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Monde arabe - Iraq
 
 

L'Empire tortionnaire

 

L'Algérie confirme la mort de ses deux diplomates en Iraq


L'Algérie confirme l'exécution de deux de ses diplomates par l'organisation Al Qaïda en Irak, qu'elle promet de poursuivre "de sa froide détermination".
"Les preneurs d'otages ont lâchement assassiné nos deux représentants à Bagdad, Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi, mettant ainsi à exécution leurs ignobles menaces malgré tous les appels et exhortations lancés de partout pour leur libération", déclare la présidence algérienne.
Dans un communiqué diffusé sur internet, l'organisation du Jordanien Abou Moussab Zarkaoui avait auparavant annoncé l'exécution mercredi des deux diplomates algériens enlevés la semaine dernière parce que leur gouvernement soutenait les Etats-Unis.
"Vos frères de l'Organisation Al Qaïda en Irak (...) ont tué Ali Belaroussi, le chef de la mission algérienne, et Azzedine Belkadi", dit ce communiqué, qui n'est accompagné d'aucun document vidéo ni de photos et n'a pas pu être authentifié dans l'immédiat.
"(L'Algérie) avait envoyé ces deux apostats en Irak en tant qu'alliés des juifs et des chrétiens", affirme le groupe.
"L'Irak ne sera pas un refuge pour les ennemis de Dieu. Ne vous avons-nous pas mis en garde contre votre alliance avec l'Amérique ?", ajoute-t-il.

 

"L'ALGÉRIE SE SOUVIENDRA"
Le cabinet du président algérien Abdelaziz Bouteflika a prévenu que "l'Algérie se souviendra" de ces assassinats.
"Elle poursuivra de sa froide détermination ceux qui ont osé s'attaquer si scandaleusement aux enfants d'un pays qui a tant fait pour lutter aux côtés du peuple irakien dans sa quête de sa souveraineté, de son unité nationale, de son intégrité territoriale, comme de la paix et de la justice", insiste la présidence algérienne.
A Alger, le personnel du ministère des Affaires étrangères a observé une minute de silence après l'annonce de l'assassinat.
Le chef de la diplomatie algérienne, Mohamed Bedjaoui, devait rencontrer les familles d'Ali Belaroussi et d'Azzedine Belkadi.
L'Algérie, qui avait exprimé l'espoir d'obtenir la libération de ses diplomates, s'est opposée à l'occupation de l'Irak mais est devenue ces dernières années un allié de Washington dans la guerre contre l'activisme islamique. Des partis politiques algériens, y compris des formations islamiques légales, avaient réclamé ce mercredi la libération des deux hommes en déclarant les exécutions contraires à l'islam et à l'unité arabe.
Mardi, la branche irakienne du réseau Al Qaïda avait diffusé une vidéo montrant Belaroussi et Belkadi les yeux bandés.
Le groupe avait menacé de les exécuter en affirmant qu'ils représentaient un "gouvernement infidèle" et en ajoutant qu'il réservait le même sort "aux ambassadeurs et aux représentants de tous les gouvernements infidèles".
L'organisation de Zarkaoui avait revendiqué samedi le rapt de Belaroussi, 62 ans, qui vivait à Bagdad depuis deux ans avec sa famille, sans mentionner cependant Belkadi, qui était âgé de 47 ans.
A la suite de leur enlèvement, Alger a rappelé lundi son dernier diplomate encore en poste à Bagdad.
Depuis le début du mois, la branche irakienne d'Al Qaïda a annoncé l'exécution d'Ihab al Chérif, chef de la mission diplomatique égyptienne enlevé à Bagdad, et les représentants diplomatiques du Bahreïn et du Pakistan ont été visés par des tirs.
Ces attaques à répétition contre les représentations diplomatiques sont un revers pour le gouvernement irakien, qui craint d'assister à un exode des personnels diplomatiques de Bagdad.
Source : Reuters, 27 juillet 2005

 

Essoumaâ !


par Hakim Laâlam, laalamh@yahoo.fr, le Soir d’Algérie, 27 juillet 2005. Source : www.lesoirdalgerie.com
«Transferts de fonds. Muté en Kabylie, un chauffeur de fourgon blindé se …»

…suicide

Stop ! Il faut qu’on m’explique : des gens, dont c’est tout à fait le droit du reste, n’ont pas arrêté de nous expliquer ces dernières années que l’Algérie, depuis le 16 avril 1999 à l’aube, dès l’apparition du premier rayon de soleil, a subitement et farouchement retrouvé sa «soumaâ» au plan international, sa crédibilité et sa place dans le concert des nations. Aujourd’hui, les mêmes gens s’insurgent du fait que le rapt de deux diplomates algériens en Irak ne soit pas médiatiquement traité comme il se doit ou soit juste balbutié en entrefilets dans les journaux, radios et télévisions du monde. Faudrait savoir, les amis ! Soit nous avons recouvré notre aura d’antan et auquel cas, nous n’avons même pas besoin de rappeler à l’opinion internationale que deux de nos diplomates sont entre les mains de Zarkaoui. Soit, dans l’échelle des faits d’actualité, nous n’avons pas su faire, hélas, de telle sorte que cette dramatique prise d’otages soit en prime time de l’actualité mondiale. Et qu’on ne vienne surtout pas me dire que l’Algérie préfère travailler dans la discrétion. Lorsque la discrétion prend les traits d’un mutisme stupéfiant de la cellule de crise, il y a de quoi se demander si l’on a bien tiré les leçons des précédentes prises d’otages et de la nécessité de faire campagne active autour de ce double rapt. Bon Dieu ! Je ne peux m’expliquer que pour un obscur forum sur «les mécanismes endogènes à mettre en œuvre d’ici 2008 pour harmoniser la coordination entre pays du Nepad», des avions s’affrètent en deux temps trois mouvements, que pour recevoir le «sous-sous-sous-en-dessous secrétaire adjoint américain chargé de la réforme des autoroutes et bretelles de voies express», on mobilise tout Alger, on bloque tous les carrefours de la capitale et on en ponde une news de 12 minutes au 20 heures de l’Unique, alors que, pour le sort de deux des nôtres, l’on ne soit même pas capable de placarder leurs deux portraits géants sur le fronton de l’Assemblée ou du Sénat ou plus simplement que l’on autorise des gens à manifester en faveur de la libération des deux diplomates sans invoquer les restrictions au droit de se regrouper à plus de trois personnes dans la capitale. Il y a comme ça des énigmes, des inexpliqués, des blancs… M’enfin ! Restons, bien sûr, sur l’essentiel aujourd’hui : aura internationale ou pas, «soumaâ» retrouvée ou pas, accrochons- nous à l’espoir de revoir parmi nous nos deux diplomates. Et fumons du thé pour rester éveillés, le cauchemar continue.

 

Diplomates algériens sacrifiés pour les intérêts de Bush


Ouardia Yahiaoui, 27 juillet 2005
L’auteure est une poétesse militante algérienne qui vit en région parisienne.

 

Bouteflika, arrêtez donc d'envoyer des Algériens mourir pour Bush et ses intérêts.
L'Irak est en guerre, qu'avait-on besoin d'y ouvrir une Ambassade algérienne ?
Tous ces enfants sans soins, opérés sans anesthésiant, tous ces enfants mutilés : que reste-t-il de notre honneur ?

Pourquoi mourir pour ceux qui hier expliquait que "les ennemis de leurs ennemis étaient leurs amis" pour justifier leur aide à Saddam Hussein ?

Sommes-nous les amis des USA ou seulement les ennemis de ses ennemis.

Le crime, l'exécution de diplomates est une barbarie, mais Bouteflika au bout de 200 000 carotides tranchées dans le silence complice et coupable d'une bonne partie de l'Occident, c'est à l'exécution de 2 agneaux envoyés au sacrifice à Bagadad occupée que vous découvrez la barbarie ?

Qu'a-t-on besoin d'aller porter secours à ceux qui ont aiguisé les couteaux des GIA pendant 10 ans ?

Qu'a-t-on besoin d'aller boire le sang et manger la chair des Irakiens ?

Sommes-nous si bas ? Sommes-nous si petits ? Mangeons des pissenlits s'il le faut, buvons l'eau de mer, buvons à même le caniveau même mais ne devenons pas la poubelle de l'Occident.

Déjà cette façon d'expulser tout Algérien qui commet une infraction vers Alger m'agace : un Algérien qui réussit on le naturalise, celui qui rate tout et devient un bandit on le renvoie en Algérie.

L'Algérie ne doit pas être la décharge de Bush ou de Chirac. L'Algérien le plus tordu même ne doit en aucun cas être sacrifié pour les intérêts d'un nation
étrangère.

Ces deux hommes auraient dû rester en Algérie à s'occuper de leur famille et non à Bagdad à brasser la paperasse tamponnée par Washington.

A quoi ça sert d'avoir pris son Indépendance si c'est pour devenir un vassal des USA ?

L'Algérie me fait rarement honte, mais là j'ai honte : il aura fallut l'enlèvement et l'assassinat de ces deux hommes pour que j'apprenne que l'Algérie a ouvert une Ambassade en Irak occupé. Là où les hommes et les femmes sont massacrés, torturés et violés, on a renié son honneur au point d'aller ouvrir une Ambassade.

Si j'allais à Bagdad demain ce serait juste pour retirer le drapeau algérien qui y flotte car c'est la marque des lâches et des sans honneurs.

Si l'Irak s'était conduit aussi lâchement pendant la guerre d'Algérie, si les Irakiens avaient été aussi bas que nous pendant la guerre d'Algérie, alors le drapeau irakien aurait flotté dans les cieux d'Alger de 1954 à 1962.

C'est triste pour la famille de ces deux hommes mais c'est triste aussi pour les Irakiens de mourir tous les jours et de ramasser les cadavres de leurs enfants innocents. Jean Sénac tu avais raison : "ils ont mangé leur nif ,et commence maintenant à ronger le drapeau algérien tant ils ont soif de déshonneur".

Honteuse Algérie qui pleure ses deux diplomates quand l'Irak entière est à moitié morte. Pour nous moquer des Irakiens qui hier offraient des bourses d'études aux étudiants algériens, nous avons singé les USA.

Bouteflika avait déclaré lors de la capture de Saddam Hussein "je fais partie d'une culture où l'on ne plante pas le couteau dans le flanc du chameau quanq il est à terre". Sauf que le chameau Boutef c'est toi et que le couteau tu l'as mis dans le dos de ton Peuple et du Peuple irakien.

 

30 ans après la fin de la guerre du Vietnam, Jane Fonda remet ça contre la guerre d’Iraq


La belle Jane Fonda, fille et soeur d’acteurs de cinéma, est une star vieillissante qui ne faisait plus parler d’elle depuis quelques années. Son mariage avec le milliardaireTed Turner, le boss de CNN, l’avait apparemment assagie. Le temps semblait fini de sa liaison avec le démocrate de gauche Gerry Brown, opposé à la guerre du Vietnam. À cette époque, elle avait fait scandale, en 1972, en posant devant une batterie de DCA nord-vietnamienne durant une tournée de campagne pour mettre fin à l’agression US au Vietnam.
Eh bien, voilà que Jane a décidé de faire son “coming out” contre la guerre d’Iraq : à partir du mois de mars, elle va être la grande vedette d’une tournée en bus organisée à travers les USA avec sa fille, des vétérans de la guerre d’Iraq et des familles de soldats US. Le message qu’elle va envoyer depuis ce bus, qui uutilisera du carburant végétal, sera simple : les USA doivent mettre fin à leur intervention en Iraq.
Lorsque Jane Fonda a annoncé ce projet à Santa Fé, lors d’une soirée de promotion de son nouveau livre, “My Life So Far” (“Ma vie à ce jour”), le public nombreux a éclaté en ovations et applaudissements. Elle a précisé : « Je ne peux encore donner aucun détail, je peux seulement dire que ça va être joliment excitant (“pretty exciting”). »
On pourrait peut-être suggérer à la star de réaliser une vidéo avec une autre grande star, Abou Moussab Al Zarqaoui...

 

Deux diplomates algériens ( sbires fidèles de la junte d’Alger) condamnés à mort par “Al Qaïda”


Al-Qaïda en Irak a annoncé mardi avoir condamné à mort les deux diplomates algériens enlevés la semaine dernière à Bagdad. Toutefois, la vidéo diffusée sur Internet par le groupe du Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui ne montre pas l'exécution des otages.
L'Algérie n'a pas réagi dans l'immédiat mais, selon l'agence de presse officielle APS qui cite "une source informée", le dernier diplomate algérien qui se trouvait encore à l'ambassade d'Algérie dans la capitale irakienne, Bachir Belhadj, ainsi que l'épouse d'Ali Belaroussi, le chargé d'affaire enlevé jeudi dernier en compagnie de son collègue Azzedine Belkadi, ont été rapatriés vers Alger avant mardi.
Sur la vidéo des terroristes, on peut voir Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi, les yeux bandés, décliner séparément devant la caméra leur identité et leur âge, respectivement 62 et 47 ans, ainsi que leur adresse en Algérie. Dans un bref communiqué annonçant cette vidéo sur un site Web islamiste, Al-Qaïda en Irak précise que ces images représentent "une partie de leurs (celles des diplomates) confessions" et qu'il en "fournira davantage, si Dieu le veut".
Le groupe affirme en outre dans ce message non authentifiable signé du nom d'Abou Maysara al-Iraki, un porte-parole d'Al-Qaïda, que son "tribunal" a condamné les captifs lundi, sans préciser par quel moyen ils seront tués.
"Le tribunal d'Al-Qaïda en Irak a décidé de mettre en oeuvre le verdict de Dieu contre les deux diplomates du gouvernement algérien apostat (...) et a ordonné de les tuer", écrit-il, ajoutant que "ce sera le sort des autres diplomates et représentants du reste des gouvernements infidèles. Il n'y a d'autre destinée pour eux que d'être tués".
Le mouvement terroriste, qui assimile toute présence diplomatique en Irak à une caution au nouveau régime ainsi qu'à la présence américaine au Pays des deux fleuves, a revendiqué la responsabilité d'attentats et d'enlèvements visant les diplomates de plusieurs pays arabes, dont l'ambassadeur d'Egypte Ihab al-Chérif, capturé le 2 juillet. Son exécution, annoncée par le groupe qui a revendiqué plusieurs décapitations par le passé, n'est pas prouvée.
Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi sont tombés jeudi dernier avec leur chauffeur dans un guet-apens tendu par des individus armés dans le quartier huppé de Mansour, dans l'ouest de Bagdad, selon la police et les autorités algériennes. Lundi, le ministère irakien de l'Intérieur a déclaré détenir deux personnes qui devraient répondre à des questions liées à cet enlèvement.
Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), organisation algérienne liée à celle d'Oussama ben Laden, a exprimé plusieurs jours après sur un site Web sa "joie et son bonheur" de savoir les diplomates enlevés. Il accuse Alger de soutenir "le gouvernement renégat d'Irak et l'alliance des croisés dans la lutte contre les moudjahidines".
L'Algérie n'est pas le premier pays musulman visé par Al-Qaïda en Irak. Après l'enlèvement de l'émissaire égyptien Ihab al-Sherif, âgé de 51 ans, la police irakienne a qualifié de tentatives d'enlèvement des coups de feu tirés sur des envoyés du Pakistan et du Bahreïn.
Ces attaques semblent destinées à isoler de ses voisins le gouvernement irakien à dominance chiite, au moment où il tente d'avancer sur le plan politique.
La "commission législative" d'Al-Qaïda a ainsi dénoncé, dans un communiqué diffusé sur le même site que les revendications, le référendum qui doit être organisé deux mois après l'approbation de la nouvelle Constitution par le Parlement d'ici au 15 août. Cette consultation serait "un acte infidèle et une apostasie", estime l'organisation terroriste. Source : AP, 26 juillet
Source : AP, 26 juillet 2005

 

Un pied ou deux ?

Le nouveau super-héros du terrorisme islamique : Abou Moussab Al Zarqaoui, entre vérité et légende


par Vladimir Alexe, Ziua (Le Jour), Bucarest, 9 juillet 2005. Traduit du roumain par Alexandre Pondu

Au cours des quatre dernières années, le terrorisme a connu une croissance exponentielle au niveau planétaire. D'un phénomène périphérique, il est devenu rapidement un risque pour la sécurité, le cauchemar de toutes les sociétés, démocratiques ou non. Dans ce contexte sont apparues aussi des super-stars du terrorisme. Le premier mauvais génie du fondamentalisme islamique fut Oussama Ben Laden. Or, à présent, ce dernier risque d'être détrôné par un nouveau personnage, considéré comme aussi malfaisant, mais bien plus mystérieux: Abou Moussab Al Zarqaoui. Personnage dont le nom était totalement inconnu voici encore trois ans, mais auquel, désormais, on attribue le rôle de leader de l'insurrection irakienne, le maître d'oeuvre des opérations terroristes contre les États-Unis et l'Europe. On en dit tant sur des événements si complexes qu'au bout du compte il semble plutôt être le héros de contes populaires qu'un homme fait de chair et de sang. Il y a des analystes qui soutiennent qu'il s'agit d'un mystérieux Jordanien d'origine palestinienne: une légende dont verra qu'elle semble avoir été créée à des fins propagandistes.
La guerre contre le terrorisme, caractérisée par le président Bush jr comme la guerre du droit, définit le bien et le mal sur la Terre, ce qui fait des chefs mondiaux du terrorisme les incarnations immédiates du mal. Les campagnes de propagande ont donc pour rôle de maintenir vivant dans l'esprit des citoyens étasuniens la menace terroriste. La création de certains personnages, de certains mythes du terrorisme universel comme Oussama Ben Laden (ancien agent de la CIA) ou, présentement, celle de Abou Moussab Al Zarqaoui, sans cesse poursuivis, mais jamais pris par le Pentagone, ont pour rôle d'authentifier, de personnaliser une guerre qui a permis, au bout du compte, d'élargir considérablement la sphère d'influence directe des États-Unis.


Afghanistan: les débuts


Michel Chossudovsky écrit dans son ouvrage intitulé, The Pentagon's New Terrorist Mastermind, que les agences d'information et de contre-espionnage étasuniennes ont constitué depuis lontemps leurs propres organisations terroristes; une série d'organisations islamistes ont agi et agissent toujours conformément à un plan secret, pour, créer les occasions et justifier au meilleur moment l'intervention de l'armée des États-Unis. Toujours selon Chossudovsky, cette organisation fonctionnerait exactement comme les deux bras d'un corps humain, où le gauche crée les conditions de l'intervention du droit. Il existe donc un cerveau qui coordonne le tout. Et l'auteur de rappeler que le mouvement islamico-terroriste que chasse présentement Washington a été, à ses débuts, une pure création étasunienne!

Comment les États-Unis ont-ils donc inventé le mouvement islamico-terroriste? C'est justement Zbigniew Brzezinski qui nous le dit dans une interview donnée dans la livraison du 15-21 janvier 1998 du Nouvel Observateur. L'ancien conseiller pour les problèmes de défense nationale du président Jimmy Carter dévoile -et c'est un scoop - que l'intervention de la CIA en Afghanistan a précédé l'invasion soviétique de 1979. Il dit: Selon la version officielle de l'histoire, la CIA aurait soutenu le mouvement des Moujahidine à partir de 1980, c'est-à-dire après l'intervention armée soviétique qui envahit l'Afghanistan le 24 décembre 1979. En réalité, c'était un secret gardé jusqu'à présent, mais les choses se sont déroulées de manière totalement différente. Le 3 juillet 1979, le président Carter a signé la première directive secrète pour aider les opposants au régime prosoviétique de Kabul. Le but était de créer un Vietnam pour l'armée et l'économie soviétiques. Dans le cadre de ce plan secret, les États-Unis financèrent, entraînèrent et armèrent substantiellement des milliers d'islamistes amenés de divers pays et de divers continents au Pakistan voisin. La prestigieuse revue Covert Action Quaterly qui a publié dans ses dernières livraisons le sommaire des événements du 11 septembre 2001 et l'évolution du phénomène du terrorisme, fait un bilan inquiétant: l'administration Carter a créé les islamistes en Afghanistan et en Iran; l'administration Reagan a étendu cette sinistre collaboration avec les islamistes du Soudan; l'administration Bush senior a intensifié la collaboration avec les islamistes d'Afghanistan et du Soudan; tandis que l'administration Clinton a soutenu les islamistes d'Albanie, d'Algérie, de Bosnie, de Tchétchénie, d'Irak et de Libye.

D'un point de vue géostratégique, Oussama Ben Laden est le meilleur ami du président Bush. Qu'aurait fait Bush sans Ben Laden se demande Mike Ruppert, avec derrière lui trente ans d'expérience de missions secrètes, dans son ouvrage Crossing the Rubicon? Les conclusions de l'auteur vont très loin: Je crois, dit-il, que Ben Laden a été et demeure toujours un agent de la CIA, du gouvernement des États-Unis et de Wall Street. Cela expliquerait pourquoi le terroriste le plus pourchassé de la planète n'a jamais été pris. Mais, depuis janvier 2003, un autre mythe du terrorisme international est apparu sur la scène internationale: le mythe du prétendu Abu Moussab Al Zarqaoui, que personne n'avait connu jusqu'à cette date-là. Qui est donc ce Zarqaoui?


Biographie brouillée d'un terroriste obscur


Jusqu'au mois de janvier 2003, on entendait très peu parler de Abou Moussab Al Zarqaoui. Illustre inconnu, il est devenu en un laps de temps très court, le terroriste le plus célèbre de la planète. Cependant sa biographie est entourée d'un mystère où il est très difficile de séparer l'aspect légendaire de la réalité. La légende pourrait être attribuée à l'imaginaire populaire, mais, aussi, à la propagande gouvernementale. Avec les réserves de rigueur, voilà à peu près les principaux événements qui, dit-on, auraient marqué jusqu'à aujourd'hui l'existence de Abou Moussab Al Zarqaoui.

Il est né voici trente-huit ans dans la localité de Zarqa, en Jordanie, d'une famille pauvre de neuf enfants. Sa famille appartient à la tribu bédouine Bam Hassan, la plus grande et la plus religieuse des tribus hachémites du royaume de Jordanie. Il est né portant le nom de Ahmed Fadil Hamdan Khalaila, qu'il changea plus tard en Abou Moussab Al Zarqaoui, d'après le nom du village natal de son père.
A l'âge de douze ans, Abou Moussab a été mis à la porte de l'école et à trouvé refuge dans les camps palestiniens à la périphérie d'Amman. Il avait environ vingt ans quand il est parti lutter en Afghanistan contre l'occupant soviétique. Là-bas il a inventé une manière de faire des bombes artisanales. Ensuite, il est parti s'entraîner dans un camp de moujahidine venus de divers pays musulmans, et c'est en 1990 que Zarqaoui revint en Jordanie. Au mois de décembre 1999 le nom de Zarqaoui est prononcé lors de l'attaque de l'Hôtel Radisson SAS d'Amman. Le complot ayant été déjoué par la police hachémite, Zarqaoui fut jeté en prison, puis gracié. Au sortir de prison il s'enfuit au Pakistan, puis retourne en Afghanistan. En 2002, Zarqaoui lutte avec les Talibans contre les forces étasuniennes. On dit que pendant une embuscade il a été gravement blessé à un pied, ce qui l'empêcha pas de fuir jusqu'en Irak où, dans un hôpital de Bagdad, on l'amputa de son pied blessé. Ensuite, et selon toutes les probabilités, l'invasion anglo-étasunienne trouve Abou Moussab Al Zarqaoui au Nord de l'Irak, dans la zone kurde, lieu idéal pour continuer la guerre sainte à la tête de son groupe de combattants, Ansar Al Islam, composé d'environ 400 fondamentalistes. Enfin, en avril 2003, après la chute de Bagdad devant l'offensive des forces des États-Unis, Zarqaoui et son groupe sont signalés au centre de l'Irak, dans la zone nommé le triangle sunnite.


Naissance d'une légende


Zarqaou ia donc été catapulté spectaculairement sur la scène internationale à peine en février 2003, six semaines avant l'invasion étasunienne de l'Irak sous le prétexte de la présence d'armes de destruction massive fabriquées par le régime de Saddam Hussein, selon le discours tenu par le secrétaire d'État Colin Powel devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Powell y déclarait : Je veux appeler votre attention sur le potentiel bien plus sinistre encore des relations entre l'Irak et Al Qaïda, une relation qui combine les méthodes organisationnelles du terrorisme classique avec des méthodes modernes. L'Irak est aujourd'hui l'hôte d'un semblable réseau de terroristes criminels, conduit par Abou Moussab Al Zarqaoui, un associé et un collaborateur d'Oussama Ben Laden et de ses lieutenants. Dans son allocution Powell emploie le nom de Zarqaoui pour faire la liaison entre Saddam Hussein, le parti Baas (socialiste-national) et ce que Washington nommera le réseau de la terreur islamique. En d'autres mots, inconnu jusque-là, le terroriste d'origine jordanienne était présenté comme la véritable preuve que l'Irak de Saddam Hussein (totalitaire et laïc), entretenait des relations avec Al Qaïda. Une fois établie cette relation l'administration Bush jr, put prétendre que le régime de Bagdad constituait une menace pour les États-Unis. Au centre de cette argumentation, un homme, le mystérieux Abu Moussab Al Zarqaoui, brusquement propulsé au statut de super-terroriste.
A ce moment son nom étant totalement inconnu, tant et si bien que le Secrétaire d'État se sentit obligé d'en faire une courte présentation: Zarqaoui, un Palestinien né en Jordanie, qui a lutté en Afghanistan en 2000 et dirigeait un camp terroriste. L'une de ses spécialités ainsi que celles de son camp terroriste étaient le poison et les armes chimiques. Quand notre coalition eut éliminé du pouvoir les Talibans, le réseau de Zarqaoui a aidé à la création d'un autre centre d'entraînement situé au Nord-Est de l'Irak spécialisé dans le maniement des armes chimiques et des explosifs. Le réseau apprend aux terroristes à fabriquer du ricin et d'autres poisons. Grâce à son réseau terroriste d'Irak, Zarqaoui conduit les organisations de tout le Moyen-Orient et d'autres régions. Depuis la fin de l'année dernière, les membres de ce réseau sont présents en Espagne, en France, en Italie et en Grande-Bretagne.
De petit moujahid anonyme, Al Zarqaoui est devenu en un jour une star du terrorisme international. La consécration est venue quelques semaines plus tard, quand le président Bush jr lui-même mentionna Al Zarqaoui, le qualifiant directement de l'homme le plus dangereux de la planète, après Oussama Ben Laden.

Terreur aux États-Unis


Après le discours de Colin Powell devant le Conseil de sécurité, l'opinion publique n'oublia plus le nom d'Al Zarqaoui. Le terroriste dont elle n'avait jamais entendu parler, devenait brusquement omniprésent sur tous les fronts. Le 8 février 2003, une alerte anti-ricin est déclenchée aux États-Unis. Dans une lettre expédiée à l'adresse de Bill Frist, le leader de la majorité républicaine au Sénat, on découvrit une poudre blanche suspecte. Immédiatement, les autorités avancent le nom de Zarqaoui, l'identifiant comme le possible cerveau de l'opération. La National Rewiew du 18 février 2003 fournit les arguments suivants: Il est bien connu que Zarqaoui, ingénieur biochimiste de son métier, et chef de l'organisation Al Qaïda, se cachait en Afghanistan, où furent trouvé des traces de ricin ainsi que d'autres poisons.

L'hystérie du ricin de Zarqaoui a ensuite été remplacée par autre chose. Le 13 février 2003, la chaîne de télévision ABC diffusait la nouvelle que le terroriste-fantôme réfugié en Irak y préparait une attaque à la bombe radioactive sur les États-Unis. Ceci avait lieu une semaine exactement après le discours de Colin Powell devant le Conseil de sécurité.
Aux États-Unis les autorités déclenchent l'alerte orange! Powell déclarait alors à la chaîne ABC: Il est facile pour un terroriste de nous griller tous avec une bombe radioactive fabriquée aux États-Unis. Je crois qu'il est sage que le peuple américain sache que cette possibilité existe. Pendant ce temps, la chaîne de télévision étasunienne alertait les hôtels, les boutiques, inondait les adresses de courriel, etc. Après cette annonce, des dizaines de milliers d'Américains se précipitaient acheter des masques à gaz, des couvertures de plastique, des bandes adhésives, etc. afin de se préparer à une éventuelle attaque.
Il est inutile de dire, qu'après l'occupation de l'Irak, les troupes de la coalition n'ont jamais trouvé une seule bombe radioactive, ni du ricin ni même une seule arme chimique de quelque type que ce soit.


La filière espagnole


Le mythe Al Zarqaoui a été renforcé par le Premier ministre espagnol, José Maria Aznar. Pendant que Colin Powell présentait le dossier Zarqaoui à l'ONU, Aznar déclarait le 5 février 2003 au Parlement espagnol qu'il existait des informations selon lesquelles l'Espagne pourrait être la cible d'attaques chimiques.
Selon Aznar et relaté par El Pais le 6 février 2003, Al- Zarqaoui aurait entretenu des liens avec Merouane Ben Ahmed, un expert en armes chimiques et en explosifs, auquel il rendit visite peu de temps auparavant à Barcelone. Plus encore, Aznar soutint devant la Chambre des députés que seize suspects d'Al Qaïda détenant des armes chimiques et des explosifs, avaient des relations avec le terroriste-fantôme, Al Zarqaoui.
L'information en sa totalité était fausse. Le Ministre espagnol de la Défense reconnut plus tard que les armes chimiques n'étaient, en fin de compte, que de banals détergents (cf. Irish News, 27 février 2003).
Ensuite, le 11 mars 2004, les attentats de Madrid sont survenus. Parce que les investigations de la presse espagnole ont exclu l'implication d'Al Zarqaoui, malgré tout, la CIA le présentait sans détour comme le principal suspect. L'hypothèse fut présentée sur CNN encore le 13 mars 2004. C'est-à-dire deux jours après l'attentat, quand l'enquête de la police espagnole avait à peine commencé. Un invité de CNN expliquait ce sur quoi il s'appuyait pour accuser Al Zarqaoui: J'ai intercepté son dernier mémorandum, le mois dernier, qui indiquait la continuation des actions contre lesMÉtats-Unis. Plus tard, l'argument fut repris, mais de manière plus nuancée. Selon la CIA, un groupe de marocains auraient été impliqués dans les attentats de Madrid. Ces Marocains auraient dû être en relation avec Al-Zarqaoui selon la découverte du journal The Australian du 24 mai 2004.


Période irakienne d'Al Zarqaoui


Le mystérieux Al Zarqaoui semble donc être un bonhomme fort occupé. Regardez-y de plus près, regardez ce qu'il a fait au printemps 2003. Depuis sa cachette irakienne, protégé du regard des équipes des inspecteurs de l'ONU qui quadrillaient le pays en long et en large, notre super-terroriste préparait du ricin pour sa correspondante américaine, se donnait du mal pour enterrer quelques bombes radiologiques, organisait et coordonnait son réseau criminel nouvellement étendu dans quatre pays européens et, pour couronner le tout, faisait l'intermédiaire entre Al Qaida et le régime de Saddam Hussein. Pas même l'invasion étasunienne de l'Irak ne réussit à freiner cette activité frénétique. Bien au contraire! Depuis, les faits qu'on attribue à Al Zarqaoui sont immenses, en premier lieu par leur nombre. Son nom est prononcé en liaison avec à peu près toutes les actions terroristes!
The Weekly Standard, revue proche des cercles néoconservateurs du groupe PNAC [Project for the new American Centurry : Projet pour le nouveau siècle américain], écrivait le 24 mai 2004: Al Zarqaoui a commandé non seulement l'assassinat de Nick Berg, mais encore le carnage de Madrid le 11 mars, le bombardement des Chiites en Irak le même mois, l'attentat kamikaze du port de Bassorah le 24 avril. Avant le 11 septembre 2001, il complotait afin de tuer des touristes israéliens et américains en Jordanie.

Abou Moussab Al Zarqaoui est devenu le nouveau génie du mal de l'islamisme, pendant que peu à peu on oubliait Oussama Ben Laden. La CIA a augmenté la récompense pour la capture de Zarqaoui de dix millions de dollars à trente millions de dollars. Une somme en accord avec son rang de super terroriste.
De manière étrange et malgré son implication dans de si nombreuses d'activités criminelles données comme assurées, Zarqaoui demeure un personnage fantomatique. Les informations qui le concernent continuent d'être très sommaires. Les responsables de la CIA ont reconnu dans la même livraison du Weekly Standard, que l'Agence ne dispose que d'une seule photographie dont ils supposent que c'est celle de Zarqaoui, et la Compagnie ne connait ni sa taille ni son poids!


La videocassette de l'exécution de Nicolas Berg


Au mois de mai 2004, Al Zarqaoui était accusé d'avoir fait décapiter Nicolas Berg après l'avoir pris en otage. Certains commentateurs n'ont pu s'abstenir de remarquer que cette exécution surmédiatisée est venue à point nommé pour Donald Rumsfeld. Au milieu du scandale de la prison d'Abou Ghraib, nombre de sénateurs étasuniens avaient demandé la démission du Secrétaire d'État à la défense qu'ils considéraient responsable (au moins moralement) des horribles abus qui se pratiquaient dans cette prison.

L'enregistrement vidéo de l'exécution de Nick Berg a créé dans l'opinion publique un courant d'indignation anti-irakienne qui pouvait distraire l'attention de deux questions importante. Le 11 mais 2004, CNN présentait un rapport mystérieux découvert sur un site islamique, rapport où l'on y accusait Zarqaoui d'avoir décapité Berg. Après deux jours, CNN annonçait : La CIA confirme que l'assassin de Nicholas Berg a bien été Al Zarqaoui.

La preuve: une videocassette intitulée "Abou Moussab Al Zarqaoui présente l'exécution d'un Américain". Dans l'enregistrement on voyait un individu masqué qui parlait l'anglais et dont les experts de la CIA disaient à l'unisson :C'est Zarqaoui!
Sirajin Sattayev dans Was Nick Berg killed by US intelligence? signalait une série d'absences de concordances dans la vidéocassette. Sattayev remarquait ainsi: Zarqaoui est jordanien. Or l'homme dans la vidéocassette ne parle pas avec l'accent jordanien! Zarqaoui est amputé d'un pied, or, pas un seul des deux pieds de l'homme présent sur la cassette ne présente cette anomalie. De plus, l'homme que l'on prétend être Zarqaoui porte une alliance jaune, probablement en or; or voilà ce qu'aucun islamiste fondamentaliste ne ferait parce que sa foi ne le lui interdit.
Immédiatement après la médiatisation de cette véritable bombe d'un Zarqaoui avec ses deux pieds, une alliance en or à l'annulaire, et qui parle l'anglais, la revue News and World Report du 24 mai 2004 affirmait: Les personnalités officielles et autorisées de l'information étasunienne, qui croyaient que Zarqaoui avait perdu un pied en Afghanistan, ont modifié récemment leur opinion, elles affirment maintenant que Zarqaoui possède ses deux pieds. Voilà qui change la situation.


Le mystère des otages en Irak


A la différence de Ben Laden, Zarqaoui n'a jamais fait une seule déclaration appelant à la guerre sainte contre les juifs ou les chrétiens (les croisés). Lors de sa déclaration devant le Conseil de sécurité de l'ONU, Colin Powell a oublié de mentionner deux faits importants: d'une part que Zarqaoui et son organisation Ansar Al Islam étaient opposés à Saddam Hussein, et, d'autre part, que les États-Unis n'ont manifesté aucun intérêt (alors qu'ils l'auraient pu) pour détruire sa base du Nord de l'Irak, dans une zone majoritairement habitée par les Kurdes. Pourquoi donc cela?
Depuis quand, en Irak, les prises d'otages apparaissent-elles comme moyens stratégique? Environ six mois après que la coalition dirigée par les États-Unis avaient occupé le pays. En mai 2004 (après environ un an d'occupation) Nick Berg est décapité. Suivent Eugene Armstrong et Jack Hensley au mois de septembre 2004, puis le Britannique Ken Bigley en octobre 2004.
Ce qui est frappant c'est le fait que parmi les otages de Zarqaoui on compte des personnages particulièrement déplaisants pour la coalition. Il est question d'hommes d'affaires suspectés de faire de l'espionnage, de journaliste de gauche ou indépendants qui relataient des faits allant à l'encontre des intérêts des forces d'occupation et qui n'avaient cure de la censure militaire, ou, enfin d'activistes d'organisations humanitaires indépendantes.
Par exemple, Nick Berg a été enlevé au moment où il était suspecté par la coalition de se déplacer clandestinement d'Irak en Iran. Selon les dires de son père, le FBI menait une enquête sur toute la famille Berg au États-Unis, cherchant des informations sur les voyages de Nick en Iran. Les relations de Giuliana Sgrena, la journaliste du Manifesto (journal communiste italien), n'était pas du tout favorable aux troupes d'occupation, rappelant sans cesse le génocide de Falloujah.

On peut en dire tout autant de Florence Aubenas, journaliste du quotidien de gauche [sic!] Libération. Les États-Unis n'encouragent à venir en Irak que les journalistes nommés correspondants de guerre, accrédités auprès des forces de la coalition. A ceux-là l'armées étasunienne fournit un uniforme, ainsi qu'une protection militaire; dans le casier de leur chambre d'hôtel, ils reçoivent notes et vidéocassettes contrôlées par la censure militaire. Comme pendant la guerre avec l'ex-Yougoslavie, ces très nombreux correspondants de guerre ne quittent guère leur hôtel pour envoyer à leur journaux les dépêches que leur fournit déjà composées l'armée des États-Unis.
Les autres journalistes, ceux qui font leur travail sans passer par la censure militaire, risquent de tomber dans les mains de Zarqaoui et d'être soit décapités soit l'objet d'une demande de rançon. L'idée n'est-elle pas d'instiller la peur chez les journalistes et les travailleurs des ONG indépendants (cf. le programme du Pentagone P2OG), afin de les inciter à demeurer éloignés des zones sensibles ?
Quelque soit le degré d'imprévisibilité de la situation en Irak, on ne peut être qu'étonné par la manière plus que bizarre employée par Al Zarqaoui pour atteindre ses cibles! Nombre de victimes des actions de son organisation n'avaient pas, a priori et de manière explicite, à se garder d'être pris pour cible par les terroristes islamiques.


10 000 dolars pour accréditer la fiction Zarqaoui


Le nom de Al Zarqaoui a été invoqué, en 2003, afin de justifier la guerre en Irak. Aujourd'hui, il est présenté comme le fer de lance de l'insurrection, motif avancé pour affirmer que la paix n'est pas pour le moment possible, et qu'ainsi les troupes de la coalition doivent repousser leur retrait et demeurer sur place. On attribue à l'organisation de Zarqaoui toutes sortes d'actions terroristes: des attentats à la voiture piégée, l'enlèvement, la prise d'otages et leur exécution. Tant d'actions diverses et si complexes qu'il semble difficile de croire qu'elles aient été dirigées par un seul homme. Le quotidien australien, The Age, a avancé une hypothèse intéressante: Al Zarqaoui n'existe pas. Ou, à tout le moins, le personnage flamboyant et hyperactif décrit par les services secrets étasuniens n'existe pas. C'est un personnage de fiction. The Age rapporte, sous couvert d'anonymat, le témoignage d'un officier des opérations psychologiques ["psy-ops"] de l'armée étasunienne. Celui-ci aurait déclaré au journal australien : J'ai payé jusqu'à 10 000 dollars des opportunistes et des criminels de droits commun pour qu'ils affirment ici et là, interrogés par des journalistes, le fait que Zarqaoui existe, faisant ainsi de lui le héros de chaque action terroriste en Irak.
Où donc est le vrai et où est le mensonge derrière la légende des nouveaux personnages du terrorisme? Ce personnage est-il fabriqué en totalité dans un laboratoire de la désinformation, ou, partant d'une base réelle, lui a-t-on grossi quelque peu les traits? Au moins pour ce qui concerne ses débuts dans la lutte islamique, la CIA devrait néanmoins en savoir beaucoup.
Les médias évitent de rappeler un fait extrêmement important: Al Qaïda est née en 1987, dans les camps islamistes du Pakistan comme organisation soutenue par la CIA et l'ISI (service de contre espionnage de l'armée pakistanaise) qui luttait en Afghanistan contre l'occupant soviétique. C'est pendant cette période que la CIA recrute Ben Laden. Lui, comme le jeune Zarqaoui, servait les intérêts des États-Unis contre l'ennemi de l'époque, l'Union soviétique. Ce fait a été même reconnu par l'ancien secrétaire d'État Colin Powell, le 5 février 2003 dans sa présentation des faits irakiens devant le Conseil de sécurité. Il existe une très riche documentation, systématiquement ignorée des grands quotidiens et des chaînes de télévision, quant à l'aide et au soutien accordés par la CIA durant ces années à Al Qaida. Des personnages politiques de première grandeur comme Colin Powell et Richard Armitage se sont alors directement impliqués afin de canaliser les efforts des insurgés islamistes en Afghanistan. De ce fait, il faut conclure que tant Oussama Ben Laden qu'Abou Moussab Al Zarqaoui ont été de pures créations de la CIA.

Un nouvel argument se fait jour présentement chez les néo-conservateurs, à savoir qu'Al Zarqaoui serait financé par l'Iran! C'est pourquoi on insiste sur le fait que ce pays serait dès lors mis sur la liste des pays de l'axe du mal par Washington.
Ainsi l'époque d'Al Zarqaoui ne semble pas prête de s'achever. Il se pourrait donc que le terroriste-fantôme soit utilisé aussi contre l'Iran.

La Résistance irakienne et la France


Une interview de Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes. Source : Que Faire ? perspectives pour la République sociale, 16 juillet 2005. URL : http://perso.wanadoo.fr/quefaire/Principal/Interview%20AFI.htm#haut


L'association des Amitiés franco-irakiennes (AFI) a été fondée en 1985 par l'orientaliste Jacques Berque et des personnalités françaises favorables à la politique arabe de la France.
Cette association a apporté son soutien à l'Irak dans son conflit avec l'Iran - qui avait éclaté quelques années plus tôt ­ puis s'est opposée à la participation de la France à la guerre du Golfe de 1991. Elle a ensuite milité pour la levée de l'embargo imposé à l'Irak et dénoncé ­ preuves à l'appui et sur le terrain - le mensonge des armes de destruction massive. Lors de son assemblée générale en juin 2003, il a été décidé de soutenir la résistance irakienne, sans exclusive.
Gilles Munier est secrétaire général des AFI depuis 1986, il est l'auteur d'un guide politico- touristique de l'Irak, traduit l'an dernier en américain [1]

Question : Depuis la victoire autoproclamée des envahisseurs que pensez-vous de la position de la France vis-à-vis du « gouvernement » irakien ?

La prise de position de la France et le discours de Dominique de Villepin aux Nations unies sont maintenant de l'histoire ancienne. Les Irakiens nous sont reconnaissants du geste mais regrettent que Jacques Chirac n'ait pas eu alors le courage de réclamer un vote de l'ONU qui aurait peut être empêché les États-Unis et la Grande-Bretagne d'agresser l'Irak.
Les Irakiens nous reprochent d'avoir rétabli nos relations diplomatiques avec leur pays sans attendre le départ des troupes US et d'avoir accepté de former des policiers irakiens dans le cadre de l'OTAN.
Ils trouvent aussi que nous avons oublié un peu vite la proposition faite l'an dernier par Michel Barnier d'inviter la résistance à participer aux conférences internationales organisées pour discuter de l'avenir du pays.
Il existe un courant dit anti-français dans la résistance, c'est-à-dire qui accuse Paris de double jeu, d'hypocrisie. Ses membres mettaient déjà en doute la sincérité de la politique française à l'époque de l'embargo. La résolution 1559 contre la Syrie - inspirée par la France - et les pressions franco-américaines sur ce pays, sont perçues par les nationalistes arabes radicaux et par les islamistes comme des trahisons. Ce n'est pas l'annonce toute récente par le Washington Post de l'existence à Paris depuis 2002 d'un centre secret d'espionnage CIA-DGSE, baptisé « Alliance Base », qui va les faire changer d'avis. Bien au contraire.

Q: De quelles tendances politiques se compose la résistance irakienne ?

La résistance irakienne comprend des patriotes de toutes les tendances politiques, de toutes les ethnies et de toutes les tribus ou communautés religieuses existant en Irak. Ses principales composantes sont baasistes, islamo-baasistes et islamiques d'obédience sunnite, chiite ou soufie. Il ne faut pas négliger la participation dans ses rangs de nassériens, de communistes, et de Kurdes : tous ne sont pas derrière Barzani et Talabani, loin de là.

Q : Selon vous peut-on dire que la résistance irakienne est unie ?

Oui, unie sur un objectif : bouter les Anglo-saxons et leurs supplétifs locaux hors d'Irak ! Il existe bien une amorce de Conseil National de la Résistance présidé par Izzat Ibrahim Al Douri, mais il s'agit pour l'instant d'une coordination décentralisée [2]. On ne peut pas comparer la résistance irakienne à celle des Vietnamiens ou des Algériens, car les moyens dont disposent les États-Unis pour l'annihiler sont considérables. Les cellules combattantes sont donc autonomes. Elles le resteront le temps qu'il faudra pour contrecarrer tout risque d'infiltration.

Q : Le Parti Baas a-t-il encore une existence politique en dehors du « triangle sunnite » ?

Le Parti Baas n'était pas uniquement composé de sunnites ou de tikritis. Les chiites y étaient nombreux. Il suffit pour s'en convaincre de connaître l'appartenance religieuse des dirigeants regroupés dans le « jeu de cartes ». Après l'agression, dans les régions à majorité chiite, on a assisté à de véritables chasses à l'homme pour éliminer les Irakiens soupçonnés d'être baasistes. Des familles entières ont été massacrées par la Brigade pro-iranienne Badr et les nervis d'Ahmed Chalabi. Depuis, heureusement, la peur a changé de camp. Les collabos rasent les murs. Oui, le Parti Baas est présent en dehors du « triangle sunnite ».

Q : Pourquoi le Parti Baas n'apparaît-il pas ouvertement comme organisation de lutte ?

Pour des raisons tactiques évidentes. La guerre de libération doit être celle du peuple irakien tout entier, pas d'un parti. Mais, il existe un Parti Baas clandestin et des cellules dormantes baasistes partout dans le pays.
Si les baasistes sont la colonne vertébrale de la résistance, c'est parce ce que les dirigeants irakiens ont eu 13 ans pour préparer leur peuple au combat. Saddam Hussein et des généraux triés sur le volet ont choisi et formé des hommes et des femmes puisés dans le vivier de l'Armée d'Al Qods, dans les rangs des Fedayin, de la Garde républicaine, ou des moukhabarat [services de renseignement].

Q : Selon vous les partis chiites pro-iraniens peuvent-ils se soulever contre les occupants ?

Oui, si l'Iran est agressé par les États-Unis ou par Israël. L'Ayatollah Al Sistani, Abdul-Aziz Al Hakim - chef du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak - et Ibrahim Al Jaafari d'Al Dawa, pourraient profiter de l'occasion pour se laver des accusations portées contre eux par la résistance.
Il ne faut pas croire que la résistance est absente dans le sud. Il y a des embuscades et des attentats presque tous les jours du côté de Nassiriya ou de Bassorah.

Q : Que devient la faction de Moqtada Al-Sadr ?

Sous l'ombrelle américaine, le clan qui dirige aujourd'hui l'Irak est composé d'Irakiens d'origine persane ou tout simplement d'Iraniens enrôlés dans la Brigade Badr.
Le réveil des chiites que l'on vient d'évoquer profiterait plus à des dirigeants comme Moqtada Al-Sadr, Jawad Al-Khalissi, ou l'Ayatollah Al-Baghdadi qui sont Arabes et patriotes. L'Armée du Mehdi créée par Moqtada Al-Sadr s'est réorganisée. Elle est présente partout. Ce n'est plus une faction, mais une des composantes majeures du mouvement de libération nationale.

Q : Avant les élections certains comptaient sur un retour politique du Parti communiste irakien, pourquoi a-t-il fait un score si ridicule ? Les scores ont-ils été proportionnels au nombre de miliciens ?

Les élections législatives étaient une vaste mascarade [3]. Le retour du Parti communiste irakien était impossible car il est complètement discrédité ! Depuis la guerre du Golfe de 91, et surtout depuis la disparition de l'Union soviétique, il joue carrément la carte américaine. Les Américains n'ont besoin de soi-disant communistes que pour calmer certaines revendications sociales notamment la colère des ouvriers du pétrole.
Heureusement, des communistes ont fait scission et rejoint la résistance. Il existe un Parti Communiste irakien (Cadres de base) et un Parti communiste irakien ­ Front patriotique qui luttent dans la clandestinité avec des groupes nassériens.

Q : Selon vos sources, le chiffre des pertes américaines (environ 1700) est-il sous-évalué ? Et si oui, de combien ?

Le chiffre des pertes est nettement sous-évalué. Le Pentagone ne prend pas en compte les GI's d'origine étrangère, c'est-à-dire ceux qui se sont engagés dans l'espoir d'obtenir la nationalité américaine à leur démobilisation. Il ne prend pas en compte, non plus, les blessés décédés dans les hôpitaux des bases US en Allemagne ou ailleurs. Au chiffre des pertes militaires, il faudrait aussi ajouter celui des mercenaires, les « contractors », qui avoisinent les 400 morts.
En fait, le nombre des victimes US serait d'environ 9000 morts. Si on le compare aux pertes enregistrées au début de la guerre du Vietnam, c'est énorme. Et encore, il ne s'agit que d'une estimation [4].
En ce qui concerne le nombre des civils irakiens tués par les Américains et leurs supplétifs depuis avril 2003, le Dr. Hatim Al-Alwani qui dirige à Bagdad l' « Organisation humanitaire irakienne », estime leur nombre à 128 000 personnes [5]. Il affirme que 55% d'entre eux seraient des femmes et des enfants de moins de 12 ans.

Q : Existe-t-il en Irak des combattants étrangers non islamistes ?

Oui, bien sûr, comme il y avait des combattants d'autres pays arabes dans les maquis algériens, ou des communistes et des anarchistes venus du monde entier dans les rangs républicains en Espagne. Mais, ils ne sont pas très nombreux.

Q : La nomination d'un porte-parole (Ibrahim Youssef al Chammari) de plusieurs groupes de résistance irakiens est-elle crédible ?

C'est de la désinformation, même s'il existe des « discussions secrètes » entre membres des services secrets américains et personnalités proches de la résistance. Le 4 juillet dernier, Abou Jandal Al-Chammari, commandant en chef de l'Armée des Moudjahidine, a signalé qu'Ibrahim Youssef Al-Chammari ne représente pas son organisation. C'est soit un affabulateur, soit un agent américain.
On parle de négociation, mais qu'y a-t-il à négocier ? Uniquement le départ d'Irak des forces américaines et de leurs supplétifs. Et encore, nombreux sont les patriotes irakiens qui rêvent d'infliger aux États-Unis une défaite en rase campagne et de passer par les armes leurs collaborateurs locaux !

Q : Les États-Unis peuvent-ils encore atteindre leurs objectifs en Irak ?

Certains, peut être, comme par exemple : donner aux colons israéliens quelques dizaines d'années de plus en Palestine, créer un État kurde, privatiser le pétrole, partager provisoirement l'Irak, mettre la main sur l'alimentation de la région en eau. Il s'agit de victoires à la Pyrrhus, d'une fuite en avant.
Le projet américain de « Grand Moyen-Orient » est synonyme de chaos. Sa poursuite provoquera des répercussions terribles en Europe. Les attentats de Londres ­ après ceux de Madrid - sont un aperçu de ce que devient la mondialisation des guerres de libération. La France et l'Europe doivent choisir leur camp. À l'évidence, ce n'est pas celui des néo-conservateurs américains.

Notes :

[1] « Guide de l'Irak » (2000 - Jean Picollec Editeur), « Iraq, an illustrated history » (2004 ­ http://www.interlinkbooks.com/BooksI/Iraq.html
[2] Al Moqawama, la résistance irakienne : http://www.iraqtual.com/divers/flash/2004-12-07-AFI-FLASH-38.pdf
[3] - La mascarade électorale : http://www.iraqtual.com/divers/flash/2005-01-04-AFI-FLASH-39.pdf
- La journée des dupes : http://www.iraqtual.com/divers/flash/2005-02-11-AFI-FLASH-41.pdf
[4] Iraqi civilian casualties (UPI): http://www.uruknet.info/?s1=1&p=13663&s2=14
[5] 9000 dead GIs in Iraq? http://www.uruknet.info/?p=12306