L'Algérie confirme la mort de ses
deux diplomates en Iraq
L'Algérie confirme l'exécution de deux de ses diplomates
par l'organisation Al Qaïda en Irak, qu'elle promet de poursuivre
"de sa froide détermination".
"Les preneurs d'otages ont lâchement assassiné nos
deux représentants à Bagdad, Ali Belaroussi et Azzedine
Belkadi, mettant ainsi à exécution leurs ignobles menaces
malgré tous les appels et exhortations lancés de partout
pour leur libération", déclare la présidence
algérienne.
Dans un communiqué diffusé sur internet, l'organisation
du Jordanien Abou Moussab Zarkaoui avait auparavant annoncé l'exécution
mercredi des deux diplomates algériens enlevés la semaine
dernière parce que leur gouvernement soutenait les Etats-Unis.
"Vos frères de l'Organisation Al Qaïda en Irak (...)
ont tué Ali Belaroussi, le chef de la mission algérienne,
et Azzedine Belkadi", dit ce communiqué, qui n'est accompagné
d'aucun document vidéo ni de photos et n'a pas pu être
authentifié dans l'immédiat.
"(L'Algérie) avait envoyé ces deux apostats en Irak
en tant qu'alliés des juifs et des chrétiens", affirme
le groupe.
"L'Irak ne sera pas un refuge pour les ennemis de Dieu. Ne vous
avons-nous pas mis en garde contre votre alliance avec l'Amérique
?", ajoute-t-il.
"L'ALGÉRIE SE SOUVIENDRA"
Le cabinet du président algérien Abdelaziz Bouteflika
a prévenu que "l'Algérie se souviendra" de ces
assassinats.
"Elle poursuivra de sa froide détermination ceux qui ont
osé s'attaquer si scandaleusement aux enfants d'un pays qui a
tant fait pour lutter aux côtés du peuple irakien dans
sa quête de sa souveraineté, de son unité nationale,
de son intégrité territoriale, comme de la paix et de
la justice", insiste la présidence algérienne.
A Alger, le personnel du ministère des Affaires étrangères
a observé une minute de silence après l'annonce de l'assassinat.
Le chef de la diplomatie algérienne, Mohamed Bedjaoui, devait
rencontrer les familles d'Ali Belaroussi et d'Azzedine Belkadi.
L'Algérie, qui avait exprimé l'espoir d'obtenir la libération
de ses diplomates, s'est opposée à l'occupation de l'Irak
mais est devenue ces dernières années un allié
de Washington dans la guerre contre l'activisme islamique. Des partis
politiques algériens, y compris des formations islamiques légales,
avaient réclamé ce mercredi la libération des deux
hommes en déclarant les exécutions contraires à
l'islam et à l'unité arabe.
Mardi, la branche irakienne du réseau Al Qaïda avait diffusé
une vidéo montrant Belaroussi et Belkadi les yeux bandés.
Le groupe avait menacé de les exécuter en affirmant qu'ils
représentaient un "gouvernement infidèle" et
en ajoutant qu'il réservait le même sort "aux ambassadeurs
et aux représentants de tous les gouvernements infidèles".
L'organisation de Zarkaoui avait revendiqué samedi le rapt de
Belaroussi, 62 ans, qui vivait à Bagdad depuis deux ans avec
sa famille, sans mentionner cependant Belkadi, qui était âgé
de 47 ans.
A la suite de leur enlèvement, Alger a rappelé lundi son
dernier diplomate encore en poste à Bagdad.
Depuis le début du mois, la branche irakienne d'Al Qaïda
a annoncé l'exécution d'Ihab al Chérif, chef de
la mission diplomatique égyptienne enlevé à Bagdad,
et les représentants diplomatiques du Bahreïn et du Pakistan
ont été visés par des tirs.
Ces attaques à répétition contre les représentations
diplomatiques sont un revers pour le gouvernement irakien, qui craint
d'assister à un exode des personnels diplomatiques de Bagdad.
Source : Reuters, 27 juillet 2005
Essoumaâ !
par Hakim Laâlam, laalamh@yahoo.fr, le Soir d’Algérie,
27 juillet 2005. Source : www.lesoirdalgerie.com
«Transferts de fonds. Muté en Kabylie, un chauffeur de
fourgon blindé se …»
…suicide
Stop ! Il faut qu’on m’explique : des gens,
dont c’est tout à fait le droit du reste, n’ont pas
arrêté de nous expliquer ces dernières années
que l’Algérie, depuis le 16 avril 1999 à l’aube,
dès l’apparition du premier rayon de soleil, a subitement
et farouchement retrouvé sa «soumaâ» au plan
international, sa crédibilité et sa place dans le concert
des nations. Aujourd’hui, les mêmes gens s’insurgent
du fait que le rapt de deux diplomates algériens en Irak ne soit
pas médiatiquement traité comme il se doit ou soit juste
balbutié en entrefilets dans les journaux, radios et télévisions
du monde. Faudrait savoir, les amis ! Soit nous avons recouvré
notre aura d’antan et auquel cas, nous n’avons même
pas besoin de rappeler à l’opinion internationale que deux
de nos diplomates sont entre les mains de Zarkaoui. Soit, dans l’échelle
des faits d’actualité, nous n’avons pas su faire,
hélas, de telle sorte que cette dramatique prise d’otages
soit en prime time de l’actualité mondiale. Et qu’on
ne vienne surtout pas me dire que l’Algérie préfère
travailler dans la discrétion. Lorsque la discrétion prend
les traits d’un mutisme stupéfiant de la cellule de crise,
il y a de quoi se demander si l’on a bien tiré les leçons
des précédentes prises d’otages et de la nécessité
de faire campagne active autour de ce double rapt. Bon Dieu ! Je ne
peux m’expliquer que pour un obscur forum sur «les mécanismes
endogènes à mettre en œuvre d’ici 2008 pour
harmoniser la coordination entre pays du Nepad», des avions s’affrètent
en deux temps trois mouvements, que pour recevoir le «sous-sous-sous-en-dessous
secrétaire adjoint américain chargé de la réforme
des autoroutes et bretelles de voies express», on mobilise tout
Alger, on bloque tous les carrefours de la capitale et on en ponde une
news de 12 minutes au 20 heures de l’Unique, alors que, pour le
sort de deux des nôtres, l’on ne soit même pas capable
de placarder leurs deux portraits géants sur le fronton de l’Assemblée
ou du Sénat ou plus simplement que l’on autorise des gens
à manifester en faveur de la libération des deux diplomates
sans invoquer les restrictions au droit de se regrouper à plus
de trois personnes dans la capitale. Il y a comme ça des énigmes,
des inexpliqués, des blancs… M’enfin ! Restons, bien
sûr, sur l’essentiel aujourd’hui : aura internationale
ou pas, «soumaâ» retrouvée ou pas, accrochons-
nous à l’espoir de revoir parmi nous nos deux diplomates.
Et fumons du thé pour rester éveillés, le cauchemar
continue.
Diplomates algériens
sacrifiés pour les intérêts de Bush
Ouardia Yahiaoui, 27 juillet 2005
L’auteure est une poétesse militante algérienne
qui vit en région parisienne.
Bouteflika, arrêtez donc d'envoyer des Algériens
mourir pour Bush et ses intérêts.
L'Irak est en guerre, qu'avait-on besoin d'y ouvrir une Ambassade algérienne
?
Tous ces enfants sans soins, opérés sans anesthésiant,
tous ces enfants mutilés : que reste-t-il de notre honneur ?
Pourquoi mourir pour ceux qui hier expliquait que "les
ennemis de leurs ennemis étaient leurs amis" pour justifier
leur aide à Saddam Hussein ?
Sommes-nous les amis des USA ou seulement les ennemis
de ses ennemis.
Le crime, l'exécution de diplomates est une
barbarie, mais Bouteflika au bout de 200 000 carotides tranchées
dans le silence complice et coupable d'une bonne partie de l'Occident,
c'est à l'exécution de 2 agneaux envoyés au sacrifice
à Bagadad occupée que vous découvrez la barbarie
?
Qu'a-t-on besoin d'aller porter secours à ceux
qui ont aiguisé les couteaux des GIA pendant 10 ans ?
Qu'a-t-on besoin d'aller boire le sang et manger la
chair des Irakiens ?
Sommes-nous si bas ? Sommes-nous si petits ? Mangeons
des pissenlits s'il le faut, buvons l'eau de mer, buvons à même
le caniveau même mais ne devenons pas la poubelle de l'Occident.
Déjà cette façon d'expulser tout
Algérien qui commet une infraction vers Alger m'agace : un Algérien
qui réussit on le naturalise, celui qui rate tout et devient
un bandit on le renvoie en Algérie.
L'Algérie ne doit pas être la décharge
de Bush ou de Chirac. L'Algérien le plus tordu même ne
doit en aucun cas être sacrifié pour les intérêts
d'un nation
étrangère.
Ces deux hommes auraient dû rester en Algérie
à s'occuper de leur famille et non à Bagdad à brasser
la paperasse tamponnée par Washington.
A quoi ça sert d'avoir pris son Indépendance
si c'est pour devenir un vassal des USA ?
L'Algérie me fait rarement honte, mais là
j'ai honte : il aura fallut l'enlèvement et l'assassinat de ces
deux hommes pour que j'apprenne que l'Algérie a ouvert une Ambassade
en Irak occupé. Là où les hommes et les femmes
sont massacrés, torturés et violés, on a renié
son honneur au point d'aller ouvrir une Ambassade.
Si j'allais à Bagdad demain ce serait juste
pour retirer le drapeau algérien qui y flotte car c'est la marque
des lâches et des sans honneurs.
Si l'Irak s'était conduit aussi lâchement
pendant la guerre d'Algérie, si les Irakiens avaient été
aussi bas que nous pendant la guerre d'Algérie, alors le drapeau
irakien aurait flotté dans les cieux d'Alger de 1954 à
1962.
C'est triste pour la famille de ces deux hommes mais
c'est triste aussi pour les Irakiens de mourir tous les jours et de
ramasser les cadavres de leurs enfants innocents. Jean Sénac
tu avais raison : "ils ont mangé leur nif ,et commence maintenant
à ronger le drapeau algérien tant ils ont soif de déshonneur".
Honteuse Algérie qui pleure ses deux diplomates
quand l'Irak entière est à moitié morte. Pour nous
moquer des Irakiens qui hier offraient des bourses d'études aux
étudiants algériens, nous avons singé les USA.
Bouteflika avait déclaré lors de la capture
de Saddam Hussein "je fais partie d'une culture où l'on
ne plante pas le couteau dans le flanc du chameau quanq il est à
terre". Sauf que le chameau Boutef c'est toi et que le couteau
tu l'as mis dans le dos de ton Peuple et du Peuple irakien.
30 ans après la fin de
la guerre du Vietnam, Jane Fonda remet ça contre la guerre d’Iraq
La belle Jane Fonda, fille et soeur d’acteurs de cinéma,
est une star vieillissante qui ne faisait plus parler d’elle depuis
quelques années. Son mariage avec le milliardaireTed Turner,
le boss de CNN, l’avait apparemment assagie. Le temps semblait
fini de sa liaison avec le démocrate de gauche Gerry Brown, opposé
à la guerre du Vietnam. À cette époque, elle avait
fait scandale, en 1972, en posant devant une batterie de DCA nord-vietnamienne
durant une tournée de campagne pour mettre fin à l’agression
US au Vietnam.
Eh bien, voilà que Jane a décidé de faire son “coming
out” contre la guerre d’Iraq : à partir du mois de
mars, elle va être la grande vedette d’une tournée
en bus organisée à travers les USA avec sa fille, des
vétérans de la guerre d’Iraq et des familles de
soldats US. Le message qu’elle va envoyer depuis ce bus, qui uutilisera
du carburant végétal, sera simple : les USA doivent mettre
fin à leur intervention en Iraq.
Lorsque Jane Fonda a annoncé ce projet à Santa Fé,
lors d’une soirée de promotion de son nouveau livre, “My
Life So Far” (“Ma vie à ce jour”), le public
nombreux a éclaté en ovations et applaudissements. Elle
a précisé : « Je ne peux encore donner aucun détail,
je peux seulement dire que ça va être joliment excitant
(“pretty exciting”). »
On pourrait peut-être suggérer à la star de réaliser
une vidéo avec une autre grande star, Abou Moussab Al Zarqaoui...
Deux diplomates algériens ( sbires fidèles
de la junte d’Alger) condamnés à mort par “Al
Qaïda”
Al-Qaïda en Irak a annoncé mardi avoir condamné à
mort les deux diplomates algériens enlevés la semaine
dernière à Bagdad. Toutefois, la vidéo diffusée
sur Internet par le groupe du Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui ne
montre pas l'exécution des otages.
L'Algérie n'a pas réagi dans l'immédiat mais, selon
l'agence de presse officielle APS qui cite "une source informée",
le dernier diplomate algérien qui se trouvait encore à
l'ambassade d'Algérie dans la capitale irakienne, Bachir Belhadj,
ainsi que l'épouse d'Ali Belaroussi, le chargé d'affaire
enlevé jeudi dernier en compagnie de son collègue Azzedine
Belkadi, ont été rapatriés vers Alger avant mardi.
Sur la vidéo des terroristes, on peut voir Ali Belaroussi et
Azzedine Belkadi, les yeux bandés, décliner séparément
devant la caméra leur identité et leur âge, respectivement
62 et 47 ans, ainsi que leur adresse en Algérie. Dans un bref
communiqué annonçant cette vidéo sur un site Web
islamiste, Al-Qaïda en Irak précise que ces images représentent
"une partie de leurs (celles des diplomates) confessions"
et qu'il en "fournira davantage, si Dieu le veut".
Le groupe affirme en outre dans ce message non authentifiable signé
du nom d'Abou Maysara al-Iraki, un porte-parole d'Al-Qaïda, que
son "tribunal" a condamné les captifs lundi, sans préciser
par quel moyen ils seront tués.
"Le tribunal d'Al-Qaïda en Irak a décidé de
mettre en oeuvre le verdict de Dieu contre les deux diplomates du gouvernement
algérien apostat (...) et a ordonné de les tuer",
écrit-il, ajoutant que "ce sera le sort des autres diplomates
et représentants du reste des gouvernements infidèles.
Il n'y a d'autre destinée pour eux que d'être tués".
Le mouvement terroriste, qui assimile toute présence diplomatique
en Irak à une caution au nouveau régime ainsi qu'à
la présence américaine au Pays des deux fleuves, a revendiqué
la responsabilité d'attentats et d'enlèvements visant
les diplomates de plusieurs pays arabes, dont l'ambassadeur d'Egypte
Ihab al-Chérif, capturé le 2 juillet. Son exécution,
annoncée par le groupe qui a revendiqué plusieurs décapitations
par le passé, n'est pas prouvée.
Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi sont tombés jeudi dernier
avec leur chauffeur dans un guet-apens tendu par des individus armés
dans le quartier huppé de Mansour, dans l'ouest de Bagdad, selon
la police et les autorités algériennes. Lundi, le ministère
irakien de l'Intérieur a déclaré détenir
deux personnes qui devraient répondre à des questions
liées à cet enlèvement.
Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC),
organisation algérienne liée à celle d'Oussama
ben Laden, a exprimé plusieurs jours après sur un site
Web sa "joie et son bonheur" de savoir les diplomates enlevés.
Il accuse Alger de soutenir "le gouvernement renégat d'Irak
et l'alliance des croisés dans la lutte contre les moudjahidines".
L'Algérie n'est pas le premier pays musulman visé par
Al-Qaïda en Irak. Après l'enlèvement de l'émissaire
égyptien Ihab al-Sherif, âgé de 51 ans, la police
irakienne a qualifié de tentatives d'enlèvement des coups
de feu tirés sur des envoyés du Pakistan et du Bahreïn.
Ces attaques semblent destinées à isoler de ses voisins
le gouvernement irakien à dominance chiite, au moment où
il tente d'avancer sur le plan politique.
La "commission législative" d'Al-Qaïda a ainsi
dénoncé, dans un communiqué diffusé sur
le même site que les revendications, le référendum
qui doit être organisé deux mois après l'approbation
de la nouvelle Constitution par le Parlement d'ici au 15 août.
Cette consultation serait "un acte infidèle et une apostasie",
estime l'organisation terroriste. Source : AP, 26 juillet
Source : AP, 26 juillet 2005
Un pied ou deux ?
Le nouveau super-héros du terrorisme
islamique : Abou Moussab Al Zarqaoui, entre vérité et
légende
par
Vladimir Alexe, Ziua (Le Jour), Bucarest, 9 juillet 2005. Traduit du
roumain par Alexandre Pondu
Au cours des quatre dernières années, le terrorisme a
connu une croissance exponentielle au niveau planétaire. D'un
phénomène périphérique, il est devenu rapidement
un risque pour la sécurité, le cauchemar de toutes les
sociétés, démocratiques ou non. Dans ce contexte
sont apparues aussi des super-stars du terrorisme. Le premier mauvais
génie du fondamentalisme islamique fut Oussama Ben Laden. Or,
à présent, ce dernier risque d'être détrôné
par un nouveau personnage, considéré comme aussi malfaisant,
mais bien plus mystérieux: Abou Moussab Al Zarqaoui. Personnage
dont le nom était totalement inconnu voici encore trois ans,
mais auquel, désormais, on attribue le rôle de leader de
l'insurrection irakienne, le maître d'oeuvre des opérations
terroristes contre les États-Unis et l'Europe. On en dit tant
sur des événements si complexes qu'au bout du compte il
semble plutôt être le héros de contes populaires
qu'un homme fait de chair et de sang. Il y a des analystes qui soutiennent
qu'il s'agit d'un mystérieux Jordanien d'origine palestinienne:
une légende dont verra qu'elle semble avoir été
créée à des fins propagandistes.
La guerre contre le terrorisme, caractérisée par le président
Bush jr comme la guerre du droit, définit le bien et le mal sur
la Terre, ce qui fait des chefs mondiaux du terrorisme les incarnations
immédiates du mal. Les campagnes de propagande ont donc pour
rôle de maintenir vivant dans l'esprit des citoyens étasuniens
la menace terroriste. La création de certains personnages, de
certains mythes du terrorisme universel comme Oussama Ben Laden (ancien
agent de la CIA) ou, présentement, celle de Abou Moussab Al Zarqaoui,
sans cesse poursuivis, mais jamais pris par le Pentagone, ont pour rôle
d'authentifier, de personnaliser une guerre qui a permis, au bout du
compte, d'élargir considérablement la sphère d'influence
directe des États-Unis.
Afghanistan: les débuts
Michel Chossudovsky écrit dans son ouvrage intitulé, The
Pentagon's New Terrorist Mastermind, que les agences d'information et
de contre-espionnage étasuniennes ont constitué depuis
lontemps leurs propres organisations terroristes; une série d'organisations
islamistes ont agi et agissent toujours conformément à
un plan secret, pour, créer les occasions et justifier au meilleur
moment l'intervention de l'armée des États-Unis. Toujours
selon Chossudovsky, cette organisation fonctionnerait exactement comme
les deux bras d'un corps humain, où le gauche crée les
conditions de l'intervention du droit. Il existe donc un cerveau qui
coordonne le tout. Et l'auteur de rappeler que le mouvement islamico-terroriste
que chasse présentement Washington a été, à
ses débuts, une pure création étasunienne!
Comment les États-Unis ont-ils donc inventé le mouvement
islamico-terroriste? C'est justement Zbigniew Brzezinski qui nous le
dit dans une interview donnée dans la livraison du 15-21 janvier
1998 du Nouvel Observateur. L'ancien conseiller pour les problèmes
de défense nationale du président Jimmy Carter dévoile
-et c'est un scoop - que l'intervention de la CIA en Afghanistan a précédé
l'invasion soviétique de 1979. Il dit: Selon la version officielle
de l'histoire, la CIA aurait soutenu le mouvement des Moujahidine à
partir de 1980, c'est-à-dire après l'intervention armée
soviétique qui envahit l'Afghanistan le 24 décembre 1979.
En réalité, c'était un secret gardé jusqu'à
présent, mais les choses se sont déroulées de manière
totalement différente. Le 3 juillet 1979, le président
Carter a signé la première directive secrète pour
aider les opposants au régime prosoviétique de Kabul.
Le but était de créer un Vietnam pour l'armée et
l'économie soviétiques. Dans le cadre de ce plan secret,
les États-Unis financèrent, entraînèrent
et armèrent substantiellement des milliers d'islamistes amenés
de divers pays et de divers continents au Pakistan voisin. La prestigieuse
revue Covert Action Quaterly qui a publié dans ses dernières
livraisons le sommaire des événements du 11 septembre
2001 et l'évolution du phénomène du terrorisme,
fait un bilan inquiétant: l'administration Carter a créé
les islamistes en Afghanistan et en Iran; l'administration Reagan a
étendu cette sinistre collaboration avec les islamistes du Soudan;
l'administration Bush senior a intensifié la collaboration avec
les islamistes d'Afghanistan et du Soudan; tandis que l'administration
Clinton a soutenu les islamistes d'Albanie, d'Algérie, de Bosnie,
de Tchétchénie, d'Irak et de Libye.
D'un point de vue géostratégique, Oussama Ben Laden est
le meilleur ami du président Bush. Qu'aurait fait Bush sans Ben
Laden se demande Mike Ruppert, avec derrière lui trente ans d'expérience
de missions secrètes, dans son ouvrage Crossing the Rubicon?
Les conclusions de l'auteur vont très loin: Je crois, dit-il,
que Ben Laden a été et demeure toujours un agent de la
CIA, du gouvernement des États-Unis et de Wall Street. Cela expliquerait
pourquoi le terroriste le plus pourchassé de la planète
n'a jamais été pris. Mais, depuis janvier 2003, un autre
mythe du terrorisme international est apparu sur la scène internationale:
le mythe du prétendu Abu Moussab Al Zarqaoui, que personne n'avait
connu jusqu'à cette date-là. Qui est donc ce Zarqaoui?
Biographie brouillée d'un terroriste obscur
Jusqu'au mois de janvier 2003, on entendait très peu parler de
Abou Moussab Al Zarqaoui. Illustre inconnu, il est devenu en un laps
de temps très court, le terroriste le plus célèbre
de la planète. Cependant sa biographie est entourée d'un
mystère où il est très difficile de séparer
l'aspect légendaire de la réalité. La légende
pourrait être attribuée à l'imaginaire populaire,
mais, aussi, à la propagande gouvernementale. Avec les réserves
de rigueur, voilà à peu près les principaux événements
qui, dit-on, auraient marqué jusqu'à aujourd'hui l'existence
de Abou Moussab Al Zarqaoui.
Il est né voici trente-huit ans dans la localité de Zarqa,
en Jordanie, d'une famille pauvre de neuf enfants. Sa famille appartient
à la tribu bédouine Bam Hassan, la plus grande et la plus
religieuse des tribus hachémites du royaume de Jordanie. Il est
né portant le nom de Ahmed Fadil Hamdan Khalaila, qu'il changea
plus tard en Abou Moussab Al Zarqaoui, d'après le nom du village
natal de son père.
A l'âge de douze ans, Abou Moussab a été mis à
la porte de l'école et à trouvé refuge dans les
camps palestiniens à la périphérie d'Amman. Il
avait environ vingt ans quand il est parti lutter en Afghanistan contre
l'occupant soviétique. Là-bas il a inventé une
manière de faire des bombes artisanales. Ensuite, il est parti
s'entraîner dans un camp de moujahidine venus de divers pays musulmans,
et c'est en 1990 que Zarqaoui revint en Jordanie. Au mois de décembre
1999 le nom de Zarqaoui est prononcé lors de l'attaque de l'Hôtel
Radisson SAS d'Amman. Le complot ayant été déjoué
par la police hachémite, Zarqaoui fut jeté en prison,
puis gracié. Au sortir de prison il s'enfuit au Pakistan, puis
retourne en Afghanistan. En 2002, Zarqaoui lutte avec les Talibans contre
les forces étasuniennes. On dit que pendant une embuscade il
a été gravement blessé à un pied, ce qui
l'empêcha pas de fuir jusqu'en Irak où, dans un hôpital
de Bagdad, on l'amputa de son pied blessé. Ensuite, et selon
toutes les probabilités, l'invasion anglo-étasunienne
trouve Abou Moussab Al Zarqaoui au Nord de l'Irak, dans la zone kurde,
lieu idéal pour continuer la guerre sainte à la tête
de son groupe de combattants, Ansar Al Islam, composé d'environ
400 fondamentalistes. Enfin, en avril 2003, après la chute de
Bagdad devant l'offensive des forces des États-Unis, Zarqaoui
et son groupe sont signalés au centre de l'Irak, dans la zone
nommé le triangle sunnite.
Naissance d'une légende
Zarqaou ia donc été catapulté spectaculairement
sur la scène internationale à peine en février
2003, six semaines avant l'invasion étasunienne de l'Irak sous
le prétexte de la présence d'armes de destruction massive
fabriquées par le régime de Saddam Hussein, selon le discours
tenu par le secrétaire d'État Colin Powel devant le Conseil
de sécurité de l'ONU. Powell y déclarait : Je veux
appeler votre attention sur le potentiel bien plus sinistre encore des
relations entre l'Irak et Al Qaïda, une relation qui combine les
méthodes organisationnelles du terrorisme classique avec des
méthodes modernes. L'Irak est aujourd'hui l'hôte d'un semblable
réseau de terroristes criminels, conduit par Abou Moussab Al
Zarqaoui, un associé et un collaborateur d'Oussama Ben Laden
et de ses lieutenants. Dans son allocution Powell emploie le nom de
Zarqaoui pour faire la liaison entre Saddam Hussein, le parti Baas (socialiste-national)
et ce que Washington nommera le réseau de la terreur islamique.
En d'autres mots, inconnu jusque-là, le terroriste d'origine
jordanienne était présenté comme la véritable
preuve que l'Irak de Saddam Hussein (totalitaire et laïc), entretenait
des relations avec Al Qaïda. Une fois établie cette relation
l'administration Bush jr, put prétendre que le régime
de Bagdad constituait une menace pour les États-Unis. Au centre
de cette argumentation, un homme, le mystérieux Abu Moussab Al
Zarqaoui, brusquement propulsé au statut de super-terroriste.
A ce moment son nom étant totalement inconnu, tant et si bien
que le Secrétaire d'État se sentit obligé d'en
faire une courte présentation: Zarqaoui, un Palestinien né
en Jordanie, qui a lutté en Afghanistan en 2000 et dirigeait
un camp terroriste. L'une de ses spécialités ainsi que
celles de son camp terroriste étaient le poison et les armes
chimiques. Quand notre coalition eut éliminé du pouvoir
les Talibans, le réseau de Zarqaoui a aidé à la
création d'un autre centre d'entraînement situé
au Nord-Est de l'Irak spécialisé dans le maniement des
armes chimiques et des explosifs. Le réseau apprend aux terroristes
à fabriquer du ricin et d'autres poisons. Grâce à
son réseau terroriste d'Irak, Zarqaoui conduit les organisations
de tout le Moyen-Orient et d'autres régions. Depuis la fin de
l'année dernière, les membres de ce réseau sont
présents en Espagne, en France, en Italie et en Grande-Bretagne.
De petit moujahid anonyme, Al Zarqaoui est devenu en un jour une star
du terrorisme international. La consécration est venue quelques
semaines plus tard, quand le président Bush jr lui-même
mentionna Al Zarqaoui, le qualifiant directement de l'homme le plus
dangereux de la planète, après Oussama Ben Laden.
Terreur aux États-Unis
Après le discours de Colin Powell devant le Conseil de sécurité,
l'opinion publique n'oublia plus le nom d'Al Zarqaoui. Le terroriste
dont elle n'avait jamais entendu parler, devenait brusquement omniprésent
sur tous les fronts. Le 8 février 2003, une alerte anti-ricin
est déclenchée aux États-Unis. Dans une lettre
expédiée à l'adresse de Bill Frist, le leader de
la majorité républicaine au Sénat, on découvrit
une poudre blanche suspecte. Immédiatement, les autorités
avancent le nom de Zarqaoui, l'identifiant comme le possible cerveau
de l'opération. La National Rewiew du 18 février 2003
fournit les arguments suivants: Il est bien connu que Zarqaoui, ingénieur
biochimiste de son métier, et chef de l'organisation Al Qaïda,
se cachait en Afghanistan, où furent trouvé des traces
de ricin ainsi que d'autres poisons.
L'hystérie du ricin de Zarqaoui a ensuite été
remplacée par autre chose. Le 13 février 2003, la chaîne
de télévision ABC diffusait la nouvelle que le terroriste-fantôme
réfugié en Irak y préparait une attaque à
la bombe radioactive sur les États-Unis. Ceci avait lieu une
semaine exactement après le discours de Colin Powell devant le
Conseil de sécurité.
Aux États-Unis les autorités déclenchent l'alerte
orange! Powell déclarait alors à la chaîne ABC:
Il est facile pour un terroriste de nous griller tous avec une bombe
radioactive fabriquée aux États-Unis. Je crois qu'il est
sage que le peuple américain sache que cette possibilité
existe. Pendant ce temps, la chaîne de télévision
étasunienne alertait les hôtels, les boutiques, inondait
les adresses de courriel, etc. Après cette annonce, des dizaines
de milliers d'Américains se précipitaient acheter des
masques à gaz, des couvertures de plastique, des bandes adhésives,
etc. afin de se préparer à une éventuelle attaque.
Il est inutile de dire, qu'après l'occupation de l'Irak, les
troupes de la coalition n'ont jamais trouvé une seule bombe radioactive,
ni du ricin ni même une seule arme chimique de quelque type que
ce soit.
La filière espagnole
Le mythe Al Zarqaoui a été renforcé par le Premier
ministre espagnol, José Maria Aznar. Pendant que Colin Powell
présentait le dossier Zarqaoui à l'ONU, Aznar déclarait
le 5 février 2003 au Parlement espagnol qu'il existait des informations
selon lesquelles l'Espagne pourrait être la cible d'attaques chimiques.
Selon Aznar et relaté par El Pais le 6 février 2003, Al-
Zarqaoui aurait entretenu des liens avec Merouane Ben Ahmed, un expert
en armes chimiques et en explosifs, auquel il rendit visite peu de temps
auparavant à Barcelone. Plus encore, Aznar soutint devant la
Chambre des députés que seize suspects d'Al Qaïda
détenant des armes chimiques et des explosifs, avaient des relations
avec le terroriste-fantôme, Al Zarqaoui.
L'information en sa totalité était fausse. Le Ministre
espagnol de la Défense reconnut plus tard que les armes chimiques
n'étaient, en fin de compte, que de banals détergents
(cf. Irish News, 27 février 2003).
Ensuite, le 11 mars 2004, les attentats de Madrid sont survenus. Parce
que les investigations de la presse espagnole ont exclu l'implication
d'Al Zarqaoui, malgré tout, la CIA le présentait sans
détour comme le principal suspect. L'hypothèse fut présentée
sur CNN encore le 13 mars 2004. C'est-à-dire deux jours après
l'attentat, quand l'enquête de la police espagnole avait à
peine commencé. Un invité de CNN expliquait ce sur quoi
il s'appuyait pour accuser Al Zarqaoui: J'ai intercepté son dernier
mémorandum, le mois dernier, qui indiquait la continuation des
actions contre lesMÉtats-Unis. Plus tard, l'argument fut repris,
mais de manière plus nuancée. Selon la CIA, un groupe
de marocains auraient été impliqués dans les attentats
de Madrid. Ces Marocains auraient dû être en relation avec
Al-Zarqaoui selon la découverte du journal The Australian du
24 mai 2004.
Période irakienne d'Al Zarqaoui
Le mystérieux Al Zarqaoui semble donc être un bonhomme
fort occupé. Regardez-y de plus près, regardez ce qu'il
a fait au printemps 2003. Depuis sa cachette irakienne, protégé
du regard des équipes des inspecteurs de l'ONU qui quadrillaient
le pays en long et en large, notre super-terroriste préparait
du ricin pour sa correspondante américaine, se donnait du mal
pour enterrer quelques bombes radiologiques, organisait et coordonnait
son réseau criminel nouvellement étendu dans quatre pays
européens et, pour couronner le tout, faisait l'intermédiaire
entre Al Qaida et le régime de Saddam Hussein. Pas même
l'invasion étasunienne de l'Irak ne réussit à freiner
cette activité frénétique. Bien au contraire! Depuis,
les faits qu'on attribue à Al Zarqaoui sont immenses, en premier
lieu par leur nombre. Son nom est prononcé en liaison avec à
peu près toutes les actions terroristes!
The Weekly Standard, revue proche des cercles néoconservateurs
du groupe PNAC [Project for the new American Centurry : Projet pour
le nouveau siècle américain], écrivait le 24 mai
2004: Al Zarqaoui a commandé non seulement l'assassinat de Nick
Berg, mais encore le carnage de Madrid le 11 mars, le bombardement des
Chiites en Irak le même mois, l'attentat kamikaze du port de Bassorah
le 24 avril. Avant le 11 septembre 2001, il complotait afin de tuer
des touristes israéliens et américains en Jordanie.
Abou Moussab Al Zarqaoui est devenu le nouveau génie du mal
de l'islamisme, pendant que peu à peu on oubliait Oussama Ben
Laden. La CIA a augmenté la récompense pour la capture
de Zarqaoui de dix millions de dollars à trente millions de dollars.
Une somme en accord avec son rang de super terroriste.
De manière étrange et malgré son implication dans
de si nombreuses d'activités criminelles données comme
assurées, Zarqaoui demeure un personnage fantomatique. Les informations
qui le concernent continuent d'être très sommaires. Les
responsables de la CIA ont reconnu dans la même livraison du Weekly
Standard, que l'Agence ne dispose que d'une seule photographie dont
ils supposent que c'est celle de Zarqaoui, et la Compagnie ne connait
ni sa taille ni son poids!
La videocassette de l'exécution de Nicolas Berg
Au mois de mai 2004, Al Zarqaoui était accusé d'avoir
fait décapiter Nicolas Berg après l'avoir pris en otage.
Certains commentateurs n'ont pu s'abstenir de remarquer que cette exécution
surmédiatisée est venue à point nommé pour
Donald Rumsfeld. Au milieu du scandale de la prison d'Abou Ghraib, nombre
de sénateurs étasuniens avaient demandé la démission
du Secrétaire d'État à la défense qu'ils
considéraient responsable (au moins moralement) des horribles
abus qui se pratiquaient dans cette prison.
L'enregistrement vidéo de l'exécution de Nick Berg a
créé dans l'opinion publique un courant d'indignation
anti-irakienne qui pouvait distraire l'attention de deux questions importante.
Le 11 mais 2004, CNN présentait un rapport mystérieux
découvert sur un site islamique, rapport où l'on y accusait
Zarqaoui d'avoir décapité Berg. Après deux jours,
CNN annonçait : La CIA confirme que l'assassin de Nicholas Berg
a bien été Al Zarqaoui.
La preuve: une videocassette intitulée "Abou Moussab Al
Zarqaoui présente l'exécution d'un Américain".
Dans l'enregistrement on voyait un individu masqué qui parlait
l'anglais et dont les experts de la CIA disaient à l'unisson
:C'est Zarqaoui!
Sirajin Sattayev dans Was Nick Berg killed by US intelligence? signalait
une série d'absences de concordances dans la vidéocassette.
Sattayev remarquait ainsi: Zarqaoui est jordanien. Or l'homme dans la
vidéocassette ne parle pas avec l'accent jordanien! Zarqaoui
est amputé d'un pied, or, pas un seul des deux pieds de l'homme
présent sur la cassette ne présente cette anomalie. De
plus, l'homme que l'on prétend être Zarqaoui porte une
alliance jaune, probablement en or; or voilà ce qu'aucun islamiste
fondamentaliste ne ferait parce que sa foi ne le lui interdit.
Immédiatement après la médiatisation de cette véritable
bombe d'un Zarqaoui avec ses deux pieds, une alliance en or à
l'annulaire, et qui parle l'anglais, la revue News and World Report
du 24 mai 2004 affirmait: Les personnalités officielles et autorisées
de l'information étasunienne, qui croyaient que Zarqaoui avait
perdu un pied en Afghanistan, ont modifié récemment leur
opinion, elles affirment maintenant que Zarqaoui possède ses
deux pieds. Voilà qui change la situation.
Le mystère des otages en Irak
A la différence de Ben Laden, Zarqaoui n'a jamais fait une seule
déclaration appelant à la guerre sainte contre les juifs
ou les chrétiens (les croisés). Lors de sa déclaration
devant le Conseil de sécurité de l'ONU, Colin Powell a
oublié de mentionner deux faits importants: d'une part que Zarqaoui
et son organisation Ansar Al Islam étaient opposés à
Saddam Hussein, et, d'autre part, que les États-Unis n'ont manifesté
aucun intérêt (alors qu'ils l'auraient pu) pour détruire
sa base du Nord de l'Irak, dans une zone majoritairement habitée
par les Kurdes. Pourquoi donc cela?
Depuis quand, en Irak, les prises d'otages apparaissent-elles comme
moyens stratégique? Environ six mois après que la coalition
dirigée par les États-Unis avaient occupé le pays.
En mai 2004 (après environ un an d'occupation) Nick Berg est
décapité. Suivent Eugene Armstrong et Jack Hensley au
mois de septembre 2004, puis le Britannique Ken Bigley en octobre 2004.
Ce qui est frappant c'est le fait que parmi les otages de Zarqaoui on
compte des personnages particulièrement déplaisants pour
la coalition. Il est question d'hommes d'affaires suspectés de
faire de l'espionnage, de journaliste de gauche ou indépendants
qui relataient des faits allant à l'encontre des intérêts
des forces d'occupation et qui n'avaient cure de la censure militaire,
ou, enfin d'activistes d'organisations humanitaires indépendantes.
Par exemple, Nick Berg a été enlevé au moment où
il était suspecté par la coalition de se déplacer
clandestinement d'Irak en Iran. Selon les dires de son père,
le FBI menait une enquête sur toute la famille Berg au États-Unis,
cherchant des informations sur les voyages de Nick en Iran. Les relations
de Giuliana Sgrena, la journaliste du Manifesto (journal communiste
italien), n'était pas du tout favorable aux troupes d'occupation,
rappelant sans cesse le génocide de Falloujah.
On peut en dire tout autant de Florence Aubenas, journaliste du quotidien
de gauche [sic!] Libération. Les États-Unis n'encouragent
à venir en Irak que les journalistes nommés correspondants
de guerre, accrédités auprès des forces de la coalition.
A ceux-là l'armées étasunienne fournit un uniforme,
ainsi qu'une protection militaire; dans le casier de leur chambre d'hôtel,
ils reçoivent notes et vidéocassettes contrôlées
par la censure militaire. Comme pendant la guerre avec l'ex-Yougoslavie,
ces très nombreux correspondants de guerre ne quittent guère
leur hôtel pour envoyer à leur journaux les dépêches
que leur fournit déjà composées l'armée
des États-Unis.
Les autres journalistes, ceux qui font leur travail sans passer par
la censure militaire, risquent de tomber dans les mains de Zarqaoui
et d'être soit décapités soit l'objet d'une demande
de rançon. L'idée n'est-elle pas d'instiller la peur chez
les journalistes et les travailleurs des ONG indépendants (cf.
le programme du Pentagone P2OG), afin de les inciter à demeurer
éloignés des zones sensibles ?
Quelque soit le degré d'imprévisibilité de la situation
en Irak, on ne peut être qu'étonné par la manière
plus que bizarre employée par Al Zarqaoui pour atteindre ses
cibles! Nombre de victimes des actions de son organisation n'avaient
pas, a priori et de manière explicite, à se garder d'être
pris pour cible par les terroristes islamiques.
10 000 dolars pour accréditer la fiction Zarqaoui
Le nom de Al Zarqaoui a été invoqué, en 2003, afin
de justifier la guerre en Irak. Aujourd'hui, il est présenté
comme le fer de lance de l'insurrection, motif avancé pour affirmer
que la paix n'est pas pour le moment possible, et qu'ainsi les troupes
de la coalition doivent repousser leur retrait et demeurer sur place.
On attribue à l'organisation de Zarqaoui toutes sortes d'actions
terroristes: des attentats à la voiture piégée,
l'enlèvement, la prise d'otages et leur exécution. Tant
d'actions diverses et si complexes qu'il semble difficile de croire
qu'elles aient été dirigées par un seul homme.
Le quotidien australien, The Age, a avancé une hypothèse
intéressante: Al Zarqaoui n'existe pas. Ou, à tout le
moins, le personnage flamboyant et hyperactif décrit par les
services secrets étasuniens n'existe pas. C'est un personnage
de fiction. The Age rapporte, sous couvert d'anonymat, le témoignage
d'un officier des opérations psychologiques ["psy-ops"]
de l'armée étasunienne. Celui-ci aurait déclaré
au journal australien : J'ai payé jusqu'à 10 000 dollars
des opportunistes et des criminels de droits commun pour qu'ils affirment
ici et là, interrogés par des journalistes, le fait que
Zarqaoui existe, faisant ainsi de lui le héros de chaque action
terroriste en Irak.
Où donc est le vrai et où est le mensonge derrière
la légende des nouveaux personnages du terrorisme? Ce personnage
est-il fabriqué en totalité dans un laboratoire de la
désinformation, ou, partant d'une base réelle, lui a-t-on
grossi quelque peu les traits? Au moins pour ce qui concerne ses débuts
dans la lutte islamique, la CIA devrait néanmoins en savoir beaucoup.
Les médias évitent de rappeler un fait extrêmement
important: Al Qaïda est née en 1987, dans les camps islamistes
du Pakistan comme organisation soutenue par la CIA et l'ISI (service
de contre espionnage de l'armée pakistanaise) qui luttait en
Afghanistan contre l'occupant soviétique. C'est pendant cette
période que la CIA recrute Ben Laden. Lui, comme le jeune Zarqaoui,
servait les intérêts des États-Unis contre l'ennemi
de l'époque, l'Union soviétique. Ce fait a été
même reconnu par l'ancien secrétaire d'État Colin
Powell, le 5 février 2003 dans sa présentation des faits
irakiens devant le Conseil de sécurité. Il existe une
très riche documentation, systématiquement ignorée
des grands quotidiens et des chaînes de télévision,
quant à l'aide et au soutien accordés par la CIA durant
ces années à Al Qaida. Des personnages politiques de première
grandeur comme Colin Powell et Richard Armitage se sont alors directement
impliqués afin de canaliser les efforts des insurgés islamistes
en Afghanistan. De ce fait, il faut conclure que tant Oussama Ben Laden
qu'Abou Moussab Al Zarqaoui ont été de pures créations
de la CIA.
Un nouvel argument se fait jour présentement chez les néo-conservateurs,
à savoir qu'Al Zarqaoui serait financé par l'Iran! C'est
pourquoi on insiste sur le fait que ce pays serait dès lors mis
sur la liste des pays de l'axe du mal par Washington.
Ainsi l'époque d'Al Zarqaoui ne semble pas prête de s'achever.
Il se pourrait donc que le terroriste-fantôme soit utilisé
aussi contre l'Iran.
La Résistance irakienne et la France
Une interview de Gilles Munier, secrétaire général
des Amitiés franco-irakiennes. Source : Que Faire ? perspectives
pour la République sociale, 16 juillet 2005. URL : http://perso.wanadoo.fr/quefaire/Principal/Interview%20AFI.htm#haut
L'association des Amitiés franco-irakiennes (AFI) a été
fondée en 1985 par l'orientaliste Jacques Berque et des personnalités
françaises favorables à la politique arabe de la France.
Cette association a apporté son soutien à l'Irak dans
son conflit avec l'Iran - qui avait éclaté quelques années
plus tôt puis s'est opposée à la participation
de la France à la guerre du Golfe de 1991. Elle a ensuite milité
pour la levée de l'embargo imposé à l'Irak et dénoncé
preuves à l'appui et sur le terrain - le mensonge des armes
de destruction massive. Lors de son assemblée générale
en juin 2003, il a été décidé de soutenir
la résistance irakienne, sans exclusive.
Gilles Munier est secrétaire général des AFI depuis
1986, il est l'auteur d'un guide politico- touristique de l'Irak, traduit
l'an dernier en américain [1]
Question : Depuis la victoire autoproclamée des envahisseurs
que pensez-vous de la position de la France vis-à-vis du «
gouvernement » irakien ?
La prise de position de la France et le discours de Dominique de Villepin
aux Nations unies sont maintenant de l'histoire ancienne. Les Irakiens
nous sont reconnaissants du geste mais regrettent que Jacques Chirac
n'ait pas eu alors le courage de réclamer un vote de l'ONU qui
aurait peut être empêché les États-Unis et
la Grande-Bretagne d'agresser l'Irak.
Les Irakiens nous reprochent d'avoir rétabli nos relations diplomatiques
avec leur pays sans attendre le départ des troupes US et d'avoir
accepté de former des policiers irakiens dans le cadre de l'OTAN.
Ils trouvent aussi que nous avons oublié un peu vite la proposition
faite l'an dernier par Michel Barnier d'inviter la résistance
à participer aux conférences internationales organisées
pour discuter de l'avenir du pays.
Il existe un courant dit anti-français dans la résistance,
c'est-à-dire qui accuse Paris de double jeu, d'hypocrisie. Ses
membres mettaient déjà en doute la sincérité
de la politique française à l'époque de l'embargo.
La résolution 1559 contre la Syrie - inspirée par la France
- et les pressions franco-américaines sur ce pays, sont perçues
par les nationalistes arabes radicaux et par les islamistes comme des
trahisons. Ce n'est pas l'annonce toute récente par le Washington
Post de l'existence à Paris depuis 2002 d'un centre secret d'espionnage
CIA-DGSE, baptisé « Alliance Base », qui va les faire
changer d'avis. Bien au contraire.
Q: De quelles tendances politiques se compose la résistance
irakienne ?
La résistance irakienne comprend des patriotes de toutes les
tendances politiques, de toutes les ethnies et de toutes les tribus
ou communautés religieuses existant en Irak. Ses principales
composantes sont baasistes, islamo-baasistes et islamiques d'obédience
sunnite, chiite ou soufie. Il ne faut pas négliger la participation
dans ses rangs de nassériens, de communistes, et de Kurdes :
tous ne sont pas derrière Barzani et Talabani, loin de là.
Q : Selon vous peut-on dire que la résistance irakienne est
unie ?
Oui, unie sur un objectif : bouter les Anglo-saxons et leurs supplétifs
locaux hors d'Irak ! Il existe bien une amorce de Conseil National de
la Résistance présidé par Izzat Ibrahim Al Douri,
mais il s'agit pour l'instant d'une coordination décentralisée
[2]. On ne peut pas comparer la résistance irakienne à
celle des Vietnamiens ou des Algériens, car les moyens dont disposent
les États-Unis pour l'annihiler sont considérables. Les
cellules combattantes sont donc autonomes. Elles le resteront le temps
qu'il faudra pour contrecarrer tout risque d'infiltration.
Q : Le Parti Baas a-t-il encore une existence politique en dehors du
« triangle sunnite » ?
Le Parti Baas n'était pas uniquement composé de sunnites
ou de tikritis. Les chiites y étaient nombreux. Il suffit pour
s'en convaincre de connaître l'appartenance religieuse des dirigeants
regroupés dans le « jeu de cartes ». Après
l'agression, dans les régions à majorité chiite,
on a assisté à de véritables chasses à l'homme
pour éliminer les Irakiens soupçonnés d'être
baasistes. Des familles entières ont été massacrées
par la Brigade pro-iranienne Badr et les nervis d'Ahmed Chalabi. Depuis,
heureusement, la peur a changé de camp. Les collabos rasent les
murs. Oui, le Parti Baas est présent en dehors du « triangle
sunnite ».
Q : Pourquoi le Parti Baas n'apparaît-il pas ouvertement comme
organisation de lutte ?
Pour des raisons tactiques évidentes. La guerre de libération
doit être celle du peuple irakien tout entier, pas d'un parti.
Mais, il existe un Parti Baas clandestin et des cellules dormantes baasistes
partout dans le pays.
Si les baasistes sont la colonne vertébrale de la résistance,
c'est parce ce que les dirigeants irakiens ont eu 13 ans pour préparer
leur peuple au combat. Saddam Hussein et des généraux
triés sur le volet ont choisi et formé des hommes et des
femmes puisés dans le vivier de l'Armée d'Al Qods, dans
les rangs des Fedayin, de la Garde républicaine, ou des moukhabarat
[services de renseignement].
Q : Selon vous les partis chiites pro-iraniens peuvent-ils se soulever
contre les occupants ?
Oui, si l'Iran est agressé par les États-Unis ou par
Israël. L'Ayatollah Al Sistani, Abdul-Aziz Al Hakim - chef du Conseil
suprême pour la révolution islamique en Irak - et Ibrahim
Al Jaafari d'Al Dawa, pourraient profiter de l'occasion pour se laver
des accusations portées contre eux par la résistance.
Il ne faut pas croire que la résistance est absente dans le sud.
Il y a des embuscades et des attentats presque tous les jours du côté
de Nassiriya ou de Bassorah.
Q : Que devient la faction de Moqtada Al-Sadr ?
Sous l'ombrelle américaine, le clan qui dirige aujourd'hui l'Irak
est composé d'Irakiens d'origine persane ou tout simplement d'Iraniens
enrôlés dans la Brigade Badr.
Le réveil des chiites que l'on vient d'évoquer profiterait
plus à des dirigeants comme Moqtada Al-Sadr, Jawad Al-Khalissi,
ou l'Ayatollah Al-Baghdadi qui sont Arabes et patriotes. L'Armée
du Mehdi créée par Moqtada Al-Sadr s'est réorganisée.
Elle est présente partout. Ce n'est plus une faction, mais une
des composantes majeures du mouvement de libération nationale.
Q : Avant les élections certains comptaient sur un retour politique
du Parti communiste irakien, pourquoi a-t-il fait un score si ridicule
? Les scores ont-ils été proportionnels au nombre de miliciens
?
Les élections législatives étaient une vaste mascarade
[3]. Le retour du Parti communiste irakien était impossible car
il est complètement discrédité ! Depuis la guerre
du Golfe de 91, et surtout depuis la disparition de l'Union soviétique,
il joue carrément la carte américaine. Les Américains
n'ont besoin de soi-disant communistes que pour calmer certaines revendications
sociales notamment la colère des ouvriers du pétrole.
Heureusement, des communistes ont fait scission et rejoint la résistance.
Il existe un Parti Communiste irakien (Cadres de base) et un Parti communiste
irakien Front patriotique qui luttent dans la clandestinité
avec des groupes nassériens.
Q : Selon vos sources, le chiffre des pertes américaines (environ
1700) est-il sous-évalué ? Et si oui, de combien ?
Le chiffre des pertes est nettement sous-évalué. Le Pentagone
ne prend pas en compte les GI's d'origine étrangère, c'est-à-dire
ceux qui se sont engagés dans l'espoir d'obtenir la nationalité
américaine à leur démobilisation. Il ne prend pas
en compte, non plus, les blessés décédés
dans les hôpitaux des bases US en Allemagne ou ailleurs. Au chiffre
des pertes militaires, il faudrait aussi ajouter celui des mercenaires,
les « contractors », qui avoisinent les 400 morts.
En fait, le nombre des victimes US serait d'environ 9000 morts. Si on
le compare aux pertes enregistrées au début de la guerre
du Vietnam, c'est énorme. Et encore, il ne s'agit que d'une estimation
[4].
En ce qui concerne le nombre des civils irakiens tués par les
Américains et leurs supplétifs depuis avril 2003, le Dr.
Hatim Al-Alwani qui dirige à Bagdad l' « Organisation humanitaire
irakienne », estime leur nombre à 128 000 personnes [5].
Il affirme que 55% d'entre eux seraient des femmes et des enfants de
moins de 12 ans.
Q : Existe-t-il en Irak des combattants étrangers non islamistes
?
Oui, bien sûr, comme il y avait des combattants d'autres pays
arabes dans les maquis algériens, ou des communistes et des anarchistes
venus du monde entier dans les rangs républicains en Espagne.
Mais, ils ne sont pas très nombreux.
Q : La nomination d'un porte-parole (Ibrahim Youssef al Chammari) de
plusieurs groupes de résistance irakiens est-elle crédible
?
C'est de la désinformation, même s'il existe des «
discussions secrètes » entre membres des services secrets
américains et personnalités proches de la résistance.
Le 4 juillet dernier, Abou Jandal Al-Chammari, commandant en chef de
l'Armée des Moudjahidine, a signalé qu'Ibrahim Youssef
Al-Chammari ne représente pas son organisation. C'est soit un
affabulateur, soit un agent américain.
On parle de négociation, mais qu'y a-t-il à négocier
? Uniquement le départ d'Irak des forces américaines et
de leurs supplétifs. Et encore, nombreux sont les patriotes irakiens
qui rêvent d'infliger aux États-Unis une défaite
en rase campagne et de passer par les armes leurs collaborateurs locaux
!
Q : Les États-Unis peuvent-ils encore atteindre leurs objectifs
en Irak ?
Certains, peut être, comme par exemple : donner aux colons israéliens
quelques dizaines d'années de plus en Palestine, créer
un État kurde, privatiser le pétrole, partager provisoirement
l'Irak, mettre la main sur l'alimentation de la région en eau.
Il s'agit de victoires à la Pyrrhus, d'une fuite en avant.
Le projet américain de « Grand Moyen-Orient » est
synonyme de chaos. Sa poursuite provoquera des répercussions
terribles en Europe. Les attentats de Londres après ceux
de Madrid - sont un aperçu de ce que devient la mondialisation
des guerres de libération. La France et l'Europe doivent choisir
leur camp. À l'évidence, ce n'est pas celui des néo-conservateurs
américains.
Notes :
[1] « Guide de l'Irak » (2000 - Jean Picollec Editeur),
« Iraq, an illustrated history » (2004 http://www.interlinkbooks.com/BooksI/Iraq.html
[2] Al Moqawama, la résistance irakienne : http://www.iraqtual.com/divers/flash/2004-12-07-AFI-FLASH-38.pdf
[3] - La mascarade électorale : http://www.iraqtual.com/divers/flash/2005-01-04-AFI-FLASH-39.pdf
- La journée des dupes : http://www.iraqtual.com/divers/flash/2005-02-11-AFI-FLASH-41.pdf
[4] Iraqi civilian casualties (UPI): http://www.uruknet.info/?s1=1&p=13663&s2=14
[5] 9000 dead GIs in Iraq? http://www.uruknet.info/?p=12306
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