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Tsunami III

C'était il y a un an : commémoration du tsunami en Asie

Les pays riverains de l'océan Indien ont rendu hommage, avec des personnes venues du monde entier, aux quelque 231.000 victimes du tsunami du 26 décembre 2004, l'une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices de l'histoire moderne.

Il y a un an jour pour jour, une vaste opération de solidarité était lancée dans le monde pour venir aux secours des rescapés. Mais beaucoup sont encore traumatisés et la douleur reste vive pour les proches des victimes ce cette vague géante qui atteignait parfois dix mètres de haut.

Survivants, amis et parents de disparus se sont joints aux dirigeants des pays les plus touchés (Indonésie, Thaïlande et Sri Lanka) pour marquer la tragédie par des prières, des minutes de silence et des pélerinages sur les sépultures des morts.

Près des trois quarts se sont regroupés dans la province d'Aceh, à l'extrême nord de Sumatra. Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono y a déclenché une sirène à 08h16 avant d'observer une minute de silence dans un faubourg de la ville côtière de Banda Aceh rasé par la muraille d'eau.

 

"Il y a un an, c'est sous un même ciel bleu que mère Nature s'était déchaînée avec la plus extrême violence contre nous", a déclaré Yudhoyono.

Le tsunami, provoqué par un séisme sous-marin d'une magnitude de 9,5 survenu au large de Sumatra, a fait près de 170.000 morts ou disparus ainsi qu'un demi-million de sans-abri dans la province d'Aceh, la zone la plus touchée de la région.

 

Treize pays ont été frappés, dont l'Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka et, dans une moindre mesure, l'Inde. Le phénomène a eu des effets jusqu'en Afrique orientale.

 

Le tsunami a fait, au total, 1,8 million de sans-abri. Aujourd'hui, quatre personnes déplacées sur cinq vivent encore sous des tentes, dans des abris provisoires ou entassés chez des proches ou des amis en divers points de la région.

 

SYSTEME D'ALERTE

 

L'Indonésie a procédé lundi pour la première fois à un exercice de test du système d'alerte au tsunami mis sur pied pour limiter le nombre de victimes à l'avenir. Selon des experts, beaucoup de vies auraient pu être sauvées si la région avait disposé l'an dernier d'un système d'alerte comparable à celui qui est en place dans le Pacifique.

 

Le président indonésien a souligné que l'heure était venue de se tourner vers l'avenir. Il a remercié la communauté internationale de son assistance, non sans ajouter qu'il restait beaucoup à faire.

 

En Thaïlande, le Premier ministre Takhsin Shinawatra a posé la première pierre d'un mémorial à Khao Lak, station balnéaire du sud du pays où ont péri de nombreux étrangers. Des Suédois sont entrés dans la mer jusqu'au cou pour lancer sur les flots des couronnes de fleurs après avoir chanté ensemble.

 

Dimanche, des cérémonies bouddhistes avaient marqué le jour de Noël dans les régions de Thaïlande touchées par le tsunami.

 

Au Sri Lanka, les drapeaux ont été mis en berne au moment où le nouveau président Mahinda Rajapakse a observé deux minutes de silence et déposé une couronne florale au pied d'un monument en forme de vague. Sur la côte sud, des villageois ont observé des veillées avec des lampes creusées dans des noix de coco.

 

En Inde, des pêcheurs se sont abstenus de partir en mer afin de prier pour les disparus dans la région de Nagapattinam, où le tsunami a emporté la moitié des 12.405 victimes enregistrées.

 

En Suède, dont 543 ressortissants ont péri dans le tsunami, des cérémonies de commémoration ont eu lieu à Stockholm, en présence de la famille royale, à Göteborg et à Malmö.

Grâce au formidable élan de solidarité parti des pays riches en raison du nombre relativement élevé de touristes occidentaux figurant parmi les victimes, les efforts de reconstruction sont à l'oeuvre un an après le drame.

 

Plus de 7,3 milliards de dollars ont été promis au titre de l'aide multilatérale et nationale tandis que les dons privés se sont élevés à plus de 5,7 milliards de dollars. Mais une grande partie des dons financiers disponibles doit encore être affectée à des projets de reconstruction en 2006.

 

Le bilan précis du tsunami a été difficile à établir, les pays concernés continuant à mettre à jour leurs statistiques dans une région où les populations locales ne sont pas toujours recensées avec exactitude. Source : Reuters, 26 décembre 2005

 

 

Tsunami, jour 40 - 3 février 2005

Les pourparlers entre Jakarta et les séparatistes d'Aceh piétinent
"Les négociations de paix entre le gouvernement indonésien et les représentants du Mouvement Aceh libre (GAM) sont dans l'impasse dans la mesure où les deux parties n'arrivent pas à s'accorder sur l'objectif à atteindre", constate The Jakarta Post. Des pourparlers ont été entamés le vendredi 28 janvier à Helsinki, en Finlande. Ces discussions étaient destinées en priorité à renforcer la sécurité dans la région d'Aceh pour permettre le bon déroulement des opérations humanitaires mises en ¦uvre après le tsunami.
Les deux camps se rencontraient pour la première fois depuis l'imposition de la loi martiale, en mai 2003, qui précédait de peu le lancement d'une offensive militaire dans la province d'Aceh, à la suite de l'échec d'une trêve. La réunion a pris fin le samedi 29 janvier, sans résultats tangibles, relate le quotidien indonésien.
"Pour les représentants du GAM, il s'agit de trouver un terrain d'entente pour arrêter les hostilités, notamment en instaurant un cessez-le-feu", poursuit le quotidien. Alors que, pour Jakarta, l'objectif est d'arriver à "une solution définitive avec les séparatistes qui réclament l'indépendance". Selon le ministre de la Justice et des Droits de l'homme, Hamid Awaluddin, la délégation gouvernementale a remis au GAM un projet accordant à Aceh "un statut d'autonomie spéciale". Les représentants des rebelles se sont engagés à étudier la proposition.
De son côté, Bakhtiar Abdullah, un porte-parole du mouvement séparatiste qui vit en exil en Suède, a souligné, lors d'un entretien téléphonique avec The Jakarta Post, la volonté du GAM de coopérer pour assurer la distribution de l'aide aux survivants après la catastrophe du tsunami. Il a également tenu à préciser que le GAM "insiste pour la tenue d'un référendum sur l'indépendance dans la province d'Aceh".
Le conflit d'Aceh a fait plus de 12 000 morts depuis 1976. Aucune date n'a été officiellement fixée pour une prochaine rencontre, "mais il est probable qu'elle ait lieu le 21 février", croit savoir le quotidien.
Source : Courrier international, 2 février 2005

Neuf survivants retrouvés à Grand Nicobar 38 jours après le tsunami
Neuf personnes ont été retrouvées vivantes mercredi, 38 jours après le tsunami du 26 décembre, dans une île indienne, selon la police.
Les survivants -cinq hommes, deux femmes et deux adolescentes- qui appartiennent à la tribu des Nicobarese, étaient "assis dans la forêt quand nous les avons vus, ils ont simplement couru vers nous, sans rien dire", a expliqué l'inspecteur Shaukat Hussain à l'Associated Press par téléphone depuis Campbell Bay, la seule ville de l'île de Grand Nicobar.
Egalement connue sous le nom de Campbell Bay, l'île est située à 225km de la région de Banda Aceh, la plus touchée par la catastrophe, en Indonésie.
L'inspecteur Hussain était à la tête d'une équipe de policiers qui recherchaient des corps. C'est à douze kilomètres des côtes, que les rescapés ont été localisés. Agés de 11 à 65 ans, ils vivaient tous dans le village de Pillowbhabhi sur la côte occidentale de l'île dont nombre de villages ont été rayés de la carte.
"Quand le tsunami s'est produit, ils ont grimpé au sommet d'une colline. Ils ont continué à marcher, ils se sont perdus, et ont erré sans but dans la forêt, se reposant puis marchant encore", a souligné Shaukat Hussain. "Ils sont allés de la partie ouest de l'île à la partie est, jusqu'à ce que nous les sauvions".
Deux des rescapés, gravement déshydratés, ont été hospitalisés. Les sept autres ont été envoyés dans un camp humanitaire. Ils ont expliqué qu'ils s'étaient nourris de noix de coco, de pousses sauvages et des produits de la chasse, selon l'inspecteur.
Le séisme de magnitude 9 survenu le 26 décembre au large de l'île indonésienne de Sumatra et suivi de raz-de-marée dévastateurs sur les côtes des pays riverains de l'océan Indien a fait, selon les sources, entre 156.976 et 178.115 morts dans 11 pays, et entre 26.404 et 142.132 disparus, la plupart présumés morts.
Au moins 10.779 personnes ont été tuées par le cataclysme en Inde et au moins 5.614 sont portées disparues, la plupart dans les archipels des Andaman et Nicobar où l'île est située.
Source : AP, 2 février 2005

 

Tsunami, jour 39 - 2 février 2005

Le rabbin et le tsunami
Pour Mordechai Eliahu, ancien grand rabbin d'Israël, les choses sont claires : « Le Tout-Puissant était en colère avec les nations qui l'ont pas aidé Israël, favorable à une évacuation, un désengagement de Gaza, et cela a provoqué un un tremblement de terre. » Ce message a été publié par une publication religieuse distribuée dans des milliers de synagogues à travers tout Israël. «Extrêmement stupide », a commenté le quotidien Yediot Aharonot.

Bill Clinton nommé envoyé spécial de l'Onu pour l'après-tsunami
Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a proposé à l'ancien président américain Bill Clinton d'être son envoyé spécial dans les pays affectés par les tsunami de fin décembre, et M. Clinton a accepté, a confirmé l'Onu mardi dans un communiqué.
"Le secrétaire général est confiant que M. Clinton apportera énergie, dynamisme et attention soutenue à sa tâche, consistant à faire conserver au monde son intérêt pour la phase vitale de reconstruction après le désastre des tsunami qui ont frappé l'Asie du Sud le 26 décembre 2004", déclare ce communiqué du porte-parole de M. Annan, Fred Eckhard.
M. Annan "pense que personne ne pourrait être mieux qualifié pour cette tâche", ajoute le texte.
Le secrétaire général et M. Clinton sont convenus qu'une annonce formelle et une apparition conjointe des deux hommes sera organisée au retour de M. Clinton d'une tournée qu'il effectue actuellement dans la région en compagnie de l'ancien président George Bush, père de l'actuel occupant de la Maison Blanche, indique encore le communiqué. Celui-ci avait demandé à ses deux prédécesseurs à la présidence de lever des fonds privés pour venir en aide aux victimes de la catastrophe.
M. Eckhard avait laissé entendre un peu plus tôt que l'annonce de la nomination de M. Clinton était imminente.
Il avait alors expliqué que M. Annan compterait aussi sur l'ex-président américain pour "profiter des occasions que la catastrophe a données à l'Indonésie et au Sri Lanka pour effectuer des percées (dans leurs négociations) avec les mouvements rebelles".
L'idée serait, si les parties l'acceptent, que M. Clinton puisse "faciliter les négociations de paix dans ces deux cas", avait-il dit.
Deux des zones les plus touchées par les raz-de-marée meurtriers du 26 décembre dernier, la province d'Aceh dans le nord de l'île indonésienne de Sumatra et le nord-est du Sri Lanka, sont depuis des années le théâtre d'affrontements entre les armées gouvernementales et des rebelles séparatistes.
Source : AFP, 2 février 2005

Plus de 3,8 millions d'Euro collectés par SMS en France
L'opération "Un SMS pour l'Asie" a permis de récolter plus de 3,8 millions d'euros en faveur des pays de l'océan Indien ravagés par les raz-de-marée du 26 décembre, annonce l'Association française des opérateurs de téléphonie mobile (Afom).
"Au total, 3.417.780 SMS ont été envoyés du 2 au 31 janvier. L'intégralité du prix du SMS (un euro de don plus le prix d'envoi du SMS) est versée" au Secours populaire, au Secours catholique et à la Croix-Rouge, a-t-elle ajouté dans un communiqué.
Le montant total collecté atteint 3.807.137 euros, les trois opérateurs français - Bouygues, SFR et Orange - s'étant engagés à doubler les contributions de leurs abonnés respectifs pendant la première semaine de l'opération.
Le communiqué précise cependant que cette somme globale n'inclut pas l'abondement supplémentaire par France Télécom d'un euro par SMS.
L'appel à la solidarité a été relayé pendant un mois auprès des 44,5 millions de Français ayant un téléphone portable par des messages sur Radio France, RMC et TF1.
Source : Reuters, 1er février 2005

 

Tsunami, jour 35 - 29 janvier 2005

Premières accusations sur des détournements de l'aide en Indonésie - Reconstruire, mais aussi faire son deuil : comment soigner le traumatisme psycholgique du tsunami ? - Il y a une vie après le tsunami - Tsunami : Le PJD marocain pris dans le tourbillon - Benkirane : «Il faut tirer les leçons des malheurs» - Le tsunami, une "punition divine", "seul Dieu le sait" - 60 chanteurs français vont sortir un single, "Et puis la Terre"

Premières accusations sur des détournements de l'aide en Indonésie
Un mois après le tsunami, l'Indonésie fait face aux premières accusations de détournement de l'aide susceptibles d'inquiéter les donateurs qui ont commencé à déverser les milliards de dollars promis.
Le pays le plus sévèrement frappé par la catastrophe doit logiquement se tailler la part du lion de l'assistance internationale. Pour l'heure les vols présumés semblent limités, mais ils n'augurent rien de bon. L'Indonésie est régulièrement dénoncée comme l'une des nations les plus corrompues du monde.
Le ministre de la Protection sociale Alwi Shihab a annoncé vendredi que ses services vérifiaient l'exactitude d'un audit faisant état d'un détournement de 200 millions de roupies (21.800 dollars) d'aide.
Cet argent aurait, selon l'audit, financé un sommet sur les infrastructures à Jakarta, qui n'a rien à voir avec l'opération humanitaire.
"Cela nécessite une enquête plus poussée pour savoir s'il s'agit d'une faute de frappe (dans les comptes) ou de quelque chose d'autre", a dit le ministre à l'AFP. Selon lui, pour l'instant rien ne permet de confirmer une mauvaise affectation de ces fonds.
Dans la province d'Aceh, où sont morts ou ont disparu environ 230.000 habitants, se multiplient les témoignages sur des policiers et surtout des soldats faisant main basse sur des vêtements, du lait ou du sucre.
Pour les spécialistes de l'Indonésie, ces faits étaient prévisibles. La région d'Aceh, en proie à une guérilla indépendantiste, est contrôlée depuis des années par l'armée, qui s'y autofinance grâce à divers trafics.
La zone a longtemps été restreinte d'accès aux ONG internationales. Celles-ci se trouvent aujourd'hui avec des sommes d'une ampleur jamais vue, qu'elles doivent affecter à des projets liés au tsunami.
Sans bureau dans la zone, ces organisations humanitaires sont souvent obligées de se trouver des partenaires locaux privés ou para-publics, qui eux-mêmes graissent la patte des militaires.
Le gouvernement indonésien a pourtant promis une totale clarté sur l'aide destinée au nord de Sumatra.
La police a annoncé jeudi avoir arrêté un important responsable de la lutte anti-corruption, qu'elle accuse d'avoir volé des camions chargés d'assistance destinée aux victimes du tsunami.
Farid Faqih, directeur d'un organisme indépendant qui entend contrôler la transparence des actions gouvernementales, se voit reprocher d'avoir caché ce ravitaillement humanitaire dans un entrepôt de la capitale provinciale Banda Aceh.
Le voleur présumé travaillait avec le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies et avait accès à des tonnes de produits d'assistance.
Les policiers ont dit avoir retrouvé dans le local des ordinateurs, des machines à laver et des imprimantes. Un officier a précisé que des soldats furieux avaient passé à tabac le suspect, en découvrant le détournement présumé.
Le visage tuméfié de Farid Faqih a été montré à la télévision, ce qui a déclenché la colère de ses proches, qui affirment qu'il a eu le tort d'accuser le gouvernement de gonfler le nombre de sinistrés afin d'obtenir davantage d'aide.
La Nouvelle-Zélande a de son côté annoncé jeudi qu'elle allait demander une enquête à l'Indonésie sur des pots-de-vin qui auraient été versés à des militaires indonésiens par des habitants aisés évacués par des avions néo-zélandais.
Le magazine américain Newsweek a affirmé que des victimes qui ont gagné Jakarta à bord d'un avion Hercules de l'armée néo-zélandaise étaient "des gens correctement habillés, qui avaient payé jusqu'à 80 dollars des militaires indonésiens pour pouvoir embarquer".
Dans ce contexte particulier, le salut ne viendra pas des autorités locales: le gouverneur d'Aceh, Abdullah Puteh, est détenu et jugé pour des faits présumés de corruption.
Source : AFP, 28 janvier 2005

Reconstruire, mais aussi faire son deuil : comment soigner le traumatisme psycholgique du tsunami ?
Toutes les organisations humanitaires sont unanimes sur le sujet : après l'aide alimentaire et la reconstruction des maisons, il s'agira d'apporter un soutien psychologique aux communautés victimes du tsunami du 26 décembre dernier, même si "l'étendue des répercussions émotionnelles est impossible à évaluer", comme le souligne The New York Times. Néanmoins, les Nations unies ont rapidement envoyé une équipe de psychologues au Sri Lanka, puis des spécialistes de la santé mentale aux Maldives.
Selon les experts, "n'importe quelle catastrophe naturelle entraîne un lourd tribut émotionnel à payer, mais celle-ci s'est distinguée par son étendue et son impact extrêmes", relève The NYT. Des études portant sur les traumatismes subis à la suite de tremblements de terre, d'incendies, de cyclones et d'autres désastres ayant dévasté des communautés entières ont montré "qu'une majorité de survivants sont dans la capacité de vivre en dépit de leurs effroyables souvenirs en surmontant leur douleur, mais un certain nombre souffrent de désordres psychologiques chroniques ou même d'une torpeur émotionnelle qui les isole d'autrui".
Le journal new-yorkais rappelle les éléments mis en évidence par les chercheurs : après un choc violent ou l'implication ­ ne serait-ce que comme témoin ­ dans une catastrophe, "5 % à 10 % des individus souffrent de cauchemars à répétition, de morosité, de fatigue nerveuse ou d'autres symptômes liés à un état posttraumatique. Ces symptômes sont considérés comme inquiétants s'ils deviennent chroniques ; ils peuvent apparaître des mois ou même des années après le choc." Dans le cas du tsunami ayant sévi en Asie du Sud, les réactions posttraumatiques en nombre sont à redouter, d'autant plus chez les personnes qui se trouvaient immédiatement sur le lieu du drame. Ainsi, se souvient The NYT, "après le tremblement de terre qui a rasé la ville arménienne de Spitak en 1988, tuant la moitié de ses écoliers, les chercheurs de l'université de Californie ont souligné dans une étude que la majorité des enfants survivants ont souffert de stress posttraumatique et de dépression".
Il est évident que "plus l'épreuve est extrême, plus le risque de traumatismes est élevé", déclare le Dr Alan Steiberg, l'un des chercheurs californiens. De ce fait, à la suite du passage du raz de marée, les personnes qui étaient proches de la plage sont celles qui sont aujourd'hui les plus menacées de désordres psychologiques chroniques. Et pour celles qui étaient plus éloignées de l'océan, le choc causé par la perte de leur maison et de leurs proches serait amplifié par le trauma et la violence, disent les psychiatres. "Lorsque le dernier souvenir d'un être aimé est sous-tendu par la violence, explique The NYT, ou empreint de culpabilité ou de colère impuissante, cela interfère avec la capacité naturelle à faire son deuil, laissant les individus figés dans leur malheur, en prise avec la dépression, les coupant du reste du monde."
S'il existe "une image symbolique de cette catastrophe, c'est celle de la perte d'un enfant tandis que les parents, luttant pour leur propre survie, sont incapables de le protéger ou de le sauver", déclare le Dr Robert Pynoos, codirecteur du Centre national du stress traumatique chez l'enfant et professeur à l'Institut de neuropsychiatrie de l'université de Los Angeles. Ces propos, note The NYT, sont confirmés par tous les experts, qui soulignent en outre "que le risque de dépression s'accroît lorsque la mort d'un être aimé n'est pas confirmée, ou quand le corps a été enterré dans une fosse commune sans avoir été identifié, comme ce fut le cas en d'innombrables endroits touchés par le tsunami".
Dans ce type de circonstances, continue le quotidien new-yorkais, "le cycle normal des rituels culturels liés à la mort est interrompu, ce qui provoque souvent des rumeurs étranges. Ainsi, en 1985, en Colombie, une éruption volcanique a provoqué l'enfouissement dans la boue des corps de 80 % des habitants de la petite ville d'Armero. Des mois plus tard, circulaient des histoires selon lesquelles des personnes auraient vu certains des disparus errer en de lointains endroits. Ce n'est qu'après la découverte des corps et la tenue des cérémonies funèbres que les survivants ont pu faire leur deuil", explique un rapport émanant de l'Organisation mondiale de la santé, qui relate d'autres affaires du même ordre.
Dans le cadre de la catastrophe du 26 décembre ­ qui a fait 280 000 victimes ­, les représentants des organisations humanitaires pourront, dans les mois à venir, contribuer à dissiper de telles rumeurs par l'intermédiaire d'une attention particulière portée aux survivants menacés de dépression ou de stress traumatique, indique The NYT. "L'OMS a formé ses représentants tout spécialement à cette forme d'aide apportée aux victimes de traumatismes. Par ailleurs, un organisme affilié à l'université d'Oslo prépare actuellement un programme d'informations et de conseils à destination des enseignants et des personnes concernées vivant dans les régions les plus touchées par le tsunami."
Source : Courrier international, 28 janvier 2005

Il y a une vie après le tsunami
par Christian MERVILLE, le Point, 28 janvier 2005
Les chiffres, dans leur terrible laconisme, en disent trop ou pas assez. Depuis hier, c'est à 300 000 morts que s'établit le bilan du tsunami, et il est loin d'être définitif. Le parallèle s'impose à l'esprit : en 1945, les deux bombes atomiques lâchées par les Américains sur Hiroshima puis sur Nagasaki avaient fait un total de 210 000 morts. Or pour l'Indonésie seule, pays le plus touché par le cataclysme qui a ravagé le 26 décembre dernier (à 9h36 très exactement) douze pays riverains de l'océan Indien, on parle de 101 999 victimes enterrées, de 127 749 disparus, de 100 000 blessés. Faudrait-il croire qu'à mesure que s'allonge, jour après jour, la litanie des morts, grandit l'indifférence de l'opinion publique ? Comme si l'horreur ayant atteint un seuil limite, les esprits en étaient devenus comme mithridatisés, même si les gouvernements, eux, continuent de se mobiliser pour secourir les rescapés de la tragédie.
Les images sont autrement plus poignantes. Celles par exemple de ces salles de classe à moitié vides dans la province d'Aceh, de cet enseignant qui annonce devant les caméras de télévision, le regard éteint, que ce matin, un tiers seulement des élèves ont répondu présents à l'appel, de ces lycéennes en uniforme, sur le chemin de l'école, qui se pincent le nez en passant devant les nombreuses fosses communes du village.
Des chiffres encore. Le gouvernement de Djakarta vient d'annoncer qu'il aurait besoin de 4,5 milliards de dollars pour reconstruire ce que le raz-de-marée a balayé. Le Sri Lanka s'attend à recevoir 1,8 milliard. À travers le monde, les promesses de dons atteignent le total de 8 milliards de dollars et Markku Niskala, secrétaire international des sociétés de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge, parle pour celles-ci de la somme record de 1,4 milliard de francs suisses ­ « des fonds, reconnaît-il, suffisants pour planifier nos programmes d'assistance sur dix ans ». Une période que certains jugeront trop longue, mais il faut avoir vu de près les dégâts pour réaliser qu'une décennie entière est à peine suffisante si l'on veut effacer les traces de la tragédie. Encore ne s'agit-il là que des dégâts matériels. Il restera toutes les femmes, les hommes, les enfants qui continueront longtemps encore à souffrir de crises post-traumatiques.
À partir d'aujourd'hui, les représentants de 43 pays et 13 organisations internationales plancheront deux jours durant dans le site jadis paradisiaque de Phuket sur les mesures concrètes pour la mise au point d'un système d'alerte dans toute la région. D'ores et déjà les participants peuvent afficher une relative satisfaction : il a été possible d'éviter, par la grâce d'on ne sait trop quel miracle, le déclenchement d'une série d'épidémies qui auraient pu causer autant de dommages que la déferlante maritime.
Et dire que pendant ce temps, sur l'autre rive du même océan, un continent entier subit chaque semaine l'équivalent d'un tsunami en pertes humaines, à cause de la faim, de la guerre et de la sécheresse. C'est le Premier ministre britannique Tony Blair qui l'a fort opportunément rappelé, imité en cela par la France, le CICR et les Nations unies. Dans la seule République démocratique du Congo, a dit Jan Egeland, coordinateur des opérations d'urgence de l'organisation internationale, il y a un quart de million de morts tous les cinq mois. Amer, il avoue que « certaines régions sont plus populaires que d'autres », une prédilection due sans doute au fait qu'il s'agit de destinations touristiques. Devra-t-on alors s'employer à détourner vers les plages sénégalaises ou ivoiriennes les vacanciers européens et américains pour attirer l'attention des pays riches sur le sort du continent noir ? On pourrait relever en passant que douze des quatorze crises humanitaires qui affectent un peu partout pas moins de 26 millions de personnes frappent l'Afrique. Et que le budget pour y remédier n'est que de 158 millions de dollars. Encore s'agit-il de montants qui ont été quadruplés depuis 2004...
On peut trouver normal que les colères épisodiques de Dame Nature comme celle du mois dernier soient plus propres à frapper les imaginations que les massacres intertribaux ou le sida. Après tout, la terreur qu'un tel choc réveille vient du plus profond des âges, sans doute d'aussi loin que le temps de ce déluge dont parle la Bible.
Sans doute est-ce cela qui poussait il y a peu le journal marocain Attajdid à affirmer que le tsunami avait été « une punition divine » du tourisme sexuel pratiqué dans les pays touchés. Décidément, il y aura toujours des mémoires qui seront hantées par le souvenir de Sodome et Gomorrhe.

Tsunami : Le PJD marocain pris dans le tourbillon
par Abdelmohsin EL HASSOUNI, Aujourd'hui Le Maroc, 28 janvier 2005

Le Tsunami qui a éclaboussé la classe politique marocaine risque de laisser des traces pour longtemps. Et pour cause, la première décision que la Haute autorité de la communication audiovisuelle devra trancher sur un sujet éminemment politique.

L'affaire PJD-2M a pris des dimensions insoupçonnées depuis que la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) a été saisie. Une pression terrible est exercée sur les membres de cette institution fraîchement créée.
Tout a commencé par un article d'Attajdid (proche du PJD) qui a exhorté les Marocains à tirer les leçons morales qui s'imposent à la suite de la catastrophe du Tsunami.
Cette lecture "rétrograde" a été sévèrement critiquée par plusieurs ONG, notamment l'Organisation marocaine de lutte contre la haine et le racisme. Le président de cette dernière, notre confrère Jamal Berraoui, a remué ciel et terre pour que cette condamnation soit celle de toute la société marocaine. S'en est suivi un reportage sur la deuxième chaîne, signé par notre autre confrère, Taoufiq Debbab. Ce dernier a usé d'un ton, on ne plus acerbe, pour expliquer que les propos développés dans l'article d'Attajdid étaient de nature à encourager la haine et la violence, faisant ainsi allusion aux attentats du 16 mai et la supposée responsabilité du PJD dans cette catastrophe.
C'est justement ce "mélange des genres", pour reprendre l'_expression utilisée par Abdelilah Benkirane, que les responsables du parti islamiste marocain ont condamné. Un sit-in a été observé face au siège de la chaîne d'Aïn Sebaâ. Plusieurs membres du PJD y sont venus crier leur colère. Cerise sur le gâteau: la HACA a été saisie par le PJD. Il s'agit pour cette Haute Autorité de dire si le journaliste de 2M (qui se trouve être également directeur adjoint de la rédaction) avait tort ou pas de prendre personnellement position dans cette affaire. C'est toute la question des lignes rouges du journalisme dans les médias audiovisuels publics. Peuvent-ils exprimer leurs intimes convictions quand celles-ci sont partagées par d'autres intervenants comme des ONGs ou des parlementaires ?
Force est de constater que le débat sur cette question est doublement politique.
D'une part, car le statut des chaînes nationales et les limites de leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics ne sont pas du tout clairs au Maroc. Il s'agira de savoir si la RTM, 2M ou la radio nationale sont des institutions au service exclusif de la politique de l'Etat. Ou au contraire, ce sont des médias, certes publics, mais dont l'unique moteur doit être l'information et la recherche de la vérité.
D'autre part, l'affaire 2M-PJD soulève une autre question non moins politique: quelles sont les limites de l'islamisme au Maroc? et quelle attitude les islamistes marocains doivent tenir? En termes clairs, le PJD doit-il agir comme un parti comme tous les autres, c'est-à-dire se tenir à carreau?
Des questions difficiles, soumises à la HACA, au grand dam de ses responsables, qui ont sur le bureau (on ne le répétera jamais assez) leur premier dossier et pas des plus simples.
Toutefois, si la réponse de la HACA n'a pas le mérite d'être claire et tranchée, c'est toute sa crédibilité qui risque d'en pâtir dans l'avenir.
L'intervention du SNPM mérite également un temps d'arrêt. Le syndicat a adopté une attitude mi-figue, mi-raisin. Il a tout simplement condamné les deux parties.
L'article d'Attajdid est contraire aux valeurs journalistiques et le reportage de 2M, caractérisé par son acharnement, n'est pas du tout professionnel.
Voilà en substance la position du Syndicat national de la presse marocaine. Younes Moujahid a tiré son épingle du jeu. En sera-t-il de même pour la HACA? En tout cas, le communiqué du SNPM a valu à ce dernier les plus sévères critiques de Samira Sitaïl, la directrice de l'information de 2M. Elle a estimé (voir entretien ci-contre) que le SNPM n'avait pas à intervenir dans cette polémique. Quant à la HACA, Sitaïl estime qu'elle doit suivre les valeurs défendues par la société marocaine. Il se trouve que le PJD revendique une bonne partie de cette même société. Ce qui nous ramène à l'aspect politique du débat.
Quelle que soit la décision de la HACA, elle fera date. Les deux parties en conflit sont au moins d'accord sur une chose. Elles espèrent que l'avis de la HACA ne sera pas aussi "tranché" que celui du SNPM.

Benkirane : «Il faut tirer les leçons des malheurs»
parTarik QATTAB , Aujourd'hui Le Maroc, 28 janvier 2005

Abdelilah Benkirane est le directeur responsable du quotidien «Attajdid», membre du secrétariat général du Mouvement unicité et réforme (MUR) et président du Conseil national du PJD. Pour lui, il n'existe aucune relation, à part celle de la sympathie, entre la publication et le parti.

ALM : Quelle est votre lecture des critiques émises par le Syndicat national de la presse marocaine relative l'atteinte qu'aurait porté l'article d'«Attajdid» aux victimes du Tsunami et au manque de professionnalisme dont la deuxième chaîne est accusée dans sa riposte à cet article ?

Abdelilah Benkirane : Notre réponse est que le point de vue du SNPM est, somme toute, raisonnable. Il émane d'une lecture objective de tout ce qui s'est passé, suite à la publication par notre journal d'un article d'opinion, où une lecture, parmi d'autres, a été donnée a la tragédie éprouvée par les peuples des pays asiatiques touchés par le Tsunami. Ceci dit, nous ne reconnaissons pas la critique formulée par le Syndicat à notre égard, notamment le fait qu'on ait failli aux règles de déontologie auxquels nous sommes tenues, en ayant porté atteinte à d'innocentes victimes. Il faut préciser, dans ce sens, que l'article ne comprend aucun commentaire de nature à offusquer ou porter préjudices à des victimes dont nous partageons la souffrance. Par ailleurs nous avons positivement accueilli la position du SNPM quant à la réaction, pour le moins partiale, acharnée et préjudiciable, de la deuxième chaîne à l'égard de notre publication.

Pensez-vous que la HACA va aller dans le sens du SNPM ?

On le souhaite. Mais pour l'heure, la HACA est en train de statuer non pas sur la réaction de 2M, mais sur les liens qui unissent «Attajid» et le Parti de la Justice et du Développement (PJD). L'acharnement dont «Attajdid» fait l'objet s'apparente de plus en plus à une campagne qui vise également le parti. Ce qui est plutôt surprenant. D'autant qu'il n'y a pas de rapport entre les deux.

Mais le constat est qu'il existe bel et bien une relation entre la publication et le parti. Que répondez-vous à cela ?

Les rapports qui nous lient se limitent à la sympathie. Une sympathie qui fait qu'«Attajdid», relevant d'un autre organisme, le MUR en l'occurrence, ouvre ses colonnes au PJD. Ce dernier ne dispose pas, et contrairement à toutes les grandes formations politiques au Maroc, d'un organe de presse. Nous considérons qu'il est normal de notre part de combler cette lacune, dans la mesure du possible. Cette sympathie mise à part, le parti n'a aucun lien avec le journal. Ce dernier n'est ni financé, ni géré par le PJD. Celui-ci n'intervient à aucun moment et à aucun lieu dans les décisions prises par «Attajdid». Le PJD ne désigne pas son directeur. Le parti n'est même pas informé de ce qui se passe à l'intérieur du journal, ni du choix des sujets traités, ni de la manière dont ils sont traités. Bref, le parti n'est en rien concerné par le quotidien. Les attaques qui visent tant bien le journal que le parti semblent ne pas vouloir établir une distinction qui s'impose d'elle-même. Au contraire, on essaye par tous les moyens de nourrir l'amalgame, histoire de punir le père pour une erreur qu'aurait commise le fils.

Croyez-vous donc à l'idée d'un complot monté pour porter atteinte et au PJD et à «Attajdid»?

Les organes d'antan qui s'amusaient à saisir des journaux qui dérangent n'étant plus de mise, certains, des personnes physiques comme morales, se disant laïques, essayent par tous les moyens d'empêcher « Attajdid» de travailler en respectant les principes sur lesquels il est fondé et qu'il défend. Empêcher un journal d'émettre un discours en partant de ses valeurs revient à lui porter atteinte. D'autant que l'article incriminé ne tranche en rien sur le caractère, divin et punitif, de la catastrophe d'Asie. Il est une simple opinion, formulée de bonne foi, et qui plus est, argumentée. Nous sommes dans un pays musulman, et en tant que musulmans, il y a des leçons à tirer de chaque malheur. Ce que cette véritable armée qui s'est mobilisée contre la thèse de l'article cherche, c'est qu'on renie son contenu. Cela revient pour nous à trancher, dans l'autre sens et dire que c'est un phénomène de la nature. Alors que seul Dieu sait pourquoi un tel drame s'est produit.

Toute cette polémique, aurait-elle pu être évitée ? Et comment?

La lecture faite du Tsunami a été élaborée suivant une perception que nous avons cru la bonne. Mais la réaction de la deuxième chaîne, ainsi que toutes celles qui l'ont suivi n'obéissent qu'à une volonté pure et simple de nuire. 2M, en tant que chaîne publique financée par l'argent de tous les Marocains, se devait d'observer la neutralité la plus totale. Au lieu d'officier en partie prenante, elle aurait dû faire intervenir les parties directement concernées. Le dialogue, auquel nous sommes toujours ouverts, n'en aurait été que plus riche. Le professionnalisme de la chaîne s'en serait sorti grandi.

Le tsunami, une "punition divine", "seul Dieu le sait"

Le quotidien islamiste Attajdid a estimé jeudi que "seul Dieu" savait si le tsunami asiatique était une "punition divine" du tourisme sexuel, comme il l'avait affirmé dans un précédent article.

Un article du journal paru le 6 janvier dernier avait suscité une vive polémique. Le tsunami en Asie y était présenté comme une "punition divine" doublée d'un "avertissement" au Maroc accusé d'accueillir, à l'instar de pays d'Asie du sud, des "touristes sexuels" et des "réseaux de prostitution". "Cet article, exploité (...) pour parasitage et désinformation exprime l'opinion personnelle de son auteur, il y a exposé sa lecture de l'évènement à partir de sa culture et de son référentiel islamiques, c'est-à-dire du Coran", souligne Attajdid dans un communiqué. Mais, ajoute le journal islamiste, "si nous ne sommes pas catégoriques sur le fait que le tsunami soit une punition divine, car seul Dieu le sait (...), nous croyons en revanche, comme tous les musulmans de tous les temps, que les séismes et les catastrophes dépendent de la volonté de Dieu".
"Nous sommes étonnés que les gens qui pensent de cette manière voient leur droit à l'_expression bafoué", ajoute Attajdid en direction des associations et journaux qui ont critiqué son article du 6 janvier. Pour l'Association de lutte contre la haine et le racisme (ALHR, indépendante), l'article incriminé "ne fait que confirmer que l'intégrisme est le père naturel du terrorisme car, que combattaient les kamikazes (qui avaient commis les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, ayant fait 45 morts) sinon cette société prétendument impie que leur décrit Attajdid". L'ALHR appelle les Marocains à la vigilance "face à un discours qui sous couvert de morale, cache l'inquisition et la haine de l'autre". Elle a mobilisé une vingtaine d'associations pour une manifestation, samedi, devant les locaux du journal islamiste à Rabat.
Source : AFP, 27 janvier 2005

60 chanteurs français vont sortir un single, "Et puis la Terre"
Le chanteur français Patrick Bruel a mobilisé une soixantaine d'artistes afin d'enregistrer un single intitulé "Et puis la Terre". L'argent récolté servira à venir en aide aux victimes du raz-de-marée en Asie de décembre. "Et puis la Terre" sortira dans les bacs le 31 janvier.
Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Garou, Yannick Noah, Kyo, Calogero, Julien Clerc, Corneille, Etienne Daho, Lara Fabian, Jenifer, Patricia Kaas, Renaud, Michel Sardou, Véronique Sanson ou encore Zazie ont dit oui spontanément à Patrick Bruel pour sortir le plus rapidement possible cette chanson. L'intégralité des gains du disque sera reversée au profit du collectif "Asie enfants isolés" créé à l'initiative du Ministère des solidarités de la santé et des familles.
Source : Europe 1, 28 janvier 2005

 

Tsunami, jour 34 - 28 janvier 2005

Le dernier bilan frise les 300 000 morts

Selon une compilation des derniers chiffres fournis par les États concernés et les organisations humanitaires, le nombre des morts et disparus s'établissait jeudi à 298,055.
L'Indonésie a été le pays le plus touché avec 101.999 morts confirmés, 127.749 disparus et quelque 100.000 blessés

Seul au monde : le terrible témoignage de l'unique rescapé de Pillowpanja
"J'ai cru que j'allais mourir et pire encore, que j'allais mourir tout seul". Unique rescapé du raz-de-marée qui a tué tous les autres habitants de son île, Michael Mangal a survécu pendant 25 jours en priant et en pensant à la femme qui ne l'avait jamais aimé.
Cet homme de 40 ans, cultivateur de noix de coco, a été secouru le 19 janvier sur l'île de Pillowpanja, à la pointe sud du vaste archipel indien d'Andaman et Nicobar. La vague du 26 décembre l'avait laissé seul sur l'île, avec seulement ses sous-vêtements.
"Le soir venu, la seule chose que j'avais, c'était une Bible que j'avais trouvé dans les décombres, je la lisais et je priais", a-t-il raconté à l'agence Associated Press (AP) par le truchement d'un interprète, dans sa première interview après son sauvetage. Un récit difficile, entrecoupé de longues pauses, et d'absences.
Son histoire commence le jour de Noël, avec une fête traditionnelle dans son village dans la très soudée tribu nicobaraise, la plus importante de l'archipel. "On avait cuisiné des cochons et des poulets et il y avait beaucoup d'alcool", dit-il. "Tout le monde chantait".
Le lendemain, il se lève tôt pour aller à l'église. "Je prenais mon thé et tout à coup la maison a tremblé. Pof! Je suis tombé. Alors je suis sorti et j'ai vu la mer qui venait vers moi comme un monstre. J'ai commencé à courir pour échapper à la mort".
Des vagues furieuses ont balayé la côte. Chacun a tenté de s'enfuir mais les vagues ont été plus rapides. Tout le monde a été emporté, dont Michael. Mais lui a pu revenir.
"L'eau m'a ramassé. Et ensuite l'eau m'a saisi et renvoyé à Pillowpanja", dit-il. "Quand je suis revenu, il n'y avait personne. Plus personne. J'ai regardé partout. Je n'ai pas vu un seul être vivant. Mais étonnamment je n'ai pas vu de cadavre non plus".
Son île était méconnaissable. Situé au large de la côte nord-ouest de Little Nicobar, ce petit bout de forêt et de cocotiers au milieu de la mer, sans électricité ni eau courante, n'apparaît pas sur la plupart des cartes.
Le tsunami avait rasé des kilomètres de forêts. Des milliers de cocotiers étaient à terre. Les dizaines de maisons en paille, pyramides montées sur des piliers de bois, avaient tout simplement disparu.
"J'ai cherché ma maison. Elle se trouvait à 200 mètres de la plage. Mais il n'y avait pas de maison. Soudain j'ai réalisé que j'étais tout seul sur l'île. Ils étaient tous morts".
Son épouse étant décédée il y a plusieurs années, il vivait, sans enfants, avec son cousin, son oncle et sa soeur. Non loin, vivait la femme qu'il avait aimé toute sa vie. Elle aussi est morte dans le tsunami mais il ne donnera pas son nom. Lors de ces journées seul sur l'île, il a souvent pensé à elle. "J'avais voulu l'épouser. Mais elle ne disait jamais rien. Je crois qu'elle ne voulait pas se marier avec moi".
La nuit, le rescapé, qui dormait sous un arbre sur un matelas de plastique, était terrifié. "J'avais peur des esprits. Je pensais qu'ils allaient me tuer". Bien que chrétiens pour la plupart, la majorité des Nicobarais restent marqués par les croyances animistes, cultivant le culte des esprits et pratiquant le sacrifice des animaux.
Il était aussi terrifié par les répliques du séisme. "Je fermais les yeux mais la terre se mettait soudain à trembler et je ne pouvais pas dormir. Comment la terre pouvait-elle trembler comme ça éternellement?"
Petit à petit, le survivant s'est adapté à sa nouvelle vie. Il a trouvé un "dhav", un grand couteau pour couper les noix de coco et tailler le bois. Il s'est fabriqué un lit avec quelques planches. Le jour il errait sur l'île et dormait, avant de s'asseoir sur la plage le soir pour prier.
"Quand j'avais faim, je prenais une noix de coco et je la coupais. Je buvais le lait et mangeais la pulpe. Quand il pleuvait je joignais les mains pour recueillir l'eau et je buvais tout".
Les autorités indiennes avaient alors lancé le plus gros de leur effort de secours. Mais l'étendue de l'archipel était un obstacle, ainsi que les denses forêts des îles. "Je voyais des avions mais ils ne me voyaient pas. J'étais souvent dans la forêt quand ils passaient. Ou alors ils volaient trop haut".
Des jours ont passé, puis des semaines. Dans le silence. "On aurait dit que toute la vie avait été engloutie par la mer. J'étais triste tout le temps. Ma famille me manquait. Je me répétais tout le temps: 'Personne ne viendra me secourir et je vais mourir ici'".
Et puis un jour, au loin, le Robinson du tsunami a distingué le ronflement d'un bateau à moteur. Il a enlevé son caleçon et fait des grands signes. C'était quatre Nicobarais de l'île voisine de Pillowbha parti chercher des bananes sur une autre île. Quand ils l'ont vu, Michael s'est effondré sur la plage.
"Il ne disait rien. Il me regardait seulement fixement", raconte Michael Solomon, l'un de ses sauveteurs. "Il n'a pas prononcé un mot. Il n'y avait aucune émotion sur son visage".
Les quatre hommes l'ont emmené à Campbell Bay, dans le sud des îles Andaman où il est arrivé à l'hôpital, gravement déshydraté. Mais son endurance physique et sa force psychologique ont étonné les médecins.
Aujourd'hui, Michael, soigné pour une blessure à la jambe et des maux d'estomac, se promène dans l'hôpital et se rend parfois dans un camp de réfugiés nicobarais voisins où il s'est fait des amis. Mais il ne pense qu'à retourner sur son île. "Je veux rentrer chez moi. Je veux revenir à Pillowpanja".
Source : AP, 27 janvier 2005

Le président indonésien propose des concessions aux indépendantistes d'Aceh
Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a offert jeudi des concessions aux indépendantistes de la province d'Aceh, dévastée par le tsunami, s'ils acceptent un cessez-le-feu lors des pourparlers de paix qui doivent se tenir vendredi à Helsinki en Finlande puis un réglement du conflit sur la base d'un statut d'autonomie.
Le président indonésien a dit avoir proposé aux responsables du Mouvement pour un Aceh libre (GAM) "de nouveaux pourparlers pour mettre fin au conflit pacifiquement et sagement". "J'ai entendu que leur réponse est positive", a-t-il déclaré dans un entretien sur la chaîne CNBC Asie Pacifique.
"Si nous nous mettons d'accord pour mettre fin au conflit sur la base d'un statut particulier d'autonomie, je leur offrirai des concessions", a dit le président indonésien, ajoutant qu'elles comprendraient une amnistie et des mesures de réinsertion des combattants indépendantistes.
Les deux parties doivent se retrouver vendredi à Helsinki pour tenter de conclure un accord de cessez-le-feu. L'Indonésie veut que ces pourparlers soient suivis de négociations sur le statut de la province.
Le GAM lutte depuis 1976 pour l'indépendance de la province d'Aceh, un territoire grand comme la Hollande de 4,1 millions d'habitants à la pointe nord de l'île indonésienne de Sumatra. Une précédente trêve avait été rompue en 2003 par le lancement d'une nouvelle offensive contre les séparatistes par l'armée indonésienne.
Mais les médiateurs des pourparlers estimaient que les indépendantistes n'accepteraient rien qui aille en deça d'un référendum sur l'indépendance supervisé par la communauté international comme celui qui avait mis fin au pouvoir indonésien au Timor-Oriental en 1999.
"Notre combat ne reconnaît pas une autonomie large ou autonomie spéciale offerte par l'Indonésie", a déclaré le chef rebelle Tengku Mucksalmina joint par téléphone. "Notre combat est toujours destiné à obtenir l'indépendance d'Aceh".
Source : AP, 27 janvier 2005

 

Tsunami, jour 32 - 27 janvier 2005

Oxfam critique l'aide aux victimes - Un quart de l'aide demandée par l'ONU est arrivé - Recueillement en Asie un mois après les tsunamis - Sri Lanka: 40 enfants-soldats recrutés par les Tigres tamouls depuis le tsunami - Derrière la tragédie du tsunami, une mine d'informations pour les scientifiques - Près d'un Français sur deux a donné pour l'Asie, selon un sondage

Oxfam critique l'aide aux victimes
L'organisation humanitaire britannique Oxfam publie un rapport un mois après le tsunami, qui est très critique sur l'aide apportée aux victimes du tsunami. Oxfam explique ainsi que certaines agences d'aide actives sur le terrain manquent des compétences requises. exemple : des maisons ont été reconstruites au Sri Lanka trop près l'une de l'autre, ce qui pose des problèmes d'assainissement. Selon la directrice d'Oxfam, Barbara Stocking, si les pays riches veulent vraiment aider les régions touchées par le tsunami, ils doivent effacer leurs dettes et lever les barrières douanières.
Source : Big News Network.com, 26 janvier 2005

Un quart de l'aide demandée par l'ONU est arrivé
Sur les 997 millions de $ réclamés aux pays membres par l'ONU, 775 ont été promis et 245 sont arrivés sur les comptes bancaires de l'ONU, a déclaré un porte-parole de l'ONU à la BBC.

Recueillement en Asie un mois après les tsunamis
Minute de silence au Sri Lanka, cérémonies bouddhistes en Thaïlande: un mois après, l'Asie s'est souvenue mercredi des tsunamis qui ont fait plus de 280.000 morts ou disparus, anniversaire qui coïncidait avec la rentrée des classes dans la province indonésienne dévastée d'Aceh.
Le 26 décembre, c'est à 09H36 locales (03H36 GMT) que les eaux en furie ont frappé la majorité des côtes du Sri Lanka, faisant environ 31.000 morts, un des pires cataclysmes que le monde ait connu. A la même heure mercredi, les radios et chaînes de télévision du pays ont appelé à une minute de silence. Des politiciens et des écoliers ont planté des arbres et des cérémonies religieuses ont été tenues en hommage aux victimes.
Parallèlement, la rébellion tamoule a décrété ce mercredi jour de deuil "national". Les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), mouvement qui lutte depuis trente ans pour l'autonomie du nord-est de l'île, a appelé à "partager la peine de nos frères qui ont perdu leurs proches", selon un communiqué.
En Thaïlande, des bonzes se sont regroupés sur une plage de la station balnéaire méridionale de Khao Lak, à l'endroit où a été tué Bhumi Jensen, le petit-fils, âgé de 21 ans, du roi thaïlandais Bhumibol Adulyadej.
Des experts légistes de l'île de Phuket (sud) ont allumé des chandelles pour une brève cérémonie tenue le long d'un "mur du souvenir" construit dans un nouveau centre moderne d'identification des victimes, où quelque 1.500 corps doivent être transférés.
C'est dans cette nouvelle installation, conforme aux normes internationales, que se poursuivra l'opération la plus vaste jamais réalisée d'identification de dépouilles après la catastrophe qui a fait 5.388 morts, dont 1.948 étrangers, pour beaucoup des touristes européens. Jusqu'ici le plus gros des identifications avait lieu dans un temple bouddhiste transformé en morgue.
En Indonésie, l'anniversaire coïncidait avec la rentrée des classes dans la province d'Aceh, la plus touchée par la catastrophe avec 228.429 morts ou disparus. L'arrivée des élèves était pour beaucoup synonyme de tristesse, tant les regards se tournaient vers les chaises vides d'anciens camarades de classe.
Tandis que des centaines de corps continuent d'être retirés chaque jour des décombres à Aceh, des écoliers en uniforme bleu et blanc se bouchaient le nez en passant près des fosses communes.
Dans des tentes ou des salles de classe encore recouvertes de boue, ils ont tenté de reprendre une vie normale. "Il s'agit de rétablir la routine, rétablir la vie", expliquait Gianfranco Rotigliano, du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
Malgré la tristesse, une lueur d'espoir se faisait jour : des ministres du gouvernement indonésien devaient partir mercredi pour la Finlande pour entamer des négociations de paix avec la rébellion séparatiste d'Aceh, où le conflit a fait plus de 12.000 morts depuis 1976.
Les espoirs de paix ont cependant été quelque peu refroidis par l'annonce de la non-participation du ministre des Affaires étrangères Hassan Wirayuda, qui a ainsi voulu marquer que les rebelles ne sont pas reconnus par Jakarta.
A l'autre bout de l'Asie, l'Inde a écourté son défilé militaire tenu à l'occasion du "Republic Day", qui marque la proclamation de la République indienne, en 1950.
La durée du défilé a été ramenée à 45 minutes, et non deux heures et demi comme d'habitude, en raison du tsunami qui a fait plus de 16.000 morts et disparus présumés morts en Inde.
Deux organisations internationales, la Croix-Rouge et l'Unicef, ont décidé de mettre fin à leur collecte de fonds pour les victimes, après avoir reçu des sommes records, selon des communiqués publiés mercredi à Genève.
La Croix-Rouge a reçu 1,4 milliard FS (1,2 md USD), soit "plus que ce que l'organisation n'a jamais collecté en aussi peu de temps", selon un porte-parole de la Fédération internationale des sociétés de Croix-Rouge et du Croissant Rouge.
Le secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de Croix-Rouge et du Croissant-Rouge Markku Niskala a remercié particulièrement le grand public, qui a versé 85% du total des dons. "Nous disposons maintenant de suffisamment de fonds pour planifier nos programmes d'assistance sur 10 ans", a ajouté le responsable.
La Croix-Rouge porte secours actuellement à plus de 500.000 sinistrés, grâce à un réseau de 9.000 volontaires et de 300 délégués expatriés.
De son côté, l'Unicef a indiqué mercredi qu'elle ne fera "plus de nouvel appel de fonds" pour les victimes du tsunami.
"Nous avions demandé 144 millions USD, nous avons reçu 300 millions USD, c'est du jamais vu", a expliqué le porte-parole Damien Personnaz. Selon lui, l'Unicef a désormais assez de fonds pour financer ses projets dans les régions sinistrées pendant les 6 prochains mois.
Il y a 3 semaines, l'organisation humanitaire français Médecins sans Frontières (MSF) a été la première à suspendre sa collecte pour l'aide d'urgence, estimant avoir reçu suffisamment de fonds, soit 40 millions d'Euro.
Source : AP, 26 janvier 2005

Sri Lanka: 40 enfants-soldats recrutés par les Tigres tamouls depuis le tsunami
La rébellion des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) a recruté au moins 40 enfants soldats au Sri Lanka depuis le tsunami du 26 décembre, a affirmé mercredi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) à Colombo.
"Nous avons 40 cas de recrutement confirmé d'enfants depuis le tsunami" par la rébellion tamoule, a affirmé à Colombo le porte-parole de l'Unicef Geoffrey Keele. "Nous avions espéré qu'avec une telle tragédie les LTTE auraient mis fin à cette pratique. Mais malheureusement non", a-t-il ajouté.
Les LTTE ont recruté trois enfants dans un camp de rescapés tandis que les autres ont été enrôlés dans des zones du nord-est sous le contrôle de la rébellion, selon l'Unicef. Un enfant de 13 ans fait partie des 22 garçons et 18 jeunes filles recrutés par les tigres tamouls, la plupart âgés entre 15 et 17 ans.
L'Unicef, impliqué dans un important programme humanitaire post-tsunami au Sri Lanka, a d'abord évoqué le cas de 29 enfants avec les LTTE mais le nombre a ensuite atteint 40, a dit M. Keele qui a dit n'avoir pas eu de réponse immédiate des rebelles. Les LTTE, qui n'étaient pas joignables dans l'immédiat pour confirmer ou réfuter ces allégations, ont vivement démenti à plusieurs reprises enrôler des mineurs dans leurs rangs.
"Nos responsables ont donné l'ordre de ne pas enrôler d'enfants. Dans certains cas, des enfants ont pu mentir sur leur âge", avait assuré mi-janvier le porte-parole de leur branche politique Daya Master. C'est quelques jours plus tard que l'Unicef avait émis ses premiers doutes en parlant de trois, puis finalement un cas d'enfant recruté par les LTTE, qui pour leur part affirment fournir nourriture et abri aux enfants démunis. L'organisation internationale Human Rights Watch (HRW) avait aussi accusé les LTTE d'accélérer le recrutement d'enfants soldats en profitant de l'augmentation du nombre d'orphelins après le raz-de-marée
"Comme les LTTE cherchent à reconstituer leurs troupes après le tsunami les enfants sont en danger", avait dit Jo Becker, spécialiste de l'enfance au HRW. "Les enfants ont toujours été des cibles mais ceux qui ont perdu leurs habitations ou leurs parents sont encore plus susceptibles d'être recrutés par le LTTE", a-t-il ajouté. Début novembre, HRW avait accusé la rébellion tamoule d'avoir enrôlé plus de 3.500 adolescents de moins de 18 ans depuis l'entrée en vigueur d'une trêve signée avec les autorités en février 2002. A l'époque, des responsables de l'Unicef avaient indiqué que les LTTE avaient libéré environ 1.200 enfants soldats en un an mais que 1.300 garçons et filles seraient toujours dans les rangs de la guérilla.
Les négociations de paix entre le gouvernement et la rébellion sont interrompues depuis avril 2003.
Source : AFP, 26 janvier 2005

Derrière la tragédie du tsunami, une mine d'informations pour les scientifiques
Le séisme suivi d'un tsunami dans la région de l'océan Indien, le 26 décembre dernier, a fourni une mine d'informations aux scientifiques, qui espèrent s'en servir pour mieux prévenir des tragédies de ce type.
Ces données "seront d'une grande utilité pour éviter de futurs désastres", estime un sismologue du British Geological Survey (BGS), David Booth.
"Cela aidera à identifier les zones vulnérables, à mettre en place un système d'alerte et à construire des structures et des brise-lames qui dévient ou ralentissent la vague avant qu'elle n'atteigne les habitations", a-t-il dit à l'AFP dans un entretien téléphonique depuis Edimbourg, en Écosse.
Les séismes de cette ampleur ne se produisent que tous les 30 ou 40 ans dans cette région. Aussi les informations les concernant sont rares. Or cette fois-ci, les capteurs sur Terre ou dans l'espace ont fourni de nombreuses données sur son déclenchement.
Par ailleurs, des films, des photos et le témoignage des survivants ont donné des informations utiles sur l'arrivée de la vague, montrant les rivages et les bâtiments balayés par les eaux.
D'abord, remarque M. Booth, cela permet de savoir ce qui s'est passé sur la faille elle-même au large de Sumatra, parce que le séisme "ne s'est pas produit en un seul point".
"Elle s'est brisée sur une longueur d'au moins 400 km. Cela a commencé en face des côtes de Sumatra et s'est propagé vers le nord à environ 2 km/s" avec un "mouvement d'élévation du fond de l'océan, à peu près vers le nord", poursuit-il. "Il s'est élevé simplement de quelques mètres, mais avec toute l'eau au-dessus, il y a eu un dégagement massif d'énergie", explique-t-il.
Par chance pour les scientifiques, deux heures après le départ de la vague meurtrière, des satellites américano-français, TOPEX/Poseidon et Jason-1, passaient au-dessus de la zone. Ils ont pris des mesures radar de la surface de l'océan, sur une bande de quelque 3.000 km à partir de la Baie du Bengale, juste au moment où le tsunami atteignait de Sri Lanka et l'Inde, selon la revue britannique New Scientist.
Ils ont ainsi pu voir quelque chose d'unique : deux vagues d'une taille maximum de 50 cm, distante l'une de l'autre de 500 à 800 km. Entre les deux, des plus petites vagues séparées de 100 à 200 km.
Cette première observation jamais faite d'un tsunami en train de se propager donne des indications très importantes sur l'énergie libérée et sur la manière dont le phénomène se déplace, ralentissant ou changeant de direction selon les fonds marins rencontrés.
Une vague de 50 cm peut paraître minuscule, mais ce n'était que la crête d'une masse d'eau en déplacement d'un millier de mètres de profondeur. Aussi, quand elle est entrée en collision avec le plateau continental, cette force a commencé à prendre de la hauteur et c'est un mur d'eau qui s'est abattu sur les rivages. Cela a permis de constater quelles zones étaient vulnérables aux grandes vagues.
En traduisant ces données en modèles informatiques, les scientifiques devraient pouvoir fournir un instrument essentiel aux concepteurs du futur système d'alerte aux tsunamis dans l'océan Indien actuellement en discussion.
Une autre leçon tirée du tsunami du 26 décembre est l'importance des obstacles naturels, souvent disparus devant les structures touristiques ou industrielles. Les récifs de coraux jouent le rôle de brise-lames naturels et la mangrove est un amortisseur naturel", a souligné un responsable du groupe de défense de l'environnement, Simon Cripps


Près d'un Français sur deux a donné pour l'Asie, selon un sondage
Près d'un Français sur deux (46,1%) a fait un don pour les victimes du violent séisme qui a frappé une partie de l'Asie le 26 décembre dernier, selon un sondage du Centre d'étude et de recherche sur la philanthropie (Cerphi) publié mercredi dans "La Croix".
Au total, 46,1% des personnes interrogées ont fait un don à une association humanitaire au profit des victimes du tsunami dans l'Océan indien, tandis que 53,9% n'ont rien donné. Or, rappelle le quotidien, on évalue généralement la part des donateurs réguliers (qui donnent au moins une fois par an) à un tiers de la population.
Par ailleurs, 11% des Français qui ont donné pour l'Asie n'avaient jusque-là jamais fait le moindre don. Parmi eux, près de 42% se disent décidés à renouveler leur geste de générosité, même en dehors d'événements à caractère exceptionnel.
Enfin, 59,2% des donateurs pour l'Asie ne seraient pas "choqués" que l'argent versé soit utilisé pour d'autres missions ou d'autres pays si l'association le juge nécessaire, contre 40,8% qui pensent le contraire.
Ce sondage, commandé par Non Profit, la filiale de la société de conseil TBWA/Corporate, a été réalisé par téléphone du 14 au 17 janvier auprès d'un échantillon de 1.000 personnes âgées de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.
Source : AP, 26 janvier 2005

 

Tsunami, jour 32 - 26 janvier 2005

 

Banda Aceh : après l’eau, le feu
Nouveau coup dur pour Banda Aceh. Un incendie faisait rage mardi dans la ville indonésienne déjà meurtrie par le tsunami du 26 décembre, des vents violents attisant les flammes dans une zone jonchée de débris s'étendant sur au moins trois kilomètres.
Les flammes s'approchaient d'un générateur de courant, faisant craindre une explosion de la machine. Banda Aceh est le chef lieu de la province indonésienne d'Aceh, région la plus touchée par les raz-de-marée.
L'incendie a commencé lundi soir et pourrait avoir été causé par des habitants brûlant des détritus. Les pompiers sur place ont indiqué qu'ils étaient à court d'eau. A un endroit, des débris ont empêché trois camions de pompiers de s'approcher à moins de 200 mètres du sinistre.
Selon les autorités, aucun habitant ne vivait dans la zone de l'incendie, qui avait été dévastée par les vagues du tsunami et est couverte d'un amas de détritus de trois mètres de haut. Le raz-de-marée avait tué 40.000 habitants dans la ville.
Source : AP, 25 janvier 2005

Le pouvoir et l'armée rivalisent à Aceh

Le président Yudhoyono entend profiter de l'après-tsunami pour régler le conflit séparatiste, ce qui n'arrange pas les militaires

par François Hauter , Le Figaro, 25 janvier 2005
La bataille pour le contrôle de l'aide internationale est engagée en Indonésie. Elle oppose d'un côté l'état-major de l'armée nationale (TNI), qui veut se retrouver seul maître de la province d'Aceh. Et, de l'autre, le gouvernement de Jakarta, qui souhaite régler pacifiquement un vieux conflit armé dans cette région. Pour pouvoir attirer les investisseurs internationaux, le nouveau président Susilo Bambang Yudhoyono espère améliorer la réputation de son pays – archipel de 210 millions d'habitants, grand comme la moitié des États-Unis, constitué de 13 000 îles, dont 6 000 sont habitées. Le chef de l'État, élu en octobre dernier pour cinq ans, joue son mandat dans les trois mois à venir : l'Indonésie, déjà déconsidérée auprès de ses bailleurs de fonds, ne pourra pas se remettre d'un pillage des secours aux sinistrés de l'Aceh.
Les militaires indonésiens, pour leur part, n'entendent pas se laisser déposséder de la province ravagée par le tsunami. Depuis ce week-end, ils poussent vers la porte les armées étrangères qui sont venues prêter main forte à l'Indonésie. Les troupes de Singapour et de Malaisie, qui étaient avec les Américains au cœur du dispositif logistique de la distribution des vivres aux victimes du tsunami, ont commencé à rapatrier hommes et matériels. Les Américains se préparent à les suivre. L'armée indonésienne veut être tranquille à Banda Aceh et contrôler seule la distribution des secours : pas une seule caisse de médicaments ou de nourriture ne doit tomber entre les mains des rebelles indépendantistes du Mouvement de libération d'Aceh (GAM).
Mais, au grand dam de la plupart des officiers supérieurs, le président Yudhoyono, a accepté vendredi dernier d'ouvrir des négociations de paix avec le GAM à la fin du mois à Helsinki.
C'est la principale conséquence politique du tsunami du 26 décembre 2004, qui a ravagé cette province. La guerre entre la TNI et le GAM y a fait plus de 12 000 victimes depuis 1974.
Le tsunami, avec l'ouverture soudaine de la région d'Aceh à 15 000 militaires internationaux, à 4 500 membres d'ONG et aux caméras du monde entier, avec surtout l'afflux d'une aide internationale considérable (les secours d'urgence actuels + 1,7 milliard de dollars récemment promis par 30 pays pour la reconstruction de l'Aceh), donne les moyens au chef de l'État indonésien de régler ce conflit vieux de trente ans. Il lui permet également de mener à Jakarta des réformes anticorruption qui permettront d'attirer les investisseurs internationaux dont le pays a besoin pour moderniser ses infrastructures.
Le président Yudhoyono, un général à la retraite de 49 ans, formé aux États-Unis, très populaire pour son honnêteté, connaît bien les arcanes du pouvoir en Indonésie (il a été deux fois ministre). Au moment de son élection en octobre 2004, il s'était donné pour priorité d'éradiquer la corruption généralisée dans l'archipel, et en particulier au sein de son armée. Les officiers de la TNI puisent aujourd'hui au moins la moitié de leurs revenus en dehors du budget de l'État. Le gouvernement veut obliger les militaires à dévoiler les sources de leurs revenus extrabudgétaires.
Ils les trouvent particulièrement dans la région d'Aceh (4,2 millions d'habitants), riche en pétrole et en bois. Toutes les élites d'Aceh sont corrompues. Le gouverneur, Abdullah Puteh, est en prison, pour s'être offert un hélicoptère personnel avec l'argent de son administration. L'Aceh est un fief de l'armée, qui y organise des trafics depuis l'île de Sabang, et qui y protège moyennant finances les installations pétrolières du groupe Exxon. Si le GAM dépose les armes, – et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres –, la TNI perdra ce contrat.
Les intérêts en jeu sont considérables : ils vont maintenant de la revente des secours alimentaires par les soldats (c'est déjà le cas à Banda Aceh), à l'atelier de fabrication de sacs mortuaires monté par un capitaine, et plus durablement à la reconstruction de la région par des entreprises de travaux publics dans lesquels les généraux détiennent des participations.
Parce que le danger de voir l'armée confisquer une large partie des secours internationaux est bien réel, parce que la TNI n'arrive – ou ne veut arriver – à rien contre le GAM, Jakarta veut maintenant crever l'abcès. «La résolution du conflit ne passe plus par les armes, mais par des investissements dans la province», assure un haut fonctionnaire indonésien.
La négociation d'Helsinki viserait à atteindre un compromis délicat en accordant à la province une large autonomie, déjà promise, mais jamais appliquée, à transformer un GAM désarmé en parti politique, et au retrait de la TNI, qui serait remplacé par une police de l'Aceh obéissant à un gouvernement local, élu. La province resterait indonésienne, soumise à Jakarta en matière de politique étrangère, de défense extérieure et du paiement de certains impôts.
Pour faire avaler cette potion à ses militaires, le chef de l'État pourrait accélérer l'intégration de l'Indonésie dans un système de défense régional déjà proposé par l'Australie et les États-Unis. Cette intégration devrait nécessairement être précédée par la levée de l'embargo américain sur les ventes de matériels militaires à l'Indonésie.

Le tsunami n’aura pas d’impact sur le le capitalisme asiatique, puisque seuls les pauvres ont été frappés
Les raz-de-marée du 26 décembre auront des répercussions moins dramatiques sur les économies de l'Asie que d'autres crises récentes, comme celle provoquée par la pneumonie atypique en 2003, estiment des experts. Un mois après la catastrophe, les objectifs de croissance de la plupart des pays touchés demeurent inchangés. Les centres d'affaires n'ont pas été affectés et les industries nationales continuent de fonctionner normalement.
Cette situation contraste avec les effets de l'épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 en Asie, qui n'avait provoqué "que" 774 décès, contre plus de 280.000 morts ou présumés morts pour les tsunamis, mais dont l'impact sur les économies régionales avait été beaucoup plus fort.
Une véritable psychose s'était emparée des voyageurs, qui avaient déserté cette zone, provoquant une récession économique dans les pays touchés par la maladie.
Pourtant, au rang des pires catastrophes naturelles des 100 dernières années, les tsunamis n'ont jusqu'alors pas provoqué de peur similaire.
"Aussi dévastateur que ce désastre a pu être sur les habitants des zones frappées, la résistance de l'Asie aux chocs extérieurs va jouer un rôle en minimisant l'impact qu'aura la catastrophe sur la croissance économique de l'ensemble de la région", a déclaré Ifzal Ali, économiste à la Banque asiatique de développement (BAD).
"C'est un événement profondément tragique pour la région et pour les millions de personnes qui souffrent. Mais les économies des pays touchés, à l'exception du Sri Lanka et des Maldives, devraient s'en sortir avec un minimum de dégâts".
La quasi-totalité des 1.330 kilomètres de côtes du Sri Lanka a été touchée par les vagues géantes du lendemain de Noël, qui ont tué dans ce pays près de 31.000 personnes, dont 107 touristes étrangers.
Or, le tourisme est la quatrième source de revenus au Sri Lanka, ce qui devrait, selon la BAD, amputer d'un point la croissance économique de l'île cette année, à 5%.
En Indonésie, en Inde et en Thaïlande, les dévastations ont été largement confinées aux zones rurales, épargnant les centres urbains et les pôles industriels, qui orientent la croissance économique, a indiqué la Banque à Manille.
Par exemple, à Medan, capitale effervescente de la province de Sumatra-Nord, en Indonésie, les affaires continuent comme si de rien n'était, et malgré la proximité de la province d'Aceh, quasiment rasée par les tsunamis.
La Banque mondiale a indiqué que les raz-de-marée pourraient obérer la croissance indonésienne en 2005 de 0,4 point, à 5%, mais la banque d'investissement américaine Morgan Stanley a maintenu ses prévisions à 4,5%.
De même, Morgan Stanley n'a que légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la Thaïlande, de 6% à 5,7%, en raison de l'impact attendu de la catastrophe sur le tourisme, mais elle a maintenu sa projection d'une croissance de 4,8% pour la Malaisie.
La BAD a d'autre part estimé que l'impact économique des tsunamis en Inde, au Bangladesh et en Birmanie devrait également être minime.
L'injection de milliards de dollars d'aide pour la reconstruction devrait par ailleurs être un moteur déterminant de l'activité économique intérieure des pays sinistrés, ont également souligné des économistes.
Source : AFP, 25 janvier 2005

Tsunami-business

SAS présente la facture

La compagnie Scandinavian Airlines System (SAS) a présenté une facture de 3,1 millions d'Euro (28 millions de couronnes suédoises) aux gouvernements du Danemark, de la Norvège et de la Finlande pour le pont aérien mis en place pendant dix jours afin de rapatrier des citoyens scandinaves de Thaïlande après le tsunami du 26 décembre.
La SAS avait organisé 23 vols reliant Bangkok à Copenhague, Oslo et Stockholm entre le 26 décembre et le 4 janvier afin de transporter quelque 3.600 blessés et autres victimes ainsi que des passagers ayant réservé leur billet. En outre, "nous avons dû détour