Contes et légendes du Londonistan
Menezes
s'est pris huit balles, dont sept dans la tête, tirées
une fois qu'il était maîtrisé et plaqué au
sol
Ce sont 8 balles et non pas cinq, comme annoncé précédemment,
qui ont mis fin à l'existence de l'électricien brésilien
Jean Charles de Menezes, le venredi 22 juillet, dans la station de métro
Stockwell. Les James Bond en civil de Scotland Yard lui ont tiré
7 balles dans la tête et une dans l'épaule, alors qu'il
était déjà maîtrisé et plaqué
au sol après avoir fui paniqué devant des hommes en civil
le menaçant de leurs armes de poing. Après avoir semblé
tétanisées, la société et les institutions
judiciaires britanniques commencent à réagir. Premiers
signes : une deuxième manifestation lundi, un peu plus importante
que celle de dimanche, des excuses de Tony Blair et une enquête
officielle dont on peut s'attendre à ce qu'elle épingle
sévèrement la police. Les juges anglais gardent une certaine
indépendance face au pouvoir politique et ont marqué à
pusieurs reprises, après le 11 septembre, leur désaccord
avec les excès de la croisade "antiterroriste". Ian
Blair, le chef de la police métropolitaine, n'a qu'à bien
se tenir...
Cette bavure nous évoque irrésistiblement la réponse
du Mahatma Gandhi à la question d'un journaliste british : "Que
pensez-vous de la civilisation britannique ? " Le Mahatma : «C'est
une bonne idée »...
Jean Charles et Yacine
La presse britannique opposait mardi les destins de deux Londoniens
d'adoption, Jean Charles de Menezes, le jeune Brésilien tué
par erreur dans l'enquête sur les attentats ratés du 21
juillet, et Yacine Hassan Omar, l'un des quatre hommes les plus recherchés
du pays.
"Il voulait rentrer au Brésil en ayant réussi, il
était heureux à Londres, il appréciait la diversité
des cultures", a expliqué au Sun un ami de Jean Charles
de Menezes, abattu par erreur par la police vendredi à la station
de métro Stockwell, au sud de Londres.
Le quotidien populaire The Sun croit également savoir que l'électricien
de 27 ans envisageait de rentrer au Brésil pour créer
sa propre entreprise.
"Jean était le plus sympa, le plus gentil et le plus correct
des hommes que je connaisse", a insisté une proche qui partageait
avec Jean Charles de Menezes un appartement dans le sud de Londres,
cité par le Daily Telegraph.
Mais à l'image du quotidien conservateur, les journaux britanniques
brossent un portrait contrasté de la victime de la bavure de
Scotland Yard.
Ils s'interrogent en effet sur les raisons qui ont poussé le
jeune homme à ignorer les injonctions de la police, déclenchant
ainsi une course-poursuite dans la station de métro Stockwell,
achevée dans le sang, atteint de huit balles tirés par
les policiers.
"Son permis de séjour en Grande-Bretagne avait expiré",
affirme le Daily Express alors que les proches du jeune homme et les
ministres britannique et brésilien des Affaires étrangères
ont affirmé qu'il vivait légalement en Grande-Bretagne.
De son côté, le Daily Telegraph saisissait le flou entourant
le statut de de Menezes pour critiquer la politique de contrôle
des frontières en Grande-Bretagne : "Si les registres d'entrées
et sorties étaient bien tenues, ils auraient été
faciles pour les fonctionnaires des services d'immigration de savoir
s'il était en situation légale ou non et d'intervenir".
Les journaux britanniques s'intéressaient également dans
leur édition de mardi aux deux auteurs des attaques ratées
du 21 juillet dont l'identité a été révélée
par Scotland Yard lundi.
"Où sont-ils ?" s'interroge le Daily Mirror en publiant
les photos diffusés dès le lendemain des attaques ratés
du 21 juillet.
Le quotidien populaire estime qu'un autre groupe pourrait frapper Londres
"pour montrer la puissance de leur mouvement".
"Les kamikazes touchaient des allocations", titre pour sa
part en une le Daily Mail (droite) qui présente Yacine Hassan
Omar, dont l'identité a été révélé
par Scotland Yard lundi, comme "un Somalien vivant dans un HLM
depuis 1999" et ayant "reçu des dizaines de milliers
de livres sterling d'allocations de l'état".
Le quotidien populaire décrit l'appartement de Yacine Hassan
Omar, dans le nord de Londres qu'aurait également fréquenté
Mokhtar Saïd Ibrahim, l'autre kamikaze nommé par la police,
comme "une usine de fabrication de bombes".
L'appartement est fouillé par la police tandis que des voisins
cités dans le Daily Mail se souviennent avoir vu "Ibrahim
et un ami (qui) transportaient il y a quelques semaines des dizaines
de boîtes" présentées comme du décapant
pour papier-peint.
Source : AFP, 26 juillet 2005
Blair : un idéologue
diabolique
par Gilad Atzmon, 25 juillet 2005. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Une nouvelle fois, Londres est attaquée. Même si, superficiellement,
cela n'a pas l'air d'un événement catastrophique, le message
est clair : nous sommes très vulnérables. Et pourtant,
nous semblons très lents à apprendre notre leçon.
En dépit d'indications persistantes que la majorité des
Britanniques établissent un lien entre la politique de Blair
et la détérioration de leur sécurité au
quotidien, jusqu'ici, aucun appel sérieux à virer Blair
n'a été lancé.
Blair continue donc à gérer ce pays, et il semble clair
que nous nous acheminons vers une catastrophe colossale. Voici quelques
heures, un Asiatique a été abattu de cinq balles, dans
le métro, par des « officiers de police banalisés
». Nous nous dirigeons rapidement vers une société
fragmentée et ségréguée, dans laquelle les
personnes de type asiatique risquent de se retrouver dans une insécurité
de tous les instants. Dans chacun de ses discours, Blair nous prêche
d'arrêter l'idéologie du mal. Permettez-moi d'être
clair, à ce sujet : mettre des bombes dans le métro, c'est
indubitablement un mal, mais quelle est l'idéologie sous-jacente
à cet acte ? Il nous reste encore à découvrir qui
se trouver derrière les différents attentats à
la bombe de Londres. Par conséquent, nous ne pouvons pas associer
ces divers événements avec une quelconque idéologie.
Pour être honnête, la seule idéologie clairement
et assurément maléfique à laquelle je puisse penser
est précisément celle que M. Blair en personne met en
pratique. N'est-ce pas Blair qui s'est volontairement associé
avec M. Bush, lançant une guerre sans l'approbation de l'ONU
? Ce sont Blair et Bush qui sont en train de transformer notre planète
en une bombe à retardement.
La situation devient compliquée, ici, au Royaume-Uni. L'opinion
britannique est dans la confusion la plus totale. Jusqu'ici, les constats
de l'enquête sur les précédents attentats (du 7
juillet) indiquent de manière certaine que les quatre jeunes
musulmans soupçonnés d'avoir été les criminels
n'avaient rien de kamikazes. D'après les journaux de dimanche
dernier, le jour des attentats, les kamikazes soupçonnés
ont placé des tickets de stationnement valides sur le pare-brise
de leur voiture. Puis ils ont acheté des tickets de train de
banlieue Luton Londres et retour. Une fois dans la station de
métro, ils ont acheté à nouveau des tickets allez-retour.
Inutile d'avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que des kamikazes ne
se préoccupent pas d'économiser sur leur « trajet
de retour » La police avance l'argument qu'ils auraient transporté
leurs explosifs dans des sacs à dos. C'est vraiment très
inhabituel. En Palestine et en Irak, les kamikazes s'attachent leurs
explosifs à même le corps. Quoi qu'il en soit, la police
parle des kamikazes en disant qu'ils ne transportaient pas plus de cinq
kilogrammes d'explosifs chacun. Là encore, cela ne tient pas
vraiment debout. Des gens qui veulent tuer n'économisent pas
les explosifs. Ils en emportent, tout simplement, autant qu'ils peuvent
en porter. La seule explication que je puisse entrevoir, c'est que les
jeunes gens ne se doutaient pas de ce qui allait arriver. Ils ne savaient
pas ce qu'ils transportaient, dans leurs sacs. Ils ne savaient pas ce
qu'ils allaient faire.
Les quatre jeunes gens n'étaient pas des kamikazes. Il s'agissait
soit de leurres, soit, plus vraisemblablement, de victimes d'une troisième
composante assassine, au programme d'action manifestement pervers. Il
semblent qu'ils aient été envoyés commettre aveuglément
un acte, sans avoir réellement conscience de ce dans quoi on
les avait engagés. Sans le moindre doute, aucun d'entre eux ne
fut le coordinateur de l'attaque. Un chef aurait pu emporter
bien plus d'explosifs, simplement pour causer plus de carnage. Autre
élément à ne pas perdre de vue : le fait que les
terroristes suspects n'ont laissé aucun message. Or on sait qu'en
Palestine, les kamikazes laissent une sorte de déclaration d'adieu
: une vidéo, une lettre, voire même parfois quelques passages
d'un texte religieux. Ceux qui ont recours à la tactique de l'attentat
suicide se voient eux-mêmes comme des martyrs. Jusqu'ici, rien
de tel n'a été retrouvé, au Royaume-Uni. La conclusion
que l'on peut en tirer est très claire : les véritables
perpétrateurs des attentats à la bombe dans le métro
sont toujours en liberté. Ils sont dehors, et ils peuvent attaquer
à nouveau. Reste à savoir de qui il peut bien s'agir ?
C'est très difficile à dire. Blair tente de nous persuader
qu'il ne peut s'agir que de fondamentalistes musulmans. Mais, en réalité,
il pourrait tout aussi bien s'agir de nationalistes arabes. Quand on
y réfléchit : n'est-il pas envisageable qu'il puisse s'agir
de nationalistes britanniques d'extrême-droite ? Le British National
Party (équivalent anglais du FN, NDT) a été le
premier à déclarer : « Ne nous avions-nous pas mis
en garde, au sujet de ces musulmans ? » Mais cela va même
encore plus loin : comme l'ont indiqué plusieurs commentateurs
iconoclastes, nous ne pouvons exclure la possibilité que les
services de renseignement d'une puissance étrangère soient
impliqués. Tant le Mossad que la CIA sont des candidats raisonnables.
Au fil des années, le Mossad s'est bâti une sérieuse
réputation, avec ses opérations de diversion. Pourquoi
le Mossad pourrait-il être intéressé à ce
genre de tuerie ? Tout simplement parce que le sionisme est le grand
bénéficiaire de l'émergence du soi-disant «
choc des civilisations » entre le monde soi-disant « judéo-chrétien
» et le monde musulman. La CIA, autre opérateur de diversion,
pourrait être aisément associée aux attentats. Ce
genre d'attaques pourraient alimenter la « guerre contre le Terrorisme
», avec un zèle destructeur renouvelé.
Apparemment, la liste des terroristes potentiels est ouverte. A l'évidence,
nous savons très peu de choses. En réalité, nous
ne savons même rien du tout. En l'occurrence, nous nous contentons
de faire des conjectures. De plus, il est vraisemblable que nous ne
connaîtrons jamais la vérité. Toutefois, une chose
est claire. Nous avons tous les plus grands doutes quant au rapport
du gouvernement. Nous ne croyons pas à ce que disent les hommes
politiques que nous avons élus. Nous savons que Blair nous avait
déjà menti, avant et durant la guerre, nous savons que
toutes les commissions d'enquête officielles n'avaient pas d'autre
mission que de fournir un service de blanchiment. A l'évidence,
nous sommes devenus de plus en plus cyniques au sujet du concept actuel
de démocratie libérale.
Toutefois, les gens, ici, comprennent fort bien que c'est la politique
de Blair qui les rend tellement vulnérables. Blair nous dit que
nous devons combattre l'idéologie du mal. Il nous exhorte à
ne pas nous rendre aux terroristes. Il a raison, nous ne devons jamais
nous rendre au terrorisme d'Etat anglo-américain. Nous devons
mettre un terme à la vague actuelle de colonialisme occidental.
Nous devons virer Blair, et le plus tôt sera le mieux. Le pouvons-nous
? Non. Pas vraiment. C'est aux Travaillistes qu'il incombe de virer
leur chef fomentateur de guerre.
« La seule façon
de réagir, c'est de tirer dans la tête »
La police britannique a toujours pour consigne de tuer d'une balle
dans la tête des kamikazes présumés, a annoncé
dimanche le chef de Scotland Yard, en dépit d'une bavure qui
a coûté la vie à un Brésilien que des policiers
croyaient lié aux attentats du 21 juillet.Le patron de la police
britannique, Ian Blair, a expliqué à la télévision
qu'il n'avait pas l'intention de remettre en cause les règles
d'engagement des unités armées de Scotland Yard, confrontées
à des individus soupçonnés de porter sur eux
une bombe et prêts à la faire exploser.
"Quelqu'un d'autre pourrait être tué.
J'espère que cela ne se reproduira pas. Nous faisons tout ce
que nous pouvons pour que les choses se passent correctement, mais ces
décisions sont prises dans des circonstances terrifiantes",
a-t-il déclaré sur la chaîne d'informations en continu
Sky News.
"Cela ne sert à rien de tirer dans la poitrine
de quelqu'un parce que c'est probablement là que se trouve la
bombe. Cela ne sert à rien de tirer ailleurs parce que s'ils
tombent, ils vont la déclencher", s'est encore justifié
Ian Blair.
"C'est ce que montre l'expérience d'autres
pays comme le Sri Lanka. La seule façon de réagir, c'est
de tirer dans la tête", a-t-il ajouté à propos
de ce que les spécialistes appellent la "shoot to kill"
policy (littéralement tirer pour tuer).
La veille, Scotland Yard avait reconnu que l'homme
abattu vendredi à la station de métro de Stockwell, au
sud de Londres à l'issue d'une course poursuite avec des policiers
en civil, était innocent.
La victime, un électricien brésilien
de 27 ans, Jean Charles de Menezes, vivait, selon la presse brésilienne,
depuis trois ans à Londres, en toute légalité.
La police a expliqué que l'homme "sortait
d'une maison du quartier de Tulse Hill, près de Stockwell, placée
sous surveillance, car liée à l'enquête sur les
attaques du 21 juillet".
"Il a ensuite été suivi par des
policiers. Son habillement et son comportement ont accentué les
soupçons de la police", a expliqué Scotland Yard.
Scotland Yard s'est refusé à détailler
plus avant les circonstances qui ont conduit à sa mort, l'opération
faisant désormais l'objet de deux enquêtes, l'une par ses
services internes et l'autre par une commission indépendante.
Ian Blair a accepté d'endosser "la pleine
responsabilité" de la bavure : "C'est une tragédie",
a regretté le patron de la Metropolitan Police. "A sa famille,
je ne peux qu'exprimer mes regrets sincères", a-t-il dit,
sans présenter d'excuses formelles.
Le gouvernement brésilien a demandé aux
autorités britanniques des explications sur la mort de Jean-Charles
de Menezes.
Le ministre brésilien des Affaires étrangères,
Celso Amorim, dont la venue à Londres était déjà
programmée, a été reçu dimanche par le ministre
adjoint britannique aux Affaires étrangères, mais aucune
information n'a filtré de cette rencontre.
La police britannique n'a par ailleurs "pas de
raisons de croire" que les auteurs des quatre attentats ratés
du 21 juillet ont quitté le Royaume-Uni, a encore estimé
le chef de Scotland Yard.
"Nous craignons qu'il puisse exister d'autres
groupes" susceptibles d'organiser des attentats, a-t-il ajouté.
Dans le cadre de l'enquête, la police s'intéresserait
par ailleurs à une base de rafting à Bala, dans le nord
du pays de Galles que des membres des deux groupes de terroristes auraient
fréquenté dans les semaines précédant les
attentats du 7 et du 21 juillet.
Selon Sky News, "deux des (quatre) hommes recherchés
dans le cadre de l'enquête sur les attentats ratés du 21
juillet se sont rendus à Bala".
"Nous savions déjà que deux des
terroristes de la première vague d'attentats (du 7 juillet) étaient
venus ici", a expliqué une journaliste, en référence
à une photo publiée dans la presse montrant Mohammed Sidique
Khan et Shehzad Tanweer, participant à un stage de rafting.
Scotland Yard a refusé de confirmer cette information,
un porte-parole se contentant de souligner qu'"à son avis,
il pourrait s'agir d'une piste explorée par les enquêteurs".
Dimanche après-midi, plus de 200 parents et
amis des victimes et certains survivants des attentats qui avaient fait
56 morts le 7 juillet se sont recueillis au Centre d'accueil et de soutien,
où ils ont aussi longuement interrogé les responsables
de l'enquête.
Peter Clarke, le patron de la section anti-terroriste
de Scotland Yard et responsable de l'enquête, s'est également
adressé aux familles.
Source : AFP, 24 juillet 2005
Petit
flash-back historique
par La rédaction de Quibla, 20-22 juillet 2005
La totalité des commentateurs français s'acharnent à
faire remonter la généreuse politique d'asile britannique
à 20 ans en arrière. Pour les médias crétinisés
et crétinisateurs, 20 ans, cest très très long.
Or, n'importe quelle personne un tant soit peu cultivée sait
que 20 ans, ça n'est rien dans l'histoire des sociétés.
Et c'est tout bonnement faux : la politique d'asile généreuse
de l'Angleterre a une tradition vieille de plusieurs siècles
et au moins d'un siècle à l'égard des Musulmans.
Remontons donc en arrière de quelques siècles.
1 - Londres, Paris et Vichy
La France sarkozyenne montre autant de haine à
l'égard du "Londonistan" que la France vichyssoise
en avait durant l'Occupation contre la France libre installée
à Londres, qui était alors une véritable "Frog-City"
(frog = grenouille, épithète anglaise injurieuse à
l'égard des Français, équivalent du "rosbif"
des Français. L'analogie s'arrête là : en effet,
il y a quelques "petites" différences :
€ l'Angleterre et la France sont aujourd'hui "unies"
au sein de l'UE (on dirait ces jours-ci que ce sont des pays sur le
point de se livrer à une guerre);
€ Tony Blair, caniche poudré, n'est vraiment pas Winston
Churchill, un éléphant au cuir buriné.
€ Il n'y a pas de de Gaulle musulman à Londres, ou alors
il est très bien caché.
2 - Naissance du "Londonistan"
C'est le régime algérien qui, au milieu
des années 1990, alors que la guerre sale battait son plein en
Algérie, a lancé les premières attaques virulentes
contre le Londonistan. Puis, les gouvernements français successifs
et les propagandistes de service se sont emparés du mot et du
"concept" pour en faire leurs choux gras. Les attentats de
Londres du 7 juillet ont suscité une jubilation à peine
masquée chez les tenants de l'éradication des "islamistes"
comme Nicolas Sarkozy, futur candidat à l'Élysée.
C'est quoi, le Londonistan ? C'est le milieu musulman de Londres, qui
comporte une palette complète de toutes les tendances religeiuses
et politiques, avec des personnes et des groupes originaires de tous
les pays musulmans. Un véritable kaléidoscope. Ce n'est
pas d'hier que Londres est un centre d'activités musulmanes de
tous ordres, social, religieux, politique, culturel. Londres a été
la capitale d'un Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais et
on y trouve donc des groupes et des communautés d'originaires
de chacune des anciennes colonies britanniques, de Malte au Bangla Desh.
Dès la fin des années 80, des musumans des anciennes colonies
françaises du Maghreb s'y sont à leur tour installés.
Le plus célèbre d'entre eux est sans doute le Tunisien
Rachid Ghannouchi, leader du mouvement Annahdha, réfugié
à Londres en 1991 suite à un refus de visa français
et condamné ensuite à la réclusion à perpétuité
par la justice aux ordres de Ben Ali. On trouve aussi désormais
une importante communauté algérienne de rescapés
de guerre sale. Ces Maghrébins francophones sont devenus anglophones
et ont découvert les Musulmans du Moyen-Orient et d'Asie. Tous
ces exilés sont sans doute appelés à faire souche
en Angleterre, tout comme leurs prédécesseurs venus depuis
le XIXème siècle.
Ce "Londonistan" est-il le vivier du "terrorisme islamiste"
? Pas plus que la grande Mosquée de Paris, où se retrouvent
pour la grande prière du vendredi des musulmans de toute l'ïle-de-France
et de toutes les couleurs et origines, des Albanais aux Gaulois convertis
en passant par les Africains de l'Ouest.
3 - En 1790 déjà...
Il faut savoir que ce phénomène remonte
à la fin du XVIIIème siècle. Londres était
alors le refuge des nobles et des monarchistes français qui avaient
fui la Révolution française et ses guillotines. Puis,
à partir de 1820 et surtout après 1830, affluent des combattants
nationalistes ou indépendantistes de tout le continent européen,
notamment des Allemands (le plus célèbre d'entre eux,
Karl Marx, est même enterré à Londres), des Polonais
(alors en lutte contre l'occupant russe), des Italiens (Giuseppe Mazzini,
leader du mouvement "Jeune Italie" qui luttait pour une unité
républicaine de l'Italie, alors morcelée en états
princiers ou ducaux et partiellement occupée par l'Autriche)
et des Grecs en lutte contre l'occupation ottomane. Après le
"Printemps des peuples" de 1848, qui vit des soulèvements
populaires et républicains dans toute l'Europe continentale,
durement réprimés par les régimes réactionnaires,
Londres, fidèle à sa tradition libérale et impériale,
accueille d'autres rescapés. le Coup d'État de Louis-Napoléon
Bonaparte le 2 décembre 1852 et la proclamation du second Empire
amène une nouvelle vague de bannis, ceux qui ont échappé
aux rafles impériales, suivis d'un envoi au bagne (Lambèze
en Algérie, Cayenne en Guyane) ou d'une déportation en
Nouvelle-Calédonie.
La répression sanglante de la Comune de Paris voit un flot de
rescapés des massacres de la "semaine sanglante" dans
Paris chercher refuge soit à Bruxelles soit - et c'était
plus sûr - à Londres.
4 - Derrière la générosité, les
calculs politiques de l'Empire
Si on peut expliquer ce choix de Londres par la tradition
britannique de liberté d'_expression et d'hopspitalité,
il faut aborder un autre aspect important
Le système politico-policier britannique - qui durant cette longue
période était sans doute le plus performant du monde -
voyait d'un bon oeil l'afflux d'opposants de toute la planète,
car il lui fournissait des informations sur les pays d'origine et permettait
de recruter des agents d'influence ou opérationnels. L'Angleterre
impériale continuait sur la lancée des années suivant
la Révolution française, où elle utilisa les nobles
réfugiés pour combattre la France révolutionnaire.
Il faut rappeler que la France était la principale épine
dans le pied du colosse britannique, et cela avant même la révolution
française. Il suffit de rappeler l'aide apportée par le
marquis de Lafayette et ses volontaires aux insurgés américains
de l'indépendance.
Toute la propagande française sur le Londonistan a donc derrière
elle une histoire de plus de deux siècles et est en dernière
analyse tributaire du syndrome de Fachoda. En 1898, les troupes britanniques
de Lord Kitchener chassent 250 militaires français sous le comandement
du colonel Marchand dans cette ville du Soudan et réaffirment
ainsi la primauté britannique sur l'Afrique orientale, d'Alexandrie
à Johannesbourg.
Politique d'asile et politique impériale puis tout simplement
politique étrangère ont donc de tout temps été
étroitement liées. Qu l'on pense à l'asile accordé
au Négus d'Éthiopie, Haïlé Sélassié,
après l'occupation de son pays par les armées de Mussolini.
On peut donc considérer la générosité relative
de la politique d'asile britannique envers les réfugiés
islamistes du Maghreb et du Machrek comme une "Realpolitik"
visant à se concilier les bonnes grâces de leaders et de
groupes qui peuvent se retrouver au pouvoir dans leur pays un jour ou
l'autre. Et comme on n'est jamais sûr de rien, le travail de renseignement
et d'infiltration des milieux musulmans ou islamistes est autrement
plus facile en terre connue - en Angleterre, principalement à
Londres - qu'en terres lointaines et dangereuses. De plus les réfugiés,
fragilisés et souvent en situation précaire, deviennent
une proie plus facile pour le recrutement d'agents doubles.
Londres
n'est pas un "Londonistan"
par le Dr. Madawi Al-Rashid, in Al Watan Al Arabiyy, 18 juillet
2005. Traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier.
L'auteure, universitaire, est originaire de la Péninsule arabique
Les attentats de Londres ont frappé l'opinion
de stupeur, car ils ont atteint beaucoup de personnes vivant et coexistant
dans la capitale britannique, appartenant, en particulier, à
la communauté arabe et musulmane, dont certains des membres y
sont venus volontairement, espérant vivre mieux, et d'autres
s'y sont installés après que les portes de la démocratie
et d'une vie digne se soient refermées devant eux.
Londres est parmi les plus grandes capitales européennes à
abriter une nombreuse colonie arabe. Tandis que Paris se caractérise
par un grand nombre d'immigrés d'Afrique du Nord, Londres accueille
en son sein des Arabes parlant tous les dialectes. Y sont venus : des
Yéménites, des Somaliens, depuis plus d'un siècle,
qui se sont établis dans l'est de la mégalopole, ainsi
qu'autour des docks sur la Tamise. Puis sont venus des Palestiniens,
au milieu du siècle dernier, fuyant un exil dans leur propre
pays, puis des Libanais, dont la guerre civile avait déchiré
le tissu national si fragile. Quant aux Irakiens, il s'agissait, au
début, soit de quelque roi destitué, ou de membres de
quelque minorité qui aurait, pour son malheur, lié son
sort à un colonisateur qui l'aurait abandonnée, après
son départ forcé, ou telle autre, qui a préféré
émigrer, plutôt que rester dans un pays qui ne reconnaissait
pas son identité propre. Puis vinrent des chiites et des communistes,
puis des sunnites, avec toutes leurs innombrables variantes. Puis des
Egyptiens, soit ouvriers, soit commerçants, soit chercheurs,
notamment en médecine, mais aussi dans la plupart des branches
scientifiques. Quant aux Saoudiens, ils ont suivi le mouvement, dans
les années 1970. Certains sont venus, en quête de quelque
investissement immobilier juteux, ou de quelque occasion en or sur le
marché londonien, ou simplement pour se dépayser et faire
du tourisme. Dans les années 1990, une nouvelle catégorie
de Saoudiens est venue se réfugier à Londres, fuyant la
pression politique régnant en Arabie, à la recherche de
la liberté qui leur permettrait d'exercer une action politique,
loin de la censure du régime et du fouet de ses appareils. Ceux-ci,
qui se comptent sur les doigts de la main, sont venus rejoindre un groupe
infiniment plus nombreux, qui avait déjà pris ses quartiers
à Londres, je veux parler des ténors des médias
saoudiens, qui sont confortablement installés, depuis fort longtemps,
aux portes de la capitale britannique.
Quelques heures seulement après les explosions qui ont secoué
Londres, ces porte-voix sont apparus sur les écrans des télévisions
arabes. Ils sont venus jouer leur petite musique archi-connue, cette
petite musique qu'ils excellent à jouer, tant ils la pratiquent
et la répètent. Un de ces porte-voix est venu s'installer
à Londres récemment, après que la presse locale,
au pays, l'ait viré : il est venu nous analyser les attentats.
Et, avant tout débat, et tout indice, ce porte-voix a répété
quelques-unes des expressions et des définitions apparues immédiatement
après les attentats du 11 septembre (2001). Il y est, bien entendu,
allé de son " Londonistan ", décrivant Londres
comme un repaire de terroristes et de provocateurs. Et notre interlocuteur
a mentionné que le régime saoudien mis en garde le gouvernement
britannique contre le danger de ces gens qui répandraient leur
venin dans la moindre zâwiya [lieu de prière très
restreint, on pourrait parler de " chapelle ", mutatis mutandis,
NDT] et dans toutes les mosquées. Et notre commentateur a pris
pour exemple de ce dangereux phénomène une mosquée
de Finsbury Park, et ce qui s'y est passé. Il a cité les
noms de certains des prédicateurs, après quoi il est passé
à la question de l'opposition saoudienne, mélangeant les
torchons et les serviettes, ignorant que tous les indices de "
preuves " avaient été écartés, moins
de deux heures après les explosions de Londres
Quant à la presse écrite, elle s'est établie à
Londres depuis les années 1980, elle est donc plus anciennement
installée que les porte-parole des médias audiovisuels,
mais elle n'en répand pas moins la théorie fumeuse du
Londonistan, et elle y fait référence à la manière
du savant religieux musulman (Ήlim) s'autorisant de ses
textes jurisprudentiels.
Prenons un moment, afin de réfléchir à ce terme
de " Londonistan ", d'en suivre le développement et
l'apparition, ainsi que la manière dont il s'est imposé
dans l'abécédaire des médias qui campent à
Londres
Ce terme est né après les attentats du 11 septembre, d'où
le fait qu'il rime avec " Afghanistan ". Beaucoup l'ont repris,
non pas en Grande-Bretagne, mais en France, laquelle était mécontente
de la Grande-Bretagne et de sa façon de traiter ceux qu'elle,
la France, qualifiait de terroristes venus d'Algérie, après
que ce pays eut connu des violences qui avaient coûté la
vie à des centaines d'innocents. Beaucoup d'Algériens,
et d'autres nationaux s'étant enfuis de leur pays, ou de France,
ont trouvé en Grande-Bretagne un havre, quand bien même
il ne s'agissait pas d'un abri humain et civilisé répondant
aux stipulations des accords internationaux en matière de droit
d'asile. Mais Londres, et en particulier les banlieues du nord de Kingstown
et certains quartiers de l'Est londonien étaient bien préférables
au sort qui les attendait dans les villes des ceintures de la misère
qui entourent Paris et d'autres villes françaises, où
vivent beaucoup de membres de la communauté immigrée originaire
d'Afrique du Nord. Pour une raison inconnue, la Grande-Bretagne a fermé
les yeux, et elle ne les a pas expulsés vers leur pays d'origine.
Depuis lors, les analystes spécialistes du terrorisme, en France,
ressassent la théorie du Londonistan, que jusqu'à des
commentateurs officiels saoudiens font leur, aujourd'hui Le terme "
Londonistan " occupe les unes des journaux français, tel
" Le Monde ", dont le correspondant est venu enquêter
sur le terrorisme dans les mosquées et les écoles coraniques,
ainsi que les centres sociaux des immigrés musulmans (à
ses dires). Les Français n'ont pas compris la raison pour laquelle
la Grande-Bretagne a bien accueilli le réfugié algérien.
De la même manière, les Britanniques mais ils ne
sont pas les seuls n'ont (toujours) pas compris pourquoi la France
a-t-elle accueilli Khomeïny, à la fin des années
soixante-dix, cette France d'où a décollé l'avion
du retour vers Téhéran ? La presse française n'est
pas la seule à avoir diffusé ce terme, puisqu'un universitaire
français bien connu dans les milieux scientifiques spécialisés
dans les questions de l'islamisme l'a, lui aussi, adopté et défendu,
le répétant abondamment, à l'instar d'un représentant
saoudien, sur une chaîne de télévision satellitaire
arabe, très peu de temps après les explosions de Londres.
Derrière ces collusions médiatiques, on pouvait percevoir
une odeur repoussante, et des tentatives de pêche en eaux troubles.
Avant que ne soient maîtrisés les incendies des attentats,
on assistait déjà à des commentaires médiatiques
saoudiens qui dirigeaient un index accusateur sans aucune considération
pour ce que ces déclarations comportaient de dangers pour la
communauté arabe résidant dans la capitale britannique.
A ce sujet, nous affirmons que Londres n'a rien d'un Londonistan, quoi
que les médias saoudiens, et avant eux, les médias français,
fassent pour coller cette accusation sur le dos d'une ville qui est
aussi éloigné qu'on peut l'être du véritable
Londonistan d'où plus d'une de ces voix s'est enfuie.
Quelle que puisse être notre position sur la politique britannique,
en matière de guerre (contre l'Irak), de conception de la question
musulmane, et quelles que soient les indices historiques et les preuves
juridiques que nous ayons pu rassembler, afin de les utiliser dans notre
combat contre la situation actuelle, caractérisée par
le fait que l'Etat britannique se tient aux côtés des Etats-Unis
et adopte leurs politiques, nous ferons toujours la différence
entre Londres la ville, et ses habitants et la Londres de
la politique et du complot.
Londres est la seule ville, en Europe, dont le maire ait été
solidaire avec nos causes et les ait défendues, non pas parce
qu'il aurait reçu des pots-de-vin des mains de régimes
appartenant aujourd'hui aux livres d'histoire comme d'aucuns l'en
ont accusé mais bien parce qu'il s'agit de quelqu'un qui
croit sincèrement dans le droit des peuples à décider
de leur destin. Londres est la seule ville qui ne rejette pas les pauvres
à l'extérieur de ses fossés, comme le fait par
exemple la France. Au contraire, nous les voyons vivre, dans des HLM,
au c¦ur de la capitale et y croiser, sur les trottoirs, les gens
aisés et les puissants. Londres, sachez-le, vous qui affublez
du sobriquet de Londonistan la seule capitale européenne à
accorder une salle de prière aux étudiants musulmans de
ses universités et à célébrer leurs fêtes
religieuses, occasion pour eux de montrer aux étudiants d'autres
origines leurs patrimoine culturel et leurs spécialités
culinaires, bâtissant des ponts de pain et de sel avec les autres
communautés, d'une manière qui diffère en tous
points du regard hautain et raciste qui caractérise les relations
des représentants du régime saoudien à Londres
et les fils et filles de la communauté musulmane bengalie, pakistanaise,
ou autre, puisque, aussi bien, pratiquement tous les membres de ces
communautés auraient beaucoup de choses à raconter à
ce sujet et que ces récits ne sont révélés
publiquement qu'une fois rompue la célèbre équation
entre l'argent et l'allégeance, en vigueur tant en Arabie saoudite
qu'ailleurs.
Non : Londres n'est pas un " Londonistan ". Londres n'impose
pas son identité à tous, car elle n'a pas une identité
unique : elle est en effet une mosaïque multicolore et multiforme
et, plus se multiplient ses couleurs et ses formes, plus elle gagne
en richesse et en profondeur. Londres ne demande pas à ses habitantes
de changer leurs voiles pour en adopter d'autres. Au contraire, elle
ferme les yeux à ce sujet : ni elle ne regarde, ni elle ne voit.
De même, elle prête bel et bien l'oreille à ces dialectes
innombrables, mais sans les entendre, et sans émettre la moindre
critique.
Les événements de Londres, comme d'autres attentats avant
eux, ont démontré que la violence politique, aujourd'hui,
oscille entre la mondialisation et la privatisation. En effet, en dépit
du fait que le discours jihadiste que répandent des instances
spécialisées, sur Internet, soit un discours mondialisé
à la production duquel participent des personnalités et
des plumes dont on ne connaît pas l'identité, mais qui
se trouvent absolument partout, nous constatons que ce discours est
adopté par des groupes de jeunes extrêmement localisés.
Les premières enquêtes des services de sécurité
britanniques ont abouti à des kamikazes britanniques d'origine
asiatique, résidant dans la région du Yorkshire, au nord
de l'Angleterre, et non à des Arabes venus d'on ne sait où,
qui auraient subi un lavage de cerveau administré par ceux que
l'on appelle des incitateurs à la violence, et en particulier
par à des prédicateurs musulmans arabes.
Le discours globalisé d'Al-Qa'ida rencontre un répondant
chez des jeunes divisés par des frontières et réunis
par des préoccupations communes, et sans doute le régime
saoudien ne se rend-il pas compte que les trois listes qu'il a publiées
jusqu'ici ne sont qu'une imitation des listes publiées par les
Etats-Unis et fondées sur les figures d'un jeu de cartes. Ces
listes ne reflètent sans doute pas la réalité sur
le terrain, mais elles reflètent l'ampleur de la crise des solutions
sécuritaires en matière de résolution du casse-tête
posé par Al-Qa'ida. Jusqu'ici, Al-Qa'ida [cet acronyme signifie,
au sens propre : La Base] a montré que sa force réside
dans le fait, précisément, qu'elle n'a aucune base, pas
plus en Afghanistan qu'au Londonistan, au Bureaudepostistan ou au Coiffeuristan.
La logique de la " cellule terroriste " et du démantèlement
afférent continue à dominer dans les porte-voix médiatiques,
en particulier après la découverte de la cellule de Hambourg,
en Allemagne, mais très tardivement. Trop tardivement, quand
il n'en était plus temps
Les violences et les attentats ont démontré, également,
la vacuité de certaines déclarations, en particulier celles
qui ont fait un lien entre la violence et ses fauteurs, d'une part,
et la pauvreté et le chômage, d'autre part. Les actes de
violences ont démontré, aussi, l'inanité de propositions
basées sur la logique de l'étranger qui vient laver des
cerveaux, en Irak, au Cachemire, à Londres, voire même
à Riyadh ou à Jeddah, ou ailleurs Les voix des "
terrorologues ", ces spécialistes du terrorisme qui se prétendent
spécialistes dans l'analyse de la terreur, ressassent la théorie
de la violence et l'idée de quelqu'un, qui viendrait d'ailleurs.
Pour eux, si un attentat à la bombe est perpétré
à Riyadh, il ne peut s'agir que de l'¦uvre d'étrangers,
ou de leur idéologie, venue de tel ou tel pays voisin. Si un
attentat à la bombe se produit à Londres, alors, là
aussi, il ne peut s'agir que de l'¦uvre d'étrangers sortis
d'on ne sait trop où. Si un attentat se produit à Bagdad,
ou à Mossoul, là encore, ce ne peut qu'être l'¦uvre
d'étrangers venu d'un endroit bien précis, pour peu que
cet endroit ne se trouve pas en Irak
Ces experts oublient, ou font semblant d'oublier, qu'à toute
idéologie mondialisée, qu'elle soit jihadiste, ou communiste,
ou baathiste, ou islamiste, ou autre encore, correspond un moteur local,
qui absorbe cette idéologie, qui la digère à sa
façon propre, puis qui lui donne sa couleur locale et la diffuse
à sa propre manière. La production locale peut correspondre
à sa source mondialisée, mais elle peut en différer,
car le climat local a ses caractéristiques propres, la violence
dont beaucoup de capitales, de par le monde, sont aujourd'hui le théâtre
correspond à une idée qui n'a pas de base spatiale, ni
de cellule qui la couve : cette idée voyage, sans connaître
de frontières connues. Elle n'a pas de passeport, ni de carte
d'identité bien définie, mais elle est une résultante,
imposée par des relations internationales qui ont consacré
l'hégémonie d'un groupe déterminé au détriment
d'une immense majorité de gens qui ont le sentiment que leurs
droits sont bafoués ou qui voient que leur terre est occupée.
Al-Qa'ida diffère des autres mouvements mondiaux, tel le mouvement
communiste international, par exemple, en ceci qu'elle a imposé
aux sociétés musulmanes le principe de la privatisation
du jihâd, puisque celui-ci est devenu une obligation [religieuse]
personnelle dont des jeunes doivent se charger, chacun sur un front,
sans imâm, et sans émir, puisque ceux-là appartiennent
à une catégorie dépassée depuis bien longtemps.
Cette privatisation aurait été impossible si nous n'avions
pas vécu à l'ère de la mondialisation et de la
communication planétaire. Ces réalités semblent
avoir échappé aux haut-parleurs du régime saoudien
campés dans les banlieues chic de Londres. Puissent-ils s'en
tenir à leur culture locale et laisser tomber des termes ronflants
que d'autres ont inventé, pour des raisons qui leur sont bien
particulières, tel le terme " Londonistan ", en définitive
tellement français !
"Shocking !" : le
maire de Londres Ken Livingstone met les pieds dans le plat
Le maire de Londres Ken Livingstone - surnommé il y a quelques
années "Ken le Rouge", a estimé mercredi 20
juillet que l'interventionnisme depuis de longues années de l'Occident
au Proche-Orient pouvait expliquer les attentats comme ceux qui ont
frappé sa ville le 7 juillet.
"Je n'ai aucune sympathie pour (les attentats suicides)",
a déclaré le maire travailliste interrogé sur la
BBC (radio). "Je n'en soutiens aucun".
Mais, a-t-il fait valoir, ils ne seraient probablement pas arrivés
si l'Occident avait laissé les pays arabes libres de prendre
leurs décisions après la Première guerre mondiale.
"Je pense que nous avons eu 80 ans d'intervention occidentale dans
des pays majoritairement arabes, à cause du besoin de pétrole
de l'Occident", a-t-il déclaré. "Nous avons
soutenu des gouvernements peu recommandables, nous en avons renversé
d'autres que nous ne jugions pas sympathiques".
"Si à la fin de la Première guerre mondiale nous
avions fait ce que nous avions promis aux Arabes, c'est-à-dire
les laisser libres d'avoir leurs propres gouvernements et étions
restés en dehors de leurs affaires, achetant simplement leur
pétrole plutôt que de penser que nous devions contrôler
les sources d'approvisionnement de ce pétrole", je pense
que cela ne serait pas arrivé", a-t-il ajouté.
Le "deux poids deux mesures" des Occidentaux au Proche-Orient
a mis en colère de nombreux jeunes musulmans, a-t-il ajouté,
évoquant la "plaie ouverte" du conflit israélo-palestinien.
"Je ne dénonce pas seulement les kamikazes. Je dénonce
les gouvernements qui massacrent aveuglément au nom de leur politique
étrangère", a-t-il ajouté, évoquant
notamment "les bombardements du gouvernement israélien dans
les zones d'où un groupe terroriste pourrait provenir".
"Et je pense que le problème que nous avons en particulier
à l'heure actuelle c'est que dans les années 1980 les
Américains ont recruté et formé Oussama ben Laden,
lui ont appris comment tuer et faire des bombes (...) pour faire sortir
les Russes d'Afghanistan", a-t-il encore déclaré.
"Ils n'ont jamais pensé qu'une fois cela accompli, ils pourrait
se retourner contre ses créateurs".
M. Livingstone, connu pour son franc-parler, a également estimé
que la Grande-Bretagne aurait compté beaucoup de kamikazes si
les Britanniques étaient "sous occupation étrangère"
et qu'on leur refusait "le droit de vote", et "souvent
le droit de travailler" depuis "trois générations".
Ses propos, 13 jours après les attentats qui ont fait 56 morts
dans la capitale britannique, ont été accueillis fraîchement
par l'entourage du Premier ministre Tony Blair, qui cherche à
tout prix à dissocier les attentats du soutien britannique à
la guerre en Irak.
"Le Premier ministre et Ken Livingstone ont une vision différente
du monde et cela reste le cas", a déclaré un porte-parole
de M. Blair.
Dès le lendemain des déclarations de Ken Livingstone,
des Musulmans londoniens ont lancé une pétition de soutien
au maire, qui a subi des attaques virulentes pour ses déclarations
somme toute plutôt sensées.
Source : AP, 20 juillet 2005
Londres brûle
par Gilad Atzmon, 7 juillet 2005
"Nous avons l'habitude de voir des images d'horreur
en provenance de la capitale irakienne. Pour la plupart des Londoniens
et des Britanniques, ces images ne sont rien de plus que de lointains
échos, venus d'un pays étranger.
D'une certaine manière, la plupart d'entre nous avons réussi
à oublier que c'est fondamentalement notre gouvernement qui est
responsable de l'horreur ininterrompue, en Irak
D'une certaine manière, la plupart d'entre nous avons réussi
à oublier que c'est fondamentalement notre gouvernement qui est
responsable de l'horreur ininterrompue, en Irak.
Les images d'horreur, aujourd'hui, viennent de Londres. Apparemment,
Bagdad et Londres partagent un sort très similaire. Je suis assis
dans mon salon, je regarde l'émission Vingt-Quatre Heures de
la BBC, qui nous dit que la police métropolitaine et les services
d'urgence sont en train d'opérer conformément au plan
prévu à cet effet. Clairement, ils avaient tous anticipé
ce genre d'attentat. Un gouvernement qui est pleinement engagé
dans quelque activité colonialiste criminelle a intérêt
à préparer ses électeurs aux conséquences
de sa politique.
Il y a tout juste une minute, j'ai entendu Tony Blair disant à
la nation que « notre » détermination à défendre
« nos valeurs » est plus forte que « leur »
détermination à semer la mort et la destruction. Je m'interroge
: à quelles valeurs fait-il allusion ?
Une chose est certaine : continuer à voler le pétrole
des Arabes est une valeur cardinale, pour Blair.
Mais ce n'est pas mon cas. Tony Blair un homme qui a lancé
une guerre sans aval de l'ONU, un homme qui a du sang sur les mains
voudrait nous faire croire qu'il se soucie sincèrement
de la pauvreté en Afrique et du changement climatique ?
Que cela nous plaise, ou non, nous devons bien admettre que la Terreur
est un message, et nous ferions bien d'écouter ce message avec
la plus grande attention.
Premièrement, ce message nous dit que nous sommes aussi vulnérable
que n'importe qui ;
Deuxièmement, il nous dit que nous risquons d'être contraints
à laisser les autres peuples vivre leur vie, conformément
à leurs valeurs et à leurs croyances ;
Troisièmement, il nous dit que nous ne devons plus jamais accorder
nos suffrages à des criminels de guerre.
Et, avant tout, ce message nous dit que nous avons un devoir moral.
C'est à nous qu'il incombe d'arrêter nos gouvernants. Il
est de notre devoir de nous redresser et d'exiger la démission
de Blair, qui est responsable de la mort de si nombreux Irakiens, et
vraisemblablement, désormais, de si nombreux Britanniques. Nous
devons nous rappeler que le fait de voter en faveur d'un homme politique
dépourvu d'éthique fait de nous tous des complices d'une
bande de criminels.
Nous savons d'ores et déjà que tant en Amérique
qu'en Israël, les conséquences du terrorisme ont amené
l'opinion publique à endosser avec zèle des positions
de droite.
J'espère que le peuple britannique aura la même réaction
[digne et admirable] que le peuple espagnol.
Les fomenteurs de guerre et les agresseurs fiers de l'être doivent
être éliminés de notre climat politique. Ce n'est
qu'alors que la paix finira par s'imposer."
Un religieux d'Al Qaïda dénoncé
comme agent double du MI 5 - Les Alliés disent que leurs avertissements
ont été ignorés
par Daniel McGrory et Richard Ford, Times, Londres,
25 mars 2004. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
La révélation qu'un des épigones les plus dangereux
de l'organisation Al Qaïda était en réalité
un agent double travaillant pour le MI 5 a suscité des critiques
de divers gouvernements européens, qui avaient appelé
à plusieurs reprises à ce qu'il soit arrêté.
La Grande-Bretagne a ignoré des avertissements (qui avaient commencé
avant les attentats du 11.09.01) provenant de cinq ou six gouvernements
amis, au sujet des liens d'Abu Qatada avec des groupes terroristes :
elle avait refusé de procéder à son arrestation.
Les responsables (britanniques) du renseignement avaient caché
à leurs alliés européens leur intention de se servir
de ce prédicateur comme d'un informateur clé sur les menées
des activistes islamistes au Royaume-Uni.
Abou Qatada s'était vanté, auprès du MI 5 d'être
en mesure d'empêcher des attentats, et il lui avait proposé
de dénoncer des extrémistes dangereux, alors que, depuis
le début, il travaillait à créer un havre sûr
pour sa propre organisation terroriste en Grande-Bretagne.
Parmi des dizaines de jeunes activistes venus lui rendre visite à
Londres, on notera la principal suspect des attentats de Madrid. On
trouve également parmi ses ouailles des gens prêts à
se faire kamikazes pour Al Qaïda, comme Richard Reid, l'homme aux
semelles explosives.
Un tribunal spécial ayant enquêté sur ses opérations
en Grande-Bretagne l'a qualifié d' " individu extrêmement
dangereux ". Un jugement de la Commission des appels en matière
d'immigrations spéciales a indiqué, hier, qu'il existait
des preuves établissant qu'Abou Qatada " est impliqué
dans l'instigations d'actes de terrorisme international. "
Une source sécuritaire de Madrid a indiqué hier : "
Qui sait combien de victimes et de sang versé auraient pu être
évités si la Grande-Bretagne avait pris en compte les
avertissements sur cet homme, et cela, depuis longtemps ? "
Le terrorisme étant le premier point à l'ordre du jour
du sommet européen de Bruxelles, Tony Blair doit s'attendre à
être questionné au sujet de l'histoire du MI 5 et Abou
Qatada, ainsi que d'autres prédicateurs activistes utilisant
la Grande-Bretagne comme base arrière.
L'Espagne, la France, l'Italie, l'Allemagne, les Etats-Unis et la Jordanie
ont demandé à interroger Abou Qatada au sujet de ses liens
avec Al Qaïda, mais cela leur a été refusé.
En lieu et place, des agents du MI 5 ont rencontré le prédicateur
à trois reprises ; cela lui a permis de se vanter de son influence
auprès de certains jeunes activistes islamistes, insistant sur
le fait que la sécurité nationale britannique n'était
nullement menacée.
Il a voulu rassurer le MI 5 en disant qu' " il ne mordrait pas
une main qui l'a nourri ".
Il a également promis de " dénoncer quiconque porterait
atteinte aux intérêts de ce pays ". En réalité,
il recrutait des volontaires pour les camps d'entraînement d'Al
Qaïda.
Son maintien en liberté, des années après les premières
demandes d'arrestation internationales représentait une source
d'embarras pour la Grande-Bretagne. Quand David Blunkett a présenté
sa loi controversée l'Anti-terrorism Crime and Security
Act en 2001, qui l'autorisait à détenir des suspects
étrangers sans procès, Abou Qatada avait affirmé
que cette loi " avait été adoptée par des
gens qui pensaient à lui, en particulier. "
Il avait disparu de son foyer familial, dans l'Ouest de Londres, juste
avant l'entrée en vigueur de cette loi.
Des responsables français indignés avaient accusé
le MI 5 d'avoir aidé le prédicateur à s'éclipser.
Alors qu'il était en fuite, un responsable des services de sécurité
français, à Paris, aurait dit : " Les services britanniques
disent qu'il n'ont aucune idée du lieu où il peut bien
se trouver, mais nous savons où il est. Et si nous, nous le savons,
je suis tout à fait certain qu'eux, ils le savent. "
Près d'un an plus tard, Abou Qatada fut retrouvé : il
se cachait dans un appartement, à proximité du siège
de Scotland Yard
Abou Qatada faisait appel de sa détention maintenue à
la prison de haute sécurité de Belmarsh, mais le juge
Collins a décidé que le prédicateur " était
au centre des activités terroristes associées à
Al Qaïda, au Royaume-Uni. "
Il s'agit d'un Jordanien, arrivé en Angleterre muni d'un faux
passeport des Emirats Arabes Unis, en septembre 1993 ; il était
demandeur d'asile.
La Jordanie avait fait savoir à la Grande-Bretagne qu'il avait
été jugé coupable d'attentats terroristes à
Amman, quelques mois avant le 11 septembre (2001).
Des enquêteurs espagnols ont fourni des preuves qu'un activiste
qu'ils avaient en garde à vue à Madrid (Abou Dahdadh)
avait rendu visite au prédicateur Abou Qatada à plus de
vingt-cinq reprises, au cours desquelles il lui avait apporté
de l'argent et présenté de nouvelles recrues.
Abou Qatada avait été banni par la plupart des mosquées
modérées, c'est pourquoi il tenait ses réunions
au Club des Quatre Plumes (Four Feathers Club), près de Baker
Street, dans le centre de Londres. Ses avocats disent qu'il " rejette
totalement " une quelconque implication dans le terrorisme.
Psychose de guerre à
Londres
Les Londoniens ont vécu un nouveau jeudi noir et un vendredi
tout aussi noir, avec un enchaînement d'événements
obscurs : l'explosion de quatre bombes artisanales qui n'ont fait aucun
mort, trois dans le métro et un à bord d'un bus, puis
l'exécution par la police d'un suspect musulman et enfin la prise
d'assaut par la police d'une mosquée où avait été
déclenchée une alerte à la bombe. Il semble donc
à première vue que la provocation du 7 juillet ait été
suivie d'effets. N'ayant aucun moyen de démêler le vrai
du faux et refusant de s'engager dans des délires paranoïaques,
la rédaction de Quibla a décidé de créer
une nouvelle rubrique d'actualité, dans laquelle les internautes
trouveront des contributions permettant d'éclairer ces événements
très très obscurs. À chacun de se faire sa propre
opinion à partir des éléments fournis. Comme on
dit, "Dieu y reconnaîtra les siens"...
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