvre à prix discount ou, tout simplement, en tant que
boucliers humains entre, d'un côté, les villes juives européennes
émergentes et les Arabes hostiles, de l'autre.
Peretz, donc, a grandi à Sderot. Dans les années 1980,
il devint maire de cette ville. En 1995, il a été élu
à la tête de la Histadrut, le principal syndicat israélien.
Et il y a quelques jours de cela, il a accédé au centre
même de la scène politique israélienne. Il a réussi
à supplanter Shimon Peres, l'homme politique immortel et non moins
lamentable de l'histoire contemporaine.
L'épiphanie de Peretz est une telle révolution que Sharon
et le parti Likoud sont carrément saisis par la panique. Mais le
Likoud n'est pas le seul, dans ce cas. Le Shas, parti des séfarades
orthodoxes, est sacrément préoccupé, lui aussi. Pour
la première fois, un séfarade laïc se retrouve à
la tête des deux plus grands partis politiques israéliens.
De plus, l'homme est un citoyen lambda ; il n'est pas, lui, un général
vétéran héroïque de l'armée israélienne.
Il n'est pas non plus un ex-assassin du Mossad ; il n'a pas de sang arabe
sur les mains. Il n'a pas adopté le jargon prétentieux des
Ashénazis. Il n'a pas été nommé par un politicien
ashkénazi afin de servir d 'appât politique visant à
intégrer les juifs arabes. Non. C'est un simple Israélien,
qui a réussi à prendre la tête du deuxième
parti politique israélien. Il l'a fait à la force du poignet.
Et c'est un juif arabe. Point barre.
M. Peretz est né au Maroc. Il a immigré en Israël
à l'âge de quatre ans. Il n'a jamais renié ses origine,
ni chercher de s'assimiler au monde israélien ashkénazi.
Je me laisserais aller à supposer que s'il existe un espoir, aussi
ténu soit-il, de voir un jour les juifs s'intégrer dans
la région, c' est peut-être quelqu'un comme Peretz qui pourrait
lui donner jour. C'est quelqu'un comme Peretz, qui est lui-même
arabe, qui peut traiter ses voisins avec respect. Plutôt que le
rêve éveillé mondialisé de « Nouveau
Moyen-Orient » d'un Shimon Peres, un Moyen-Orient dans lequel Israël
prodigue la richesse à des Arabes « inférieurs »,
le message qu'adresse Amir Peretz au peuple israélien est tout
simple, et n'a rien de pompeux : quand nous commencerons à régler
nos problèmes sociaux, nous serons à même de parler
de paix avec nos voisins. Pour la première fois, un homme politique
israélien considère la paix comme un signifiant chargé
de sens, et non plus comme un slogan creux. Tout d'abord, il est sincère.
Pour la première fois, un homme politique israélien refuse
de prononcer le mot « shalom » parce que ça l'amuse.
Mais non seulement le message de Peretz est-il authentique, il pourrait
très bien s'agir, de plus, d'un message adressé à
la communauté européenne. Plus de capitalisme mondialisé.
Plutôt que de servir la politique des gros affairistes, vous feriez
peut-être mieux de regarder un peu ce qui se passe dans votre arrière-cour.
Ce message pourrait aider la gauche française en plein désarroi
à surmonter sa crise actuelle. Si l'on n' introduit pas un minimum
de justice sociale dans notre discours national, l' Europe deviendra un
enfer. Et n'oublions pas que, pour beaucoup de gens, c' est DEJA l'enfer.
Le fait que Peretz surgisse sur la scène politique avec un message
tel celui-là ne doit rien au hasard. Israël est en avance
sur l'Europe, en matière de détérioration morale.
S'agissant d'un pays américanisé, Israël souffre de
l'impact de la mondialisation depuis plusieurs années. Israël
n' est qu'un microcosme où se déroule une bataille culturelle
féroce. Se trouvant sur le front de ce qu'il est convenu d'appeler
le « choc des cultures », Israël est cet endroit où
l'Orient rencontre l'Occident, où le colonisateur rencontre le
colonisé opprimé. Où le noir rencontre le blanc.
Israël, c'est la dispersion du colonialisme de western dans le monde
arabe. Les Israéliens sont les occupants, mais en même temps,
ils sont eux-mêmes les premiers à souffrir d'être les
fourriers de ces politiques condamnées d' avance à l'échec.
La société israélienne est en train de se désagréger,
sous le fardeau de beaucoup d'intérêts antagonistes. D'un
côté, nous pouvons repérer les empreinte digitales
libérales occidentales du capitalisme hard et des privatisations.
L'économie israélienne est dirigée par des trusts,
qui ont créé une société obsédée
de consumérisme. De l'autre, nous voyons une fracture économique
s'élargissant à grande vitesse entre les riches et les pauvres,
créant une situation lourde de troubles sociaux très sérieux.
L' ascension de Peretz est une réaction directe au capitalisme
mondialisé. Le héros bien implanté Localement est
apparemment la meilleure riposte à l' ennemi Globalisé,
sans visage.
Ce sont le capitalisme hard et les intérêts globalisés
qui peuvent faire d' Amir Peretz le prochain Premier ministre d'Israël.
Il devient évident que la seule façon de faire face au capitalisme
mondialisé, c'est de le combattre localement, sur le plan social.
C'est ce que le parti travailliste israélien a décidé
de faire. Intelligemment, il a laissé tomber son vieux Peres partisan
de la mondialisation, et il s'est tourné vers un homme du peuple.
Aux prochaines élections, le peuple israélien aura donc
à choisir entre la vieille vision capitaliste dure du tristement
célèbre Netanyahou et l'appel à la transformation
sociale et à l'égalité, sous la direction de M. Peretz.
J'aurais tendance à penser que c'est ce vers quoi l'Europe s'oriente
elle aussi. Les turbulences, chez les députés travaillistes
sans portefeuille, qui ont conduit à la défaite de Blair,
voici tout juste une semaine, indiquent que ce sont des préoccupations
locales qui vont finir par virer Blair, plutôt que ses nombreux
crimes de guerre en Irak. A moins qu'elle n' adopte une attitude sincèrement
sociale, la France fonce tête baissée vers la guerre civile.
Si la gauche parlementaire européenne est sincèrement intéressée
à se sauver elle-même, et l'Europe par la même occasion,
d'une capitulation totale aux « valeurs » américaines
de l'avidité et de l'égoïsme radical, il devrait suivre
les initiatives de Peretz, dans les mois à venir. La seule façon,
pour la gauche européenne, de survivre à cette ère
maudite, c'est de se détacher immédiatement de la politique
des affaires. De s' atteler à une stratégie sociale ciblée,
qui apporte des solutions aux problèmes et aux spécificités
du peu qui subsiste de l'Etat nation.
La Tyrannie des pronoms - En route
vers le fascisme par Gilad Atzmon, août 2005.
Original : http://peacepalestine.blogspot.com/2005/08/gilad-atzmon-tyranny-of-pronouns-on.html.
Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier
« Si des gens veulent venir ici, qu'ils fuient
la persécution ou qu'ils recherchent une vie meilleure, ils doivent
respecter nos règles et notre style de vie. Nous sommes en colère
à cause de ce qu'ils font à notre pays. Nous sommes en colère
quand on abuse de notre bonté et de notre tolérance. »
[Tony Blair, 05.08.2005]
J'ai immigré en Grande-Bretagne, il y a maintenant
onze ans. A l'époque, j' étais venu ici avec l'intention
de terminer mes études supérieures de philosophie. Je ne
nourrissais aucun projet de m'installer ici, mais je suis tombé
amoureux : tout d'abord de Londres, et ensuite de la Grande-Bretagne.
Quand je suis venu ici, il y a tout juste une décennie, j'ai rencontré
une société qui s'efforçait de se réconcilier
avec le crépuscule de sa longue histoire désastreuse de
puissance coloniale, grâce à l'option libérale morale
qu'elle avait adoptée à la fin de la Seconde guerre mondiale.
Quand j 'ai pris la décision de m'installer ici, j'avais l'impression
que les jours de l'Empire étaient réellement derrière
nous.
C'était, bien entendu, quelques années
avant que Blair ne prenne les manettes en mains. La Grande-Bretagne recherchait
différentes voies pour transformer son héritage expansionniste
en quelque chose qui puisse survivre juste aussi bien qu'une nation tolérante
et recherchant la paix. Petite, et sans le fardeau de la nécessité
de dominer et d'imposer sa volonté aux autres, la société
britannique se présentait sous l'aspect d'une société
multiethnique, avec un horizon multiculturel. Tout visiteur venu à
Londres admettait que cette image d'ouverture était plus qu'apparent
dans presque tous les aspects de la vie de la capitale ; les langues extrêmement
nombreuses, l'extrême variété des cuisines et des
restaurants étrangers, la musique, les gens et leurs codes vestimentaires
variés, etc. Londres est sans nul doute un hybride culturel international
incroyablement coloré. C' est la ville la plus accueillante du
monde. Peu importe qui vous êtes et d' où vous venez, vous
pouvez toujours faire de cette ville votre chez vous.
Ceci dit, je n'ai jamais été convaincu
par l'idée générale du multiculturalisme. Idéalement,
je préférerais vivre dans une société qui
célèbrerait ses différences de manière tolérante,
plutôt que dans une société qui s'identifie à
une idéologie, quand bien même il s'agirait de la plus ouverte
et de la plus tolérante des idéologies. Je préférerais
envisager une société dans laquelle la tolérance
collective soit une tendance authentique et vraie, plutôt qu'un
agenda politique imposé par la loi. L'idée d'une idéologie
multiculturelle autoritaire m'a toujours semblé une piètre
tentative de dissimulation. Il s'agit de cacher d'évidentes tendances
latentes au chauvinisme et même au racisme. Mais j'ai appris à
vivre avec. J'ai appris à accepter le fait qu'en Grande-Bretagne,
les centres artistiques ne reçoivent des financements que lorsqu'elles
présentent un « programme multiculturel », avec un
nombre discernable d' artistes marginaux, qu'il s'agisse d'Indiens, de
Noirs, de Pakistanais, de juifs, de femmes, etc. Bien que je n'aie jamais
pu soutenir une telle approche utilitariste, j'ai appris à la respecter.
Je pensais en moi-même que s'il fallait cela pour que des gens aussi
nombreux vivent ensemble en paix, qui étais-je, moi, pour soulever
la moindre critique ? Semblablement, M. Tony Blair, le Premier ministre
britannique, a dénoncé le principal défaut trompeur
inhérent à l'idée de multiculturalisme. « Les
règles sont en train de changer », dit Blair ces jours-ci.
A partir de maintenant, « nous », les Britanniques, nous déciderons
ce qui convient réellement à notre « mode de vie ».
« Eux », en revanche, ils seront déportés, voire
même déchus de leur citoyenneté. J'ai tendance à
croire que Blair sait parfaitement bien qui sont « nous »
et qui sont « ils ». Blair pense assurément qu'il sait
tout ce qu'il y a à savoir sur le « mode de vie » britannique,
aussi.
Sans savoir vraiment si je tombe dans la catégorie
blairienne du « nous » ou plutôt dans celle du «
eux », je reconnais que mon interprétation personnelle du
« mode de vie » britannique diffère du tout au tout
de celle de Blair. Cela n'a rien de vraiment étonnant, si l'on
considère que je suis un « Johnny l'étranger ».
Mais pourtant, à ma grande surprise, j'ai pris conscience, ces
derniers temps, que ma vision personnelle de cette question n'est pas
très éloignée de celle que Ken Livingstone se fait
de la capitale britannique. Au cours d'une conférence de presse,
après les attentats du 7 juillet 2005, le Maire de Londres a tout
dit : « Londres, c'est la ville des gens qui veulent être
eux-mêmes ». Ken avait les larmes aux yeux, en cette après-midi
orageuse, et je me suis surpris à sangloter avec lui. C'est Ken
Livingstone qui a su m'expliquer, en une seule phrase, pourquoi j'étais
tombé frapadingue amoureux de Londres et pourquoi je m'étais
installé en Grande-Bretagne, voici une décennie de cela.
La philosophie de Ken est la simplicité même : « Soyez
vous-même, et laissez les autres être eux-mêmes ».
Si je me sens chez moi, en Grande-Bretagne, et tout particulièrement
à Londres, c'est parce que c'est ici que j'ai pu commencer à
me chercher moi-même. C'est ici que j'ai pu cesser de m'identifier
moi-même en tant que juif, c'est ici, à Londres que j'ai
cessé d'être un Israélien. C'est ici que j'ai commencé
à écrire. C'est ici, en Grande-Bretagne que j'ai cessé
d'être un clone de bebop américanisé et que je suis
devenu Gilad Atzmon (quoi que cela puisse bien vouloir dire, d'ailleurs).
J'aime Londres et j'aime la Grande-Bretagne parce que je puis y être
moi-même ou même être, tout simplement. Mais cela va
plus loin, c'est ici, à Londres, que j'ai pu passer une après-midi
dans un restaurant libanais, c'est ici, à Londres, que je rencontre,
que je discute et que je lie amitié avec des Palestiniens sans
qu 'ils ne finissent par être intimidés par mon « israélianité
». C'est ici, à Londres, que j'ai pris conscience du fait
que je suis un Palestinien hébraïcophone. Je dois énormément
à cette ville et aux gens qui ont fait de cette ville ce qu'elle
est, qu'ils soient britanniques, ou non.
Peut-être que je me trompe totalement, en l'occurrence,
mais j'ai tendance à penser qu'en matière de « mode
de vie britannique », il vaut mieux écouter Ken que Tony.
A la différence de Blair, qui a été réélu
indirectement malgré ce qu'il est, Livingstone a été
directement élu par les Londoniens, par des gens qui croient en
leur Maire et en sa vision humaniste universaliste.
De fait, Livingstone et Blair incarnent deux visions
du monde différentes, et même opposées. Là
où Ken décrit une société libérale
composée de beaucoup de gens différents à la recherche
de leur véritable _expression authentique, Tony articule des pensées
radicalement nationalistes. Pour Blair, le tout est bien plus important
que ses parties. Pour Blair, la société est, de très
loin, plus vitale que ses membres. L'Etat est bien plus important que
ses citoyens. Blair exprime sa vision du monde en la fractionnant au moyens
de pronoms auxquels il assigne une valeur intrinsèque. Pour Blair,
le « nous », de toute évidence, est de très
loin plus important que le « eux ».
Bien sûr, on peut soulever un sourcil et dire qu'il
n'y a rien de tellement innovant dans la vision du monde adoptée
par Blair. En bonne compagnie, on appelle cela « nationalisme »,
parfois, on va jusqu'à « patriotisme », mais pour parler
franchement, c'est rien moins que du fascisme. Oui, Mesdames et Messieurs,
nous pouvons aussi saisir cette opportunité pour reconnaître
que notre Premier ministre est en train de nous faire entrer dans une
idéologie et des pratiques fascistes. Nous ferions peut-être
bien de reconnaître la possibilité horrifiante que notre
société soit en train de foncer tête baissée
vers le fascisme, par les détours du nationalisme et du patriotisme.
Mais, il faut le préciser, même en matière de fascisme,
il y a des degrés. Certains fascistes sont mieux que d'autres.
Les fascistes, ont le sait, pensent que l'Etat est plus important que
ses citoyens. Mais là encore, l' exclusion n'est pas essentielle
au fascisme. Apparemment, elle est essentielle pour Blair, qui est politiquement
engagé dans la mobilisation des pires forces xénophobes
existant au sein de la société britannique.
Pour qui ne l'aurait pas encore compris, à l'examen
de ses récentes déclarations et intentions, les tendances
politiques de Blair, reflétant certains des principes du fascisme,
sont de type sioniste. Cet homme croit vraiment en la notion sioniste
de clash culturel dans lequel le « nous » représente
la bonté judéo-chrétienne et le « eux »
représente le mal fondamentaliste musulman.
On peut valablement arguer du fait que la forme la plus
raciste du fascisme devrait plutôt être une forme de nazisme
que le sionisme. Soit, je peux apercevoir la logique qui sous-tend cette
affirmation. Mais, néanmoins, j' insiste pour refuser l'assimilation
de la politique de Blair au nazisme, et ce, pour deux raisons fondamentales
:
1. Le sionisme est antérieur au nazisme. Si cela
ne suffisait encore pas, alors que le nazisme a été vaincu,
il y a plus de soixante ans, le sionisme est encore aujourd'hui une pratique
politique efficace, qui fait souffrir des millions de personnes, et montre
peu de signes d'être sur le déclin. De plus, la guerre illégale
de Blair en Irak est, de fait, une guerre sioniste contre les rares poches
arabes de résistance. La « guerre au terrorisme » n'
est qu'un énième exemple de champ de bataille sioniste à
grande échelle. Aussi triste et aussi fou que cela puisse paraître,
la Grande-Bretagne et l' Amérique se comportent, actuellement,
comme des missi dominici du sionisme.
2. Le nazisme est associé, traditionnellement,
à l'assassinat industriel de civils innocents. Dieu merci, Blair
n'en est pas encore là. A toutes fins, nous ferions bien de nous
souvenir qu'il a fallu un certain temps aux nazis avant qu'ils n'aient
seulement envisagé la possibilité de solutions consistant
en des assassinats industrialisés.
Mais reste que non seulement Blair flirte avec le fascisme
dans sa position de leader omniscient et omnipotent de sa nation, et que
même s'il est un tyran édulcoré, il n'en reste pas
moins un flop total. Pour commencer, il est loin de populaire auprès
de son peuple, et c'est là quelque chose qui le disqualifie totalement
pour devenir un jour le Führer britannique. Crois-moi, Tony, tu ne
deviendras jamais un Führer dans une société où
on ne sait pas ce qu'est un balcon !
Les fascistes sont parfois bons, quand il s'agit de faire
la guerre, mais Blair est tout ce qu'on voudra, sauf un génie militaire
! Jusqu'ici il a réussi à échouer lamentablement
sur tous les fronts possibles et imaginables. Blair a été
très prompt à baisser casaque devant la terreur. Sa conversion
à la philosophie du « nous » contre « eux »
est exactement ce à quoi ses ennemis veulent l'amener. Les fondamentalistes
musulmans veulent défier notre soi-disant « idéologie
libérale occidentale ». A l'évidence, Bush et Blair
ont été très rapides, lorsqu'il s'est agi de lacérer
les notions de liberté et de droits civiques. De plus, les activistes
fondamentalistes islamiques peuvent vouloir préserver les musulmans
de l' assimilation dans les pays occidentaux dont ils sont les hôtes.
Les terroristes veulent que les musulmans britanniques se sentent rejetés,
humiliés et ségrégués. Blair leur fournit
ce dont ils ont besoin. Ses nouvelles propositions de dispositions légales
aliènent les communautés musulmanes britanniques. Je le
dis à haute et intelligible voix : avec Tony Blair au n° 10
de Downing Street, le peuple britannique n'a pas besoin d'un autre ennemi
dans son dos !
Contrairement à des Premiers ministres britanniques
récents, en temps de guerre, contrairement à Churchill,
qui guida la nation à travers les jours sombres de Dunkerque et
les nuits horribles du Blitz, contrairement à la Dame de Fer, qui,
au moins, avait montré qu'elle avait une colonne vertébrale
en tenant bon, en dépit des attentats répétés
de l'IRA, Blair a réussi à lever le drapeau blanc juste
après le premier attentat réussi contre la capitale britannique.
Il faut le dire franchement : seule une intervention
divine peut sauver la Grande-Bretagne désormais. Dans mon désespoir,
j'ai fait retour sur le passé, et j'ai cherché à
me remémorer les paroles de l'hymne national britannique. Je me
souvenais vaguement qu'il y avait une sorte d'appel à Dieu, tout
à fait au début. Ah oui, bien sûr, voilà, ça
me revient : « God save our gracious Queen », « Que
Dieu sauve notre Reine bien-aimée ». Je pense en moi-même
: OK, la Reine peut être sauvée ? Mais tous les autres, c'
est-à-dire : nous ?
Gilad Atzmon, Guide des Egarés,
Paris, Phébus, 2005, 15 €
Note de lecture, par Maria Poumier, 26 septembre 2005
L’original de ce livre est paru en hébreu en 2001, aux éditions
Keter, sous le titre Moreh Névokhim. Il est ensuite paru en anglais,
à Londres et en espagnol, à Buenos Aires. La traduction
française, par Laurence Klein, est recherchée, toute en
finesse, elle épouse chaque méandre de l’écriture.
Si ce livre était à la gloire d’Israël, il aurait
joui d’une promotion tonitruante. Étant tout le contraire,
et bien plus, il a rapidement trouvé ses lecteurs, mais refroidi
son éditeur, qui n’avait pas bien pris la mesure de la chose.
Pour le succès, il y avait les ingrédients infaillibles
: beaucoup de sexe, beaucoup de talent, et un rendu farouche de tout ce
qui converge vers le « cierge d’amour », toutes les
émotions qui s’emparent autoritairement de la personne lorsque
le sexe y prend la parole, toute l’intensité psychologique
visant la métaphysique. Cela tient de la confession scabreuse,
et c’est aussi prenant par l’allégresse communicative
des parties du corps convoquées que par l’aveu du cynisme
total, naïf, aveugle qui mobilise la personne dès lors qu’elle
est animée par l’implacable désir.
L’originalité de l’entreprise vient de l’expérience
que nous communique l’auteur : c’est le sexe qui l’a
guidé pour échapper aux prisons fallacieuses de l’idéologie
sioniste et de la modernité occidentale. Le héros était
un jeune fanatique de Tsahal n’aspirant qu’à mourir
pour la patrie. Le déchaînement des hormones le transforme
en lâche, et l’ancre dans une conscience double. D’une
part toute son existence s’ordonne autour de la vérité
du sexe, et de l’autre, simultanément, cet axe unique dévalue
et subordonne toute autre activité, la pervertit, la change en
farce douteuse. Le personnage fonce et défonce, et il reçoit,
à sa grande surprise, en échange de sa fourberie les honneurs
universitaires : à partir de là, ayant en quelque sorte
saisi le fond pornographique de la machine culturelle officielle, il vise
avec une fureur de moraliste bien plus que ses tendres proies, tout ce
qui du monde moderne est considéré comme méritant
notre attention respectueuse. La « peepologie », le voyeurisme
systématisé, débouchant sur l’allégorie
flamboyante de la poupée gonflable, l’onanisme sur fond de
baudruche, devient son école de la perspicacité, tout d’abord
sur l’amnésie générale où nous baignons,
puis sur les mensonges qu’elle recouvre pieusement.
Comme en arrière-fond, on entend une ritournelle : la critique
de la société israélienne, pure escroquerie saturée
de bêtise, effronterie, ridicule, auto-démolition. Encore
plus loin, comme un fantôme wagnérien, résonne le
mur sur lequel frappe comme un écho, la réalité virtuelle
qu’est l’Israël : l’Allemagne, le modèle
inaccessible, cette société qui non seulement se croit patrie
d’un peuple d’élection, mais qui « s’efforce
de le prouver » continuellement. La philosophie allemande en prend
donc pour son grade, et tout le système universitaire qui la révère
avec.
Le titre reprend celui du traité de Maïmonide, dont il est
dit sans aucune révérence que c’était un «
illustre médecin qui encourageait les hommes à préférer
l’amour de Dieu aux valeurs humanistes et à sanctifier le
shabbat plutôt que la vie d’un infidèle ». Il
correspond à un genre littéraire florissant autrefois, celui
de la méthode adressée à l’intimité
du lecteur pour le faire accéder à la connaissance suprême,
la philosophie, à partir de son expérience vécue,
sans coupure épistémologique. Il se veut méthode
secrète, accompagnement dans le voyage initiatique, à partir
de la perplexité, de ce qui constitue un nœud inextricable,
un obstacle intérieur. Tous les romans devraient aspirer à
ce rôle, pour faire faire le trajet de l’intime subjectif
à la clarté sur les circonstances, ou encore de l’unanimité
la plus répandue, la vérité vécue du sexe,
jusqu’aux aberrations singulières, excentriques, du monde
qui nous falsifie et nous tient comme dans un filet de mort ; on préfère
cette école romanesque au documentaire rutilant de sciences diverses,
bouffi d’épate, qui nous fait croire que nous pénétrons
dans les arcanes du pouvoir par la connaissance, mais qui ne nourrit que
la suffisance en nous. En bon maître, le guide des égarés
se garde d’être pesant : jusqu’au bout, il est drôle
et joyeux, et fantasque, sans prétention.
Gilad Atzmon est un sabra qui étouffait là-bas, au milieu
du « peuple juif [qui a] une grande similitude avec le fumier organique
: étalé sur une grande surface, il a une influence germinatrice,
mais concentré en un seul point, il devient mortifère ».
Il a trouvé dans le jazz, l’exil et la nostalgie de la gastronomie
palestinienne un peu de pureté. C’est ce que nous trouvons
dans son livre, comme chaque fois qu’on se laisse guider comme lui
par l’exigence de l’honnêteté. Ce Guide des égarés
est la trace d’un geste vital, de renoncement à l’imposture.
Il fait beaucoup rire, parce qu’il est profondément sain.
Il fait beaucoup réfléchir sur « l’égarement
induit par l’arrogance des êtres élus qui n’ont
d’égards pour personne », parce qu’il est profondément
ancré dans le réel.
Autres texte de Gilad Atzmon :
"Ha-Mechabel"
Les juifs du troisième type et le
mouvement de solidarité avec la Palestine
Sex et politique
À
propos du sionisme. Et d'autres idéologies marginales
Réponse
à Daniel Barenboim, 16 novembre 2004
Le contenu de la paix, dans une nouvelle tonalité, par Daniel Barenboim,
Haaretz, 16 novembre 2004
La passion d'Arafat, 14 novembre 2004
Le mur de séparation et le mythe de la gauche israélienne,
Gilad Atzmon, 10 juillet 2004
« Not in my name ! » « Pas en mon nom ! » - Une
analyse de la rectitude juive, 13 juin 2004
De l'antisémitisme, 16 décembre 2003
Les erreurs les plus fréquentes du peuple israélien, 24
août 2003
Anatomie d'un conflit intrinsèquement irrésolu. Une réflexion
philosophique personnelle, décembre 2000
"Ha-Mechabel"
par
Gilad Atzmon, 6 août 2005.
original : http://umkahlil.blogspot.com/2005/08/ha-mechabel.html
.
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Hier, Eden Natan Zada, un jeune Israélien portant un uniforme de
l'armée israélienne, a tiré sur les passagers d'un
autobus, dans le quartier druze de la ville arabe israélienne de
Shfaram, tuant quatre personnes et en blessant douze autres.
De manière très surprenante, pour la première fois,
l'opinion israélienne qualifie un judéo-terroriste de Œmechabel',
titre réservé uniquement à des combattants arabes
de la liberté. Je suggère que nous nous arrêtions
un instant afin de nous demander ce qu'il y a en réalité
derrière ce glissement linguistique révolutionnaire collectif
hébraïque.
Y a-t-il réellement une quelconque différence catégorielle
entre Eden Natan Zada dix-neuf ans, depuis peu colon religieux
et un pilote de F-16 de l'armée de l'air israélienne qui
balance des bombes sur des villes palestiniennes ? Un pilote de l'armée
de l'air israélienne le sel de la terre israélienne
un juif laïc grandi à Tel Aviv, voire même dans
un kibboutz, n'est-il pas un mechabel ? En ce qui me concerne, tout du
moins éthiquement, ils sont tout à fait semblables entre
eux. L'un comme l'autre, ils sont engagés dans l'assassinat de
Palestiniens innocents.
Ainsi, par exemple, y a-t-il une quelconque différence entre Natan
Zada et Dan Halutz, le chef d'état-major israélien récemment
nommé ? Pour ceux qui auraient réussi à l'oublier,
c'est ce Dan Halutz qui a donné l'ordre de balancer une bombe d'une
tonne sur un appartement d'un quartier résidentiel de Gaza, le
22 juillet 2002, afin d'éliminer extrajudiciairement l'activiste
palestinien Salah Shehadeh, ce qui a entraîné également
la mort de quinze innocents qui se trouvaient là, dont plusieurs
femmes et neuf enfants. Halutz, à qui on venait de demander quelle
impression cela lui avait fait, de lancer une bombe sur un territoire
urbanisé, aurait répondu : « J'ai ressenti une petite
vibration, dans l'aile de l'avion ».
Du point de vue moral, il n'y a aucune différence entre Natan Zada
et Halutz. Halutz, l'ex-commandant de l'armée de l'air israélienne,
est sans aucun conteste un mechabel. Mais d'une manière ou d'une
autre, les Israéliens ne veulent pas le voir. Pour eux, il s'agit
d'un héros national. De même, Natan Zada a intégré
l'idéologie d'Halutz. Ne disposant pas d'un jet de combat américain,
il a décidé d'agir seul. Il est monté, muni de son
fusil d'assaut de l'armée israélienne, dans un autobus rempli
d'Arabes. Mais on peut se demander pourquoi l'ensemble de la société
israélienne l'a ainsi dénoncé collectivement ? Pourquoi
Sharon, lui-même criminel de guerre assoiffé de sang confirmé,
a-t-il condamné la tuerie, en recourant aux termes les plus sévères
qui soient ?
Qu'a donc ce Natan Zada de si unique ?
Bien entendu, des gens aux tendances fascisantes sont trop heureux de
laisser les mains de l'Etat procéder aux pratiques criminelles.
Pour eux, dès lors que c'est l'Etat qui assassine en leur nom,
ils sont moralement blancs comme neige. Dan Halutz, le chef d'état-major
est en réalité un assassin rémunéré
par l'Etat.
Pour les Israéliens, Halutz a le droit de tuer.
Pas Natan Zada
Il y a une autre différence cruciale entre Halutz et
Natan Zada. Celui-ci avait viré juif religieux depuis peu. Il était
colon. Il portait une kippa de colon sur la tête. Et pour ceux qui
ne l'auraient pas encore compris, sachez que les Israéliens laïcs
haïssent les juifs religieux presque autant qu'ils haïssent
les Arabes, ce qui n'est pas peu dire. Pour une raison très simple
: parce que la laïcité juive est une qualité vide de
sens en elle-même, à laquelle s'identifier. Le juif laïc
est engagé dans un processus de dialectique négative. Il
hait fondamentalement tout ce qui n'est pas lui-même. Cela inclut
les Arabes, les juifs religieux, les juifs éthiopiens, les colons,
les Allemands, les Gentils, en fait : tout. L'Israélien laïc
hait. Un point c'est tout. Uniquement pour pouvoir définir qui
il est.
Mais c'est encore plus profond. Les Israéliens laïcs aiment
faire le distinguo entre les Palestiniens des territoires occupés
et les Palestiniens qui se trouvent détenir la citoyenneté
israélienne. Alors que les premiers sont considérés
(et traités) par les Israéliens comme des sous-hommes et
une menace démographique, les seconds sont des gens qui sont
au mieux des citoyens de deuxième catégorie. A l'évidence,
au sein la société israélienne, Halutz n'a aucun
problème à massacrer, tout simplement parce qu'il massacre
les « mauvais » Palestiniens, ceux qui mettent démographiquement
l'Etat juif en danger. Natan Zada, lui, est considéré comme
un mechabel, tout simplement parce qu'il a tué des « Arabes
israéliens » : Natan Zada n'a pas compris que les Israéliens
préfèrent garder les « Arabes israéliens »
pour plus tard. Pour l'instant, les « Arabes israéliens »
sont là pour fournir à la colonie juive de la main-d'¦uvre
à prix cassés ainsi qu'un humus authentique à haut
degré d'octane.
Pour l'instant, les « Arabes israéliens » sont autorisés
à continuer à vivre. Pour l'instant
A l'évidence, les Israéliens n'aiment pas les Arabes ; ils
ne font aucune différence entre ceux qui vivent à Gaza,
à Shfaram ou à Riyad. Qu'il me suffise de citer un adage
populaire israélien, qui dit : « Un bon Arabe est un Arabe
mort ». Les Israéliens veulent que Sharon se désengage
de Gaza aussi rapidement que possible non pas parce qu'ils rechercheraient
une véritable solution pacifique, mais bien parce qu'ils veulent
connaître encore vingt ans de tranquillité dans leur pipeline
démographique condamné. Tout ce qu'ils veulent, c'est repousser
la fin. La majorité des juifs israéliens soutiennent le
retrait non pas parce qu'ils recherchent la paix, mais tout au contraire,
parce qu'ils haïssent vivre avec autrui. Les juifs israéliens
veulent vivre dans un Etat juif américanisé et ségrégué.
L'idée d'une majorité non-juive dans leur Etat national
récemment formé les horrifie.
Pour les Israéliens, il est clair qu'on fera leur fête aux
« Arabes israéliens », le jour venu. Plus tard
Natan Zada et ses camarades ne sont pas d'accord avec la vision israélienne
générale. Apparemment, ils comprennent l'agenda politique
sioniste un peu mieux que la plupart des Israéliens. Pour eux,
un Arabe est un Arabe, un gentil est un gentil et, plus important, un
juif est un juifŠ Ils veulent que l'Etat juif soit réservé
au seul peuple juif. Point barre. Natan Zada et ses amis veulent empêcher
le retrait sharonien, ils préfèrent s'accrocher à
Gaza et le nettoyer ethniquement de ses Palestiniens. Natan Zada voulait
une guerre totale. Les Natan Zadas veulent racheter la terre, maintenant,
tout de suite. En revanche, Halutz est un général d'armée.
Il préfère ne pas mener la guerre sur tous les fronts à
la fois. Il pense que la tuerie doit être programmée. D'abord
Gaza, puis Jénine, et ensuite ensuite, seulement Shfaram
et Jaffa. Il a un avion de guerre américain : il peut prendre tout
son temps. C'est du moins ce dont il est persuadé.
Natan Zada rappelle aux Israéliens à quoi va ressembler
leur prochaine guerre. Natan Zada est le cauchemar de l'identité
laïque israélienne. Contrairement à la plupart des
Israéliens, Natan Zada est cohérent et constant. Son message
est clair. Il a réussi à intégrer le rêve sioniste.
Il se bat en vue d'une société juive purifiée. De
fait, Natan Zada est en avance sur Halutz et la plupart des Israéliens.
Alors qu'Halutz s'engage dans un nettoyage ethnique progressif du peuple
palestinien, Natan Zada étend la bataille à l'ensemble de
l'Israël biblique.
Le crime dévastateur d'hier est un appel à se réveiller
lancé au peuple palestinien et à tous ceux d'entre nous
qui soutenons la cause palestinienne. Nous ne devons en aucun cas nous
laisser dépasser par la condamnation apparemment unanime et l'hypocrisie
bien-pensante qui prévalent aujourd'hui, en Israël. Le sionisme
n'est rien d'autre que le projet d'établir un Etat juif sur l'ensemble
de la Palestine. Le sionisme vise à rien moins que la création
d'un Etat juif racialement purifié. Le sionisme n'a pas plusieurs
visages : il a bien plutôt différentes pratiques politiques
et pragmatiques. Natan Zada et Dan Halutz sont, l'un comme l'autre, des
assassins. Ils sont, l'un comme l'autre, motivés par la haine de
tout ce qui n'est pas juif. Simplement, ils recourent à des stratégies
distinctes. Ce n'est qu'une question de temps : le moment venu, tous les
Palestiniens, à l'intérieur du territoire israélien,
seront les victimes du terrorisme d'Etat israélien.
Il faut éradiquer le sionisme.
Tout de suite.
Les juifs du troisième type
et le mouvement de solidarité avec la Palestine
par Gilad Atzmon, 1er juillet 2005. Source : http://www.gilad.co.uk/html%20files/3rd.html
. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
De mon point de vue, les gens qui se qualifient eux-mêmes de juifs
peuvent être classés principalement en trois catégories
:
1/ ceux qui observent le judaïsme ;
2/ ceux qui se considèrent comme des êtres humains dont il
se trouve qu'ils aient des origines juives ;
3/ ceux qui mettent leur judaïté au-dessus de tout et avant
tous les autres traits de leur personnalité.
A l'évidence, les deux premières catégories
définissent un groupe de personnes inoffensives. Nous avons tendance
à respecter les croyants, car on attend généralement
d'eux qu'ils vivent en étant inspirés par leurs croyances
et parce qu'ils sont censés obéir à un quelconque
code spirituel supérieur. Inutile de préciser que nous n'avons
aucun problème avec la seconde catégorie : on ne saurait
choisir sa propre origine. Nous sommes tous d'accord pour affirmer qu'il
faut respecter les gens et traiter tout le monde équitablement,
sans égard à leur origine, ou à leur appartenance
raciale et ethnique.
En revanche, le troisième type est largement problématique.
A l'évidence, sa définition est de nature à sembler
provocatrice à certains. Et pourtant, très curieusement,
il s'agit-là d'une formule générale qui résume
la vision que Chaim Weizmann avait de l'identité juive, vision
qu'il avait exprimée lors de son célèbre discours
devant le premier Congrès juif : « Il n'y a pas de juifs
anglais, ni de juifs français, ni de juifs allemands, ni de juifs
américains : il n'y a que des juifs, qui vivent en Angleterre,
en France, en Allemagne ou en Amérique. » [1]
Pour Weizmann, éminente personnalité du
sionisme, la judaïté est une qualité première.
Vous pouvez être un juif qui vit en Angleterre, un juif qui joue
du violon, voire même un juif antisioniste. Mais, par-dessus tout,
vous êtes juif. Tout tourne autour du fait de considérer
que la judaïté serait l'élément clé dans
la personnalité d'un individu. Toutes les autres qualités
ne sauraient être que secondaires.
C'est précisément là le message
que les premiers sionistes voulaient répandre. Pour Weizmann, la
judaïté est une qualité unique en son genre qui empêche
un juif de s'assimiler à la nation dont il est citoyen. Il restera
indéfiniment un élément hétérogène,
un « alien ». C'est précisément cette ligne
de pensée qui était plus que patente dans la plupart des
récits théoriques sionistes. Jabotinsky, le fondateur du
sionisme de droite, pousse même le raisonnement plus loin. Il affirme
catégoriquement que l'assimilation est impossible, en raison d'un
conditionnement biologique. Voici ce qu'il déclara un jour, au
sujet des juifs allemands : « Un juif élevé au milieu
d'Allemands peut respecter les coutumes allemandes, le vocabulaire allemand.
Il peut être entièrement imbibé de fluide allemand
; le noyau de sa structure spirituelle demeurera juive à jamais,
car son sang, son corps, son type physique racial sont juifs. »
(Vladimir Jabotinsky « Lettre sur l'Autonomie », 1904).
Le lecteur aura remarqué que ces idées d'un racisme outrageant
sont antérieures au nazisme. Jabotinsky n'était pas isolé,
et même le marxiste Ber Borochov, qui attribue la condition juive
à certaines circonstances historiques et matérielles, suggère
un remède spécifique au peuple juif : le nationalisme juif,
dans lequel les juifs pratiquent quelque activité prolétaire,
j'ai nommé : la production. On le constate : Borochov accepte que
les juifs soient séparés du reste de la révolution
prolétarienne internationale. Pour quelle raison ? Tout simplement
parce que les juifs sont uniquement juifs, ou tout au moins, c'est ce
que les sionistes ont tendance à penser.
Toutefois, on peut à juste titre se demander si
ce ne serait pas les sionistes qui auraient inventé le troisième
type ?
Eh bien non, ce n'est pas du tout le cas.
Il semble bien que Shakespeare ait remarqué ce
phénomène même voici trois siècles. Shylock,
le célèbre usurier de Venise, était tout à
fait un juif du troisième type. Il admet clairement être
plus que tout un juif, qui possède beaucoup de traits humains.
« Je suis juif », dit Shylock, qui demande : « Un juif
n'a-t-il pas d'yeux ? Un juif n'a-t-il pas de mains, d'organes, de mensurations,
de sensations, d'affects, de passions ? » Et pourtant Shylock insiste
à dire qu'il a en partage beaucoup de traits humains : «
Nourri de la même nourriture, blessé par les mêmes
armes, sujet aux mêmes moyens (de coercition), réchauffé
et glacé par les mêmes été et hiver, comme
l'est un chrétien. » Shylock clame être essentiellement
semblable à l'humanité entière : « Si vous
nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous
pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourrons-nous pas ?Š » [2]
Remarquons, d'après Shylock, que le juif est vulnérable,
comme tout être humain ordinaire et que, néanmoins, il est
avant tout juif.
C'est précisément là l'essence du sionisme. Le sioniste
est avant tout et plus que tout un juif. Il ne peut être simplement
un citoyen britannique qui se trouve être d'origine juive. Il est
plutôt un juif, résidant en Grande-Bretagne. Il est un juif
qui parle anglais, il est un juif qui est soigné par le NHS, il
est un juif qui se trouve conduire sur le côté gauche de
la route. Il est l'incarnation de l'Altérité. D'une manière
générale, les juifs du troisième type sont les quintessences
de l'Autre. Précisément parce qu'ils sont en permanence
à la marge, ou à part de toute condition humaine ou de tout
paysage humain.
Des agents sionistes
Apparemment, Shylock était sioniste : il correspondait parfaitement
au modèle décrit par Weizmann. C'était un juif du
troisième type. Certes, Shylock n'est pas allé en Palestine.
Il ne s'est pas compromis dans la confiscation des terres des Palestiniens.
Il n'est pas même devenu un soldat israélien. De fait, un
juif du troisième type n'a pas besoin d'aller en Palestine. Apparemment,
vivre à Sion n'est qu'une des possibilités pratiques, dans
le cadre de la philosophie sioniste. Pour devenir un sioniste authentique,
nous n'avez pas besoin d'aller de place en place. Parfois, il est même
préférable de rester exactement où vous êtes.
Lisons ce que Victor Ostrovsky, un ex-agent du Mossad, nous dit, au sujet
des juifs de troisième type :
« Le lendemain, Ran S. prononça une conférence
sur les sanayim, partie importante et unique en son genre du modus operandi
du Mossad. Les sanayim les assistants doivent être juifs
à cent pour cent. Ils vivent à l'étranger, et bien
que n'étant pas citoyens israéliens, la plupart sont recrutés
par l'entremise de parents vivant en Israël. Un Israélien
ayant un parent en Angleterre, par exemple, peut se voir demander d'écrire
une lettre expliquant que le porteur de cette lettre représente
une organisation dont le but principal est de sauver des juifs, dans la
diaspora. Le parent britannique pourrait-il l'aider, d'une façon
ou d'une autre ?Š Il y a des milliers de sanayim, répartis
dans le monde entier. Rien qu'à Londres, il y en a environ deux
mille, qui sont actifs, auxquels il faut ajouter cinq mille autres, qui
figurent sur la liste. Ils remplissent beaucoup de rôles très
variés. Un sayan (assistant) « automobile », par exemple,
gestionnaire d'une agence de location de véhicules, pourra aider
le Mossad à louer une voiture sans avoir à remplir les documents
habituels. Un sayan « immobilier » pourra trouver un logement
à un agent du Mossad sans soulever la moindre suspicion, un sayan
« bancaire » pourra vous trouver de l'argent, si vous en avez
besoin, en pleine nuit ; un sayan médecin pourra vous extraire
une balle sans faire de déclaration à la police, etc. etc.
L'idée, c'est de disposer d'un pool d'auxiliaires disponibles et
mobilisables en cas de besoin, qui peuvent apporter des services dans
la plus grande confidentialité, par loyauté à la
cause. Ils sont simplement indemnisés, et non rémunérés.
» [3]
Je suppose qu'il est inutile de préciser que ces
sanayim sont par définition des juifs du troisième type
; des gens qui se considèrent avant tout comme juifs. Le sayan
est un homme qui trahirait le pays dont il est citoyen, à seule
fin de se conformer à la notion bizarre d'une fraternité
clanique.
Le sionisme : un réseau international
Ah ! Nous commençons à comprendre que le sionisme ne doit
en aucun cas être compris comme un mouvement nationaliste ayant
une aspiration territoriale évidente. Le sionisme n'est pas exactement
un mouvement colonialiste focalisé sur la Palestine. Le sionisme
est en réalité un mouvement international, alimenté
par la solidarité des individus du troisième type. Etre
sioniste, cela signifie simplement accepter qu'avant toute chose, vous
êtes essentiellement juif.
Ostrovski poursuit :
« Vous avez à disposition un système
de recrutement absolument sécurisé, qui vous fournit, de
fait, un pool de plusieurs millions de juifs auxquels vous pouvez faire
appel, à l'extérieur du pays où vous vivez. Il est
tellement plus facile d'opérer avec des agents disponibles sur
place, et les sanayim offrent un soutien effectif incroyable, absolument
partoutŠ Bien sûr, on pourrait suggérer que la Grande-Bretagne,
par exemple, pourrait utiliser un système analogue, en recrutant
des agents chez les Wasps [les bo-bos] dans le monde entier. Mais les
Anglais ne le font pas, parce qu'ils ne le peuvent pas. Il faut un degré
incroyable de solidarité et de motivation raciales pour développer
et entretenir un tel « système de recrutement sécurisé
» et pour veiller à ce qu'il fonctionne à la perfection.
Rappelez-vous que toutes ces activités relèvent de l'espionnage,
ce qui signifie de longues peines de prison, si l'agent se fait pincer.
Des Américains d'origine anglaise, irlandaise et italienne peuvent
conserver quelque loyauté résiduelle envers la vieille «
mère patrie ». Mais ce résidu n'est rien, en comparaison
avec la solidarité des juifs entre eux. Ces sentiments raciaux
sont si puissants et envahissants, chez les juifs, que le Mossad savait
d'avance que son système de recrutement était dénué
d'un quelconque risque. La Grande-Bretagne, l'Irlande, l'Italie et le
Vatican se gardent bien (par expérience) d'essayer d'instituer
un tel système. [4]
Ostrovsky nous parle, dans ce passage, de « solidarité
raciale ». Mais, de fait, les juifs sont loin de ressortir à
une unique race. Aussi ironique cela puisse sembler, la plupart des Palestiniens
sont plus juifs, du point de vue ethnique, que les juifs ashkénazes.
S'il ne s'agit pas de solidarité raciale, qu'est-ce
qui amène ainsi le sayan à encourir le risque d'années
d'emprisonnement ? Qu'avait Jonathan Pollard à l'esprit lorsqu'il
décida de trahir, à l'évidence, son pays ? Qu'ont
ces quelque deux mille sanayim, ici, à Londres, à l'esprit
quand ils trahissent leur Souveraine ? Je suppose qu'il ne nous reste
plus, en l'occurrence, qu'une possibilité : la solidarité
des juifs du troisième type. Il s'agit, par définition,
de la solidarité entre des gens qui se considèrent fondamentalement
juifs. J'ai tendance à voir dans le témoignage d'Ostrovsky
un document très fiable. Comme nous le savons, à l'époque,
le gouvernement israélien avait recours à tous les moyens
possibles et imaginables afin de stopper la publication de ses livres.
En réalité, cette bizarre censure valait confirmation au
centuple qu'Ostrovsky était bien un agent du Mossad et que l'histoire
qu'il racontait était très vraisemblablement authentique.
Dans une interview radiodiffusée, Joseph Lapid, un grand éditorialiste
israélien de l'époque, s'était déboutonné,
annonçant au monde entier ce qu'il pensait d'Ostrovsky : «
Ostrovsky est le pire traître juif de l'histoire juive contemporaine.
Et il n'a pas le droit de vivre, à moins qu'il ne soit prêt
à revenir en Israël et à s'y voir confronté
à ses juges. » [5].
Valerie Pringle, la journaliste qui l'interviewait, demanda
alors à Lapid : « Vous avez le sentiment que les propos que
vous venez de tenir sont bien responsables ? »
Lapid : « Bien sûr, je dis ma conviction.
Et malheureusement, le Mossad ne peut le faire, car nous ne pouvons mettre
en danger nos relations avec le Canada. Mais j'espère qu'il y aura
un juif digne de ce nom, au Canada, qui fera ça pour nous, à
notre place. »
Pringle : « Vous l'espérez ? Vous pourriez
vivre, en ayant son sang sur les mains ? »
Lapid : « Oh nonŠ Il ne s'agit pas deŠ
Non, bien sûr, je n'aurai jamais son sang sur les mains. Ce sera
justice, pour un homme qui fait les choses les plus horribles qu'un juif
puisse imaginer, à savoir : il est en train de vendre l'Etat juif
et le peuple juif à nos ennemis et, cela, pour de l'argent. Il
n'existe rien de pire qu'un être humain si tant est qu'Ostrovsky
puisse être qualifié ainsi puisse faire ».
Lapid, qui allait devenir plus tard membre du cabinet
ministériel de Sharon, met les points sur les « i »
d'une manière on ne peut plus claire : être juif, c'est un
engagement profond qui va bien plus loin qu'un quelconque ordre légal
ou moral. Etre juif, c'est quelque chose de bien plus essentiel qu'une
quelconque perception éthique universelle. A l'évidence,
pour Lapid, la judaïté n'est pas une position morale, c'est
un engagement politique. C'est une vision du monde qui s'impose jusqu'au
plus petit des juifs, sur cette Planète. Comme il dit : «
le Mossad ne peut pas vraiment assassiner Ostrovsky », donc : on
laisse ça à un « honnête juif canadien »,
qui se chargera de la basse besogne. Bien entendu, un journaliste sioniste
exprime ici l'opinion la plus outrageante qui se puisse concevoir. Il
encourage un coreligionnaire juif à commettre un crime, au nom
de la fraternité juive. En bref, non seulement Lapid confirme la
véridicité de la dénonciation du monde des sanayim
par Ostrovsky, mais il confirme l'opinion de Weizmann, lorsqu'il dit que,
du point de vue sioniste, il n'y a pas de juifs canadiens, mais seulement
des juifs, qui se trouvent vivre au Canada.
Je pense que ce que nous venons de voir nous permet largement
de conclure que, tout du moins, aux yeux des sionistes, la judaïté
est fondamentalement une opération internationale en réseau.
Ostrovsky appelle cela « solidarité raciale ». Personnellement,
j'évoque une fraternité entre juifs du troisième
type, et Weizmann appelle cela « sionisme ». Mais tout ceci
désigne une seule et même chose. Dans tout ceci, il s'agit
d'engagement dans un programme mondial qui mobilise de plus en plus de
juifs dans un compagnonnage obscur et dangereux. Apparemment, le sionisme
ne se limite pas à Israël. Israël n'est qu'une colonie,
une tête de pont territoriale pérennisée par la violence
par une force spéciale composée de juifs de troisième
catégorie. En fait, l'entreprise sioniste n'a pas de véritable
centre géographique. Bien difficile de déterminer où
se trouve le centre de prise de décision sioniste ? A Jérusalem
? A la Knesset, au sein du cabinet ministériel de Sharon, au Mossad,
ou peut-être encore dans les bureaux de l'Anti-Defamation League,
en Amérique ? Ce centre peut tout aussi bien se trouver à
Wall Street ? Qui sait ?
Mais dès lors, il est bien entendu plus que possible
qu'il n'y ait pas de centre de décision, du tout. La beauté
d'un système opérationnel en réseau, c'est justement
qu'aucun opérateur pris individuellement, dans le réseau,
n'est totalement au courant de son fonctionnement : il est seulement conscience
de son rôle personnel, à l'intérieur dudit réseau.
C'est là probablement la principale force du mouvement sioniste.
Voir dans le sionisme une opération d'un réseau
planétaire, voilà qui entraînerait un saut qualitatif
majeur dans notre vision des affaires mondiales actuelles :
Ainsi, par exemple, les Palestiniens ne seraient pas
seulement les victimes de l'occupation israélienne : ils seraient
bien plutôt les victimes des juifs du troisième type, qui
ont décidé de transformer la Palestine en un bunker national
juif. Les Irakiens seraient plus justement définis si on les considérait
comme les victimes de ces juifs du troisième type, qui ont décidé
de transformer l'armée américaine en un force opérationnelle
juive. Le monde musulman devrait être perçu comme en butte
à une tendance néoconservatrice du troisième type
de faire de l'idéologie démocratique de Sharansky la nouvelle
Bible américaine à l'usage du tiers-monde. Oui, c'est profondément
déprimantŠ
Le juif humaniste
La militante palestinienne Rim Abdelhadi, à qui on demandait son
avis sur des militants antisionistes juifs, répondit sarcastiquement
: « Ils sont très gentils, tous, les cinquante qu'ils sontŠ
»
Nous devons admettre que les juifs combattant le sionisme
se comptent sur les doigts d'une main. Toutefois, parmi ces quelques rares
juifs qui s'engagent dans cette bataille, nous trouvons des personnes
qui insistent à rappeler qu'ils le font sous une bannière
juive, comme par exemple : « Les juifs contre le sionisme »
; « Les juifs pour la justice pour les Palestiniens », etcŠ
Tout en rédigeant ce papier, j'ai commencé
à me demander à quelle catégorie appartiennent ces
juifs de gauche. Clairement, ils ne correspondent pas au premier type.
La gauche juive est une tendance athéïste « religieuse
». Ils n'aiment vraiment pas impliquer Dieu dans la politique ou
dans quoi que ce soit d'autre. Dans la plupart des cas, ils sont hostiles
au judaïsme et même à ces juifs orthodoxes qui se trouvent
s'opposer catégoriquement au sionisme. Mais le judaïsme n'est
pas la seule chose qu'il détestent. Ils ne sont pas non plus particulièrement
fans de l'islam ou du christianisme. Ceux d'entre eux qui prônent
l'idée d'une solution à un seul Etat insistent sur le fait
que la future Palestine doit être un pays « laïque »
et « démocratique ». Bien que je ne sois pas dans une
position telle que je puisse me permettre de suggérer ce que sera
la future Palestine, je voudrais simplement proposer qu'il appartient
aux citoyens de ce futur Etat de décider dans quel type de régime
ils préfèrent vivre.
Quoi qu'il en soit, ces juifs de gauche ne correspondent
pas non plus au deuxième type. Ils ne se considèrent pas
comme des humanistes ordinaires qui se trouvent être d'origine juive.
Si tel était le cas, ils rejoindraient tout simplement le mouvement
de solidarité avec les Palestiniens, comme d'autres juifs qui choisissent
d'agir principalement en humanistes. Mais, dans ce cas, plutôt que
de rejoindre la campagne de solidarité, ils mettent en place des
cellules politiques exclusives, qui leur permettent d'opérer sous
la bannière juive. Par conséquent, nous devons bien admettre
qu'ils appartiennent aux juifs du troisième type. De fait, ils
préfèrent se considérer comme « des juifs qui
ont des idées de gauche ».
Evidemment, parmi ces groupes, vous trouverez des gens
merveilleux, qui pensent sincèrement que le sionisme est erroné,
que le sionisme est raciste et nationaliste. Mais, en fait, ces gens sont
eux-mêmes en train d'agir à la manière de juifs de
troisième type. Ils agissent tous, politiquement, sous une bannière
juive. Du point de vue pratique, ils appartiennent, tous, à l'école
de Weizmann. Plutôt que des humanistes qui se trouvent incidemment
être juifs (de deuxième type), ce sont des juifs qui se trouvent
être humanistes. Mais alors, étant donné qu'agir politiquement
sous une bannière juive, c'est en réalité la définition
même du sionisme, ils est raisonnable d'en déduire que toute
activité juive de gauche n'est, en pratique, ni plus ni moins qu'une
forme de sionisme de gauche. On peut à juste titre se demander
s'il est possible d'être un sioniste de gauche ? Peut-il exister
une droite et une gauche, dans un réseau fondé initialement
sur une catégorie raciale et sur une fraternité clanique
?
La réponse, bien entendu, est : « non ».
Il n'y a ni gauche ni droite au sein du sionisme, mais bien plutôt
différents appareils politiques de droite. Certains manifestes
politiques sionistes adoptent la forme du discours de gauche. J'ai remarqué,
par exemple, que les marxistes juifs insistent à s'appeler «
camarades » entre eux. De fait, ils sont avant tout engagés
dans les rituels verbaux du marxisme. Mais, apparemment, cela ne suffit
pas. L'idéologie est plus qu'un simple jeu rhétorique. En
réalité, ces clubs juifs de gauche jouent le rôle
d'un bouclier de protection de l'identité du troisième type.
Ceci peut expliquer le fait qu'en ce qui concerne la campagne de solidarité
avec les Palestiniens, ces groupes sont essentiellement voués à
protéger des intérêts juifs du troisième type
qui n'ont qu'un rapport extrêmement lointain avec les Palestiniens
et avec leurs souffrances quotidiennes.
Pour être encore plus précis, ces associations
juives de gauche sont essentiellement engagée dans la chasse aux
« antisémites, aux négationnistes et aux judéophobes
». D'une manière générale, ils les trouvent
toujours parmi les juifs du deuxième type les plus militants et
les plus dévoués. Apparemment (c'est du moins ce que je
pense), pour ces cellules juives sporadiques, la solidarité palestinienne
n'est qu'un instrument de plus, qui leur permet d'attirer l'attention
sur le mythique humanisme juif. Je vais m'efforcer d'être extrêmement
clair et transparent, ici. Il n'y a pas d'humanisme laïc juif. Bien
entendu, beaucoup d'humanistes se trouvent être juifs, et néanmoins
il n'existe pas une seule théorie humaniste juive laïque,
ni un seul texte humaniste juif laïc. [6] Ceci, en raison du fait
que la solidarité juive n'est pas un positionnement philosophique.
Il s'agit bien plutôt d'un abandon total de Dieu. La sécularité
juive est une forme d'ethnicité, fondée tout simplement
sur des tendances à l'exclusivisme et à une vague mémoire
collective d'un vague héritage rituel.
Alors : y a-t-il une conspiration juive visant à
gouverner le monde ?
Pas vraiment. Tout d'abord, il doit être clair
que les juifs des premier et deuxième types n'ont rien à
voir avec ce que nous avons décrit plus haut. Pour les juifs du
premier type, être juif, cela signifie pratiquer le judaïsme.
Répondre à un appel spirituel et obéir aux commandements
divins. Comme nous le savons, le sionisme est toujours très loin
d'être populaire auprès des rabbins ultra-ortodoxes. Cependant,
je reconnais que d'aucuns pourraient à bon droit arguer du fait
qu'en observant les enseignements de la loi talmudique, beaucoup de juifs
religieux se considèrent eux-mêmes comme une catégorie
choisie. Pour moi, ceci signifie simplement qu'ils relèvent plus
du troisième type que du premier. Ceci vaut probablement pour les
sectes orthodoxes qui se sont ralliées au sionisme, tout au long
de l'histoire.
Les juifs du deuxième type n'ont nulle intention
de prendre part à un quelconque réseau juif mondial. Ils
se considèrent des êtres humains ordinaires et libérés,
qui n'ont aucun privilège. Parmi les juifs de deuxième type,
nous trouvons les humanistes les plus émancipés et les plus
éclairés, de très grands intellectuels qui ont contribué
à la pensée libérale et humaniste du vingtième
siècle. Comme nous le savons, pratiquement aucun de ceux-là
n'avaient un quelconque rapport ni avec Israël, ni avec une faction
sioniste.
Avec les juifs du troisième type, nous sommes
confrontés à un petit problème. J'ai tendance à
penser que les juifs du troisième type agissent ensemble, mutuellement.
Mais savoir s'ils en sont entièrement conscients, telle est la
grande question ? Au fil du temps, ils ont formé un réseau
qui fonctionne à la manière d'un bouclier protecteur sioniste,
d'envergure planétaire. Ils agissent simplement en harmonie, ils
se « couvrent » mutuellement. Lorsqu'il leur arrive d'entrer
en conflit entre eux, c'est une image de pluralisme qu'ils donnent à
voir à l'extérieur. Je pense que c'est précisément
en cela que réside l'essence du succès miraculeux du sionisme.
Il y a environ huit jours de cela, j'ai lu une analyse
brillante de Rowan Berkely sur le site ouèbe Peacepalestine. Rowan,
un Londonien que je connais vaguement, a courtisé l'idée,
par le passé, de se faire juif. Dans le commentaire ci-après,
il vise à expliquer l'approche juive communément répandue
du sionisme. De fait, sans s'en rendre compte, il décrit la tactique
du troisième type : « Tout d'abord, ils vous demandent si
vous pensez que le nationalisme (juif) est une bonne, ou une mauvaise
chose ? Si vous dites que c'est quelque chose de bien, ils vous adresseront
à la droite juive, qui vous dira que les juifs ont plus que le
droit d'être nationalistes que quiconque.
Si vous dites, en revanche, que le nationalisme (juif)
est une mauvaise chose, ils vous adresseront à la gauche juive,
qui vous dira que vous n'êtes pas autorisé à protester
contre le sionisme en vous fondant sur autre chose que le marxisme ou
l'internationalisme prolétarien anarchiste c'est ce qui leur
permet de disqualifier quasiment tous les mouvements antisionistes actuellement
existants dans le monde arabe.
S'ils peuvent s'en tirer à bon compte, avec ce
jeu de bonneteau idéologique, c'est parce que toute arène
discursive individuelle est contrôlée par l'une ou l'autre
des factions juives. » [7].
En effet ; je pense que l'analyse de Rowan enfonce bien
le clou, en tapant juste sur la tête. Il a absolument raison. Mais
dès lors, à la différence de Rowan, je pense que
les juifs contre le sionisme [Jews Against Zionism] sont sincères.
Simplement, ils combattent le sionisme sans se rendre compte qu'ils sont
sionistes eux-mêmes. Sans se rendre compte qu'ils sont les adeptes
les plus orthodoxes de l'école weizmannienne. Si, véritablement,
ils sont intéressés à dézinguer le sionisme,
leur tactique est à l'évidence erronée.
J'ai écrit à certains d'entre eux à
ce sujet, j'ai constaté qu'il y avait débat sur mes opinions,
dans beaucoup de cercles juifs de gauche différents, et néanmoins,
je ne suis jamais tombé sur une seule réponse argumentée
provenant de l'un quelconque de ces groupes exclusivistes. Plutôt
que de se confronter à mes idées, ils se consacrent uniquement
à coller des étiquettes sur les gens. J'ai déjà
été, sous leur plume, qualifié notamment de «juif
haineux de lui-même », de « fondamentaliste chrétien
», de « négationniste de l'Holocauste », d'«apologiste
des négationnistes de l'Holocauste », de « néonazi
», de « stalinien », d'«agent sioniste »,
d'«antisémite »Š etc, etcŠ
Voici une quinzaine de jours, un petit groupe de juifs
de gauche ont fait le pied de grue, contre moi, devant une librairie marxiste.
J'ai essayé de leur écrire en arguant du fait que si la
Palestine était vraiment leur priorité, ils devraient aller
manifester devant l'ambassade d'Israël ou devant n'importe quelle
institution juive du troisième type, car cela serait beaucoup plus
efficace. Mon appel a été rejeté d'un revers de la
main.
J'ai pleinement conscience du fait que me crucifier et
brûler mes livres soit, à n'en pas douter, une pratique digne
du troisième type, mais malheureusement cela n'aidera en rien le
Palestiniens maltraité à un checkpoint. Cela n'aidera en
rien les millions de réfugiés qui vivent depuis près
de soixante ans, privés de leurs droits les plus élémentaires.
Israël est une création politique inhumaine.
C'est par conséquent en tant qu'êtres humains que nous devons
le combattre, et non pas en tant que groupes sporadiques, qu'ils soient
de nature ethnique ou religieuse.
[1] (Chaim Weizman, First Zionist Congress 1897).
[2] (Shylock, The Merchant of Venice by William Shakespeare).
[3] By Way of Deception", Victor Ostrovsky , St. Martin's, 1990 pg
86-7
[4] Ibid pg 87
[5] http://www.washington-report.org/backissues/0195/9501017.htm
[6] Dans ses débuts, le sionisme ambitionnait de fonder une philosophie
de cette nature, une forme d'éthique juive séculière.
A l'évidence, une telle tentative était condamnée
à échouer. Ne serait-ce que parce que le sionisme est amoral
par définition, engagé qu'il est dans l'épuration
ethnique perpétuelle contre la population indigène de la
Palestine.
[7] http://peacepalestine.blogspot.com/
Sur le web, la cyber-bataille de Londres fait rage
par Israël Shamir
[Les Sages de Londres, alias les Enfants de Foxman (Tony
Greenstein, Deborah Maccoby et Roland Rance) se sont alliés au
sioniste blairiste Aaronovitch afin d'attaquer Deir Yassin Remembered
[DYR - Deir Yassine Commémorée, une association britannique,
ndt]. Le président de DYR, Dan McGowan, répond ci-après.]
La campagne de dénigrement contre Deir Yassin
Remembered
Depuis le début du printemps, on assiste au Royaume-Uni à
une campagne visant à dénigrer Deir Yassin Remembered, essentiellement
parce qu'Israël Shamir a été élu au conseil
d'administration de cette association (depuis plus d'un an), mais aussi
en raison des écrits et des commentaires de notre directeur au
Royaume-Uni, Paul Eisen, et d'un de nos hôtes lors de la plus importante
manifestation de DYR, cette année, à Londres, le célèbre
jazzman Gilad Atzmon. Un tas de fausses accusations ont été
lancées contre DYR, provenant pour la plupart de Tony Greenstein
et de Deborah Maccoby, que Gilad a surnommée à juste titre
« la Reine du Cyber-Chtetl ».
Greenstein a publié récemment un article,
dans lequel il écrit : « Le conflit au sujet de Gilad Atzmon
est superfétatoire. Atzmon est le principal porte-parole d'un fasciste
suédo-russe, un certain Israël Shamir. C'est quelqu'un dont
les partisans ont pris le contrôle d'une association appelée
Deir Yassin Remembered, dont le vice-président est Paul Eisen.
Dans un e-mail daté du 12 juin dernier, Atzmon m'écrivait
qu'il « correspondait bien avec Shamir, de temps en temps »
et qu'il « trouvait que Shamir est un homme très charmant
et plutôt amusant. Mais pour être plus précis, mes
liens avec Shamir sont purement intellectuels. Je considère (en
effet) que Shamir est un penseur d'avant-garde, absolument unique. »
Discuter sur le ouèbe avec des gens tels Greenstein
et Maccoby est évidemment une perte de temps, mais j'aimerais signaler
aux membres de notre forum quelques points particulièrement gratinés
:
Shamir est israélien. Il a beau être né
en Russie, avoir vécu en Suède, étudié en
Angleterre, visité le Japon, que sais-je encore, reste qu'il est
israélien. Il a fait la guerre pour Israël (en 1973) ; il
réside et travaille en Israël ; un de ses fils y vit ; son
épouse y réside, et sa mère aussi. Greenstein et
Maccoby s'affirment antisionistes dans un Londres parfaitement sûr
et policé. Shamir est antisioniste, lui, en Israël. La différence
se passe de commentaire.
Shamir a contribué à DYR durant plusieurs années,
tant financièrement qu'en nature. Voici trois ans de cela, il fut
notre orateur délégué à Kuala Lumpur et en
Australie. L'orateur, cette année, fut Uri Davis, un autre antisioniste
authentique, et en même temps un opposant zélé d'Israël
Shamir. Mais à la différence de Greenstein et de Maccoby,
qui font tout pour porter atteinte à DYR, Uri Davis a travaillé
avec nous, et avec nos remarquables secrétaires Colin Andersen,
Hishamuddin Ubaidulla et Avigail Abarbanel (lequel, au passage, est lui
aussi israélien).
Jeff Halper a quitté le conseil d'administration
de DYR afin de protester contre la présence en son sein de Shamir.
Mais Jeff n'a pas attaqué DYR. Au contraire, il nous a aidés
à organiser la cérémonie de DYR, cette année,
à Jérusalem, et il a aidé notre cinéaste,
venu du Canada, à enregistrer l'événement. Il est
peut-être en désaccord avec Paul Eisein, à propos
de son article fondateur intitulé « Jewish Power »,
mais il ne le qualifie ni d'antisémite, ni de juif haineux de lui-même,
ni de négationniste, ni d'un quelconque autre nom d'oiseau, d'ailleurs.
Gilad Atzmon soutient activement DYR, et il a donné
un concert magnifique, au profit de notre association, à l'Eglise
St Johns Wood de Londres, le 9 avril. L'église était pleine
à craquer, le public était très composite, avec nombre
de juifs, d'arabes et d'autres. Ce fut notre commémoration la plus
marquante des trente que nous ayons organisées cette année.
Gilad a été très généreux pour DYR,
et il n'hésite pas à dire la vérité en ce
qui concerne le sionisme.
Tony Greenstein a écrit : « Je ne cacherai
pas que je souhaite voir le plus tôt possible la fin de [l'association]
Deir Yassin Remembered. » Il n'est pas le seul : je suis certain
que cet sentiment est partagé par Elie Weisel, Alan Dershowitz,
Abe Foxman et les autres suprématistes juifs, qui s'évertuent
à effacer l'histoire palestinienne. Mais notre croissance et le
soutien jamais démenti que nous recevons ne manqueront pas de décevoir
tout ce petit monde.
[Voir, à ce sujet, le nouvel article de Gilad
Atzmon : Les juifs du troisième type et le mouvement de solidarité
avec la Palestine.
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